Rien n’est noir, Claire Berest. Éditions Stock, 250 pages, 21 août 2019

 

De Frida Kahlo, je ne connaissais que son visage. Ses épais sourcils, ses coiffures fleuries et colorées, et ses yeux noirs captivants … C’était tout. Avec cet ouvrage, Claire Berest signe une formidable ode à la vie de cette femme et artiste hors-pair.

Frida, femme brisée par la vie. Au propre, comme au figuré. Par une effroyable collision entre un bus et un tramway, tout d’abord ; puis par les hommes, de plus d’une façon. Claire Berest a le don de raconter la tragédie avec une magnifique violence, empreinte d’une sensualité incroyable. Les mots rayonnent, à l’image de cette incroyable palette de couleurs que Frida renvoie sur les photos.

Frida brille par sa modernité : féministe engagée et assumée, elle ne se laisse pas marcher sur les pieds. Pourtant, Claire Berest nous montre combien Frida Kahlo a souffert de son statut de femme. Toute sa vie durant, elle sera vue par tous comme la femme du grand Diego Rivera. Malgré son talent, malgré sa singularité.

On lit aussi l’incroyable amour entre Frida et Diego. De ceux qui consument, qui rendent capable du pire comme du meilleur. Ils s’aiment, tellement que parfois c’en est trop. C’est l’amour, l’inconditionnel, l’incroyable, l’unique.

Je pense sincèrement que la beauté de ce roman réside, avant tout, dans la sublime prose de Clair Berest. Au fil des couleurs primaires et de leurs nuances, « Rien n’est noir » nous livre la vie d’une femme incroyable, certes, mais sublimée par la plume de celle qui la fait renaitre de ses cendres.

Claire Berest nous raconte Frida. Elle nous raconte ses doutes et ses peines ; ses joies et ses réussites… dans une écriture colorée, vive et toujours en mouvement. A l’image de la femme que devait être Frida Kahlo : Vivante, envers et contre tout.

Un roman saisissant, à lire absolument.

Quelques citations :

« Quelle différence entre l’amitié et l’amour ? Il faut dire je t’aime quand on a le temps. Après, on oublie, après on part, après on meurt. »

« (…) toujours vivre comme sur une sorte de marelle, on lance le caillou qui tombe sur l’enfer ou le paradis, et on y va à cloche-patte gaiement, la vie comme jeu cruel où l’on dessine par terre des arcs-en-ciel naïfs. »

« Moi je ne me bats pas Diego ? Je passe la moitié de ma vie à l’hôpital à me faire charcuter comme si j’étais un bout de viande sur l’étal d’un boucher ! Je ne suis pas malade, je suis brisée ! À Paris, j’ai cru que j’allais mourir. J’ai mal partout, j’ai mal tout le temps. Je ne parviens pas à imaginer ce que c’est que de ne pas ressentir de douleurs dans la dos, dans les mains, dans les jambes, dans le ventre. Je n’ai pas des pieds, j’ai des sabots, on m’a déjà enlevé des orteils, je boite ; dans les cabarets, je ne peux plus que regarder les autres danser. Je ne compte même plus mes fausses couches. Quatre, cinq ou six ? Et tu me dis que je ne me bats pas ? Je vis avec toi depuis dix ans, et tu oses dire que je ne me bats pas ! »

 

 

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