Publié le 6 septembre 2018 aux éditions de Minuit, 188p.

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Crédit photo: @Mooncatchereads

4e de couverture:

Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. Ça raconte Sarah, de symbole: S.

Mon avis:

Cette lecture est tellement prenante, étouffante par moments.  

Toute cette passion, tout cet amour, poussé à son paroxysme, au point que ça en devient presque malsain. C’est l’histoire d’un amour trop fort, d’une passion dévorante. De celles qui déchiquètent l’âme, le cœur, le corps. Comme une maladie. La passion se répand comme un poison, comme un cancer. Une pulsion métastasée, généralisée. Extension dans tous les organes, les tissus, les vaisseaux sanguins, jusqu’à la plus petite molécule présente.

Et au milieu de cette passion dévorante, destructrice, il y a la musique classique. La musique, celle qui adoucit les mœurs. Elle transporte le lecteur, donne soudain une atmosphère douce et délicate à ce récit si brut. Dans ces moments-là, il y a comme un goût de plénitude, le lecteur peut souffler. L’histoire évolue, dans un premier temps, au fur et à mesure des concerts de Sarah et de ses enregistrements, écoutés en boucle par la narratrice. Des quatuors à n’en plus finir. Et enfin, c’est avec La jeune fille et la mort, que la narratrice expose ces sentiments qui la hante: la mort de Sarah – est-elle morte? Elle ne se souvient plus – , son absence qui laisse un vide, un trou béant dans sa vie.

La forme syntaxique du roman, quant à elle, est à l’image des émotions de la narratrice. C’est saccadé, répété, pressé. C’est un roman à lire à haute voix, pour explorer au maximum le pouvoir du langage. Et soudain, au milieu de cette course de mots, des faits implacables, comme si la narratrice cherchait à reprendre contact avec la réalité, à ne pas se perdre complètement dans son rêve éveillé.

Ça raconte Sarah, puis ça raconte son absence et les traces qu’elle a laissé, partout sur son corps, son esprit. Son absence, vécue comme une cure de désintoxication, qui fait mal, mal à en crever.

Ça raconte Sarah, c’est la passion brutale, trop intense. C’est l’amour fou, celui qui détruit. C’est intense, comme Sarah.

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