Aujourd’hui, j’inaugure une rubrique dont je vous avais parlé il y a quelques temps: Le coin des auteurs. L’objectif de cette rubrique est de vous faire découvrir un(e) écrivain(e) que j’apprécie, ainsi que l’ensemble de son œuvre. Evidemment, je ne pouvais pas ne pas commencer par vous parler de mon auteure fétiche, celle que je vénère (et le mot n’est même pas trop fort !) : Toni Morrison.

Toni Morrison

Née le 18 février 1931 dans une famille ouvrière de quatre enfants, Toni Morrison – aka Chloe Anthony Wofford – se passionne très tôt pour la littérature. Notamment l’œuvre de Faulkner. En 1949, à l’âge de 18 ans, elle s’inscrit à l’université de Howard, à Washington. Université alors réservée aux noirs et surnommée, plus tard, Black Harvard (Harvard étant l’une des meilleures Ivy Leagues, ces prestigieuses universités américaines, telles que Princeton, Yale, Harvard ou encore Columbia University). Elle réalise son master en littérature américaine à Cornell University (dans l’état de NY) où elle soutien un travail sur le suicide dans les œuvres de William Faulkner et Virginia Woolf.

En 1964, après son divorce d’avec Howard Morrison, avec qui elle a deux fils, elle part s’installer à New-York où elle travaille comme éditrice chez Random House (classée parmi les cinq plus grandes maisons d’éditions américaine, elle est aujourd’hui plus connue sous le nom de Penguin Random House), elle est alors en charge du secteur de la littérature noire.

Elle publie son premier roman à l’âge de 39 ans: The Bluest Eye (L’œil le plus bleu). Dix-sept ans plus tard, en 1988, et après l’écriture et la publication de trois autres oeuvres, Toni Morrison publie Beloved, qui recevra le Prix Pulitzer. Le 7 octobre 1993, elle reçoit le Prix Nobel de littérature et prononce l’un de ses plus beaux discours: « Entre vos mains ». Une magnifique allégorie sur l’importance de l’écrivain, du langage et de l’interprétation. À ce jour, Toni Morrison est la huitième femme ET la seule auteure africaine-américaine a avoir reçu le Prix Nobel de littérature.

Beloved est souvent perçu, par les critiques littéraires, comme le premier roman d’une trilogie, parfois appelée : The beloved trilogy. En effet, Beloved, Jazz, et enfin, Paradise traitent tous les trois d’amour et de l’histoire des africains-américains. Néanmoins, ces deux sujets restent centraux, selon moi, dans tous ses romans.

Pour Beloved, Toni Morrsion s’est inspirée d’une histoire vraie : celle d’une esclave africaine-américaine, Margaret Garner, qui avait réussi à échapper à ses esclavagistes mais était poursuivi par des chasseurs d’esclaves (ils étaient payés pour retrouver les esclaves en fuite et les ramener à leur « propriétaire »). Margaret Garner ne supportait pas l’idée qu’elle et sa fille de deux ans soient esclaves à nouveau. Ainsi, elle tue sa fille. Malheureusement, les chasseurs d’esclaves la retrouveront avant qu’elle ne puisse mettre fin à ses jours. Toni Morrison imagine alors la « suite » de cette histoire, dans laquelle le bébé viendrait hanter la mère et sa famille.

Au fil des années, ses œuvres évoluent et donnent un rôle de plus en plus prépondérant à la femme africaine-américaine dans ses œuvres. Si les femmes ont toujours été au centre de ses écrits, l’image même de celles-ci évoluent, tout au long de sa carrière. Alors qu’elles sont vues plutôt comme des sorcières guérisseuses dans ses premiers romans (sans pour autant remettre en cause leurs pouvoirs et importance), elles deviennent, au fur et à mesure de ses romans, la personnification d’un peuple bafoué, ridiculisé, malmené et porté en esclavage à cause de leur couleur de peau.

En 1997 sort la version française de “Paradise”, dans ce roman, Toni Morrison porte le pouvoir de la femme à son paroxysme (à mon humble avis). Grâce au personnage de Ruby, elle redonne le pouvoir à la femme noire et fait d’elle, à la fois, une guérisseuse et la mère de tout un peuple. Si les critiques littéraires ont trouvé beaucoup de dichotomie dans ce roman, selon moi, il ne s’agit là que d’un exercice de style absolument épatant.

Entre 2002 et 2010, elle écrit des histoires pour enfant avec l’un de ses deux fils, Slade. Néanmoins, celui-ci décède en 2010. Leur dernier livre ensemble est publié en 2014, sous le titre “Please Louise” et relate les aventure d’une petite fille qui se rend à la librairie une après-midi.

En 2015, Toni Morrison publie son dernier roman (à ce jour): “God help the child”, traduit en français par « Délivrances », dans laquelle elle expérimente l’impact des souvenirs et des traumatismes de l’esclavage sur les générations actuelles. Il s’agit là d’un renouveau dans son œuvre, puisque c’est le premier se déroulant à notre époque. Ainsi, elle inscrit les conséquences de l’esclavage sur tout un peuple dans l’ère du temps.

ToniMorrisonPresObamaJune2012MedalFreedomLors des élections présidentielles de 2008 et 2012, Toni Morrison soutien publiquement Barack Obama. Celui-ci lui remet d’ailleurs la médaille présidentielle de la liberté en 2012. Il s’agit de la plus haute décoration civile des Etats-Unis et elle est décernée à des personnes ayant fourni « une contribution particulièrement méritoire pour la sécurité ou les intérêts des Etats-Unis, un monde de paix, ou des efforts remarquables dans le domaine culturel ou autre, public ou privé. » Parmi les récipiendaires de cette médaille se trouvent : John F. Kennedy, Harvey Milk, ou encore Aretha Franklin.

[LES ŒUVRES DE TONI MORRISON]

Romans :

  • L’œil le plus bleu (The bluest eye), 1970.
  • Sula, 1973
  • Song of Solomon (Le chant de Salomon), 1977
  • Tar baby, 1981
  • Beloved, (Trilogie n1), 1987
  • Jazz, (trilogie n2), 1992
  • Paradis (trilogie n3), 1997
  • Love, 2002
  • Un don, (A mercy), 2008
  • Home, 2012
  • Délivrances (God help the child), 2015

 

Livres pour enfants, rédigés et illustrés avec son fils, Slade Morrison :

  • The big box, 1999
  • The book of mean people, 2002
  • Who’s got game ? The Ant or the Grasshopper ? The Lion or the mouse ? Poppy or the snake ?, 2007
  • Peeny Butter Fudge, 2009
  • Please, Louise, 2014

 

Essais (sélection) :

  • Playing in the dark: Whiteness and the literary imagination, 1992
  • Remember: The journey to school integration, 2004
  • The origin of others, 2017

 

Il y aurait encore des tas de choses à raconter sur Toni Morrison, mais pour le moment, je vais m’arrêter là. Peut-être vous parlerais-je, dans le futur, plus en détails, du rôle de la femme et de ses multiples pouvoirs dans les oeuvres de cette grande dame.

 

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