Un insaisissable paradis, Sandy Allen. Éditions Belfond, 19 septembre 2019, 288 pages.

 

La psychiatrie me passionne au plus haut point. Les troubles psychiques, bien qu’ils soient mieux compris et appréhendés aujourd’hui, restent tout de même parmi les grands mystères de notre temps. Avec ce premier livre, Sandy Allen nous offre un voyage au cœur de la schizophrénie, dans les États-Unis des années soixante-dix aux années deux-milles. Mais, pas seulement !

 

Tout commence en 2009, lorsque Sandy Allen reçoit une enveloppe kraft contenant l’autobiographie de son oncle, Bob. Étiqueté schizophrène à l’aube de l’adolescence, Bob fera de nombreux allers-retours à l’hôpital. Parfois malgré lui, parfois à sa demande. La vie sociale de Bob ressemble à celle de beaucoup de schizophrène : quasiment absente. L’incapacité à nouer des liens durables, ce sentiment de ne pas être tout à fait présent, les hallucinations … Bob, il coche toutes les cases du DSM à l’entrée « schizophrénie paranoïde ».

A cette époque, les antipsychotiques étaient ceux de la « première génération » : plus d’effets secondaires. L’impression d’être ensuqué du matin au soir, vision trouble, marche hésitante, gonflement et prise de poids, tachycardie, le cerveau qui ne veut pas démarrer … Bob l’explique si bien. Dans cette autobiographie, il s’est mis à nu. Il a dit. Dit ce qu’il voyait, ce qu’il entendait, ce qu’il croyait.

Bob raconte ses nombreuses hospitalisations : les maltraitances, le manque d’écoute, le sentiment de n’être vu que comme un fou, un dingue, un taré. Et puis, soudain, le bon psychiatre, l’écoute, le sentiment d’être en sécurité. L’hôpital devient un cocon, à l’extérieur, c’est dangereux. L’un des principaux dangers, avec les patients psychotiques, c’est la rupture médicamenteuse. Le patient oublie de les prendre, ou ne veut plus les prendre. Est-ce étonnant, réellement ? Bob le dit si bien : sans les médicaments, il a enfin l’impression que son cerveau lui appartient, que le brouillard dans sa tête se dissipe, qu’il se sent plus alerte. Pourquoi, alors, continuer à les prendre ? Et c’est la rechute, à nouveau. Les hallucinations, la paranoïa qui revient. Un cercle vicieux, sans fin. Alors, Bob retourne se réfugier dans son cocon, à l’hôpital.

Bob nous raconte son emménagement, sa vie dans cette « cabine », qui deviendra un « ranch », perdue à la campagne.

Pour mettre en exergue la vie de son oncle, Sandy Allen a fait un impressionnant travail de recherche sur l’histoire de la psychiatrie, depuis sa naissance jusqu’à aujourd’hui. La prise en charge hospitalière et médicamenteuse, mais également la façon dont la société traitaient ces troubles psychiques.

Un insaisissable Paradis

 

Sandy Allen a remanié le texte de Bob, un peu. Après l’avoir lu et relu, après avoir interrogé sa famille et ses proches, il nous dresse le portrait intime et pudique de son oncle.

Sandy Allen nous raconte Bob, qui nous raconte sa schizophrénie. C’est beau et c’est puissant. C’est universel. A lire, absolument.

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