Mon territoire, Tess Sharpe. Éditions Sonatine, Août 2019, 566 pages.
TEL PÈRE, TELLE FILLE ?

Harley est une McKenna, c’est certain. A huit ans, elle assiste à la mort de sa mère, due à une explosion. Dès lors, c’est Duke – son père – grand baron de la drogue, qui s’occupera de l’éduquer.   Héritière, malgré elle, de l’entreprise familiale – plutôt fleurissante – dirigée d’une main de maître et de fer, par son père, Harley n’a pas le choix : elle devra, à son tour, gérer ce laboratoire de méthamphétamine. Enfin, surtout, gérer les « cuisiniers », les vendeurs, les fournisseurs, … Bref, faire tourner le business. En attendant, elle gère, avec une amie de sa mère, Mo, Le Ruby : un ancien motel transformé en refuge pour les femmes battues ou menacées des environ.

Duke l’a élevée dans un moule, à son image, afin de l’armer, la préparer au mieux pour l’avenir qui l’attend. A dix-huit ans, Harley possède assez de qualité pour faire pâlir ses ennemis. Puis, arrive le jour où Harley doit prendre en main l’entreprise : son père est parti au Mexique pour affaires, impossible à joindre, c’est à Harley qu’incombe la responsabilité de l’entreprise. Elle décide alors de redistribuer les cartes, quitte à tout perdre. C’est un pari risqué, un coup de poker. Et elle le sait : au bout du chemin, soit elle gagne, soit elle meure.

La force de ce roman réside, selon moi, non pas dans l’intrigue, mais dans la force incroyable du personnage principal. Tess Sharpe nous dresse le portrait d’une héroïne hors-pair, d’une femme émancipée, qui attend le moment opportun pour instaurer ses idéaux et ses lois. La psychologie d’Harley est très fouillée, donnant au lecteur le sentiment d’un personnage en chair et en os. La dichotomie qui l’habite est mise en avant subtilement, mais assez pour comprendre que le choix d’Harley concilie les deux pans de sa personnalité.

Tess Sharpe ne révolutionne pas le genre du polar, c’est certain. Néanmoins, c’est très bien construit : les phrases sont accrocheuses, le rythme maintenu et le suspense est au rendez-vous. Au-delà de ça, elle signe avec ce roman un personnage d’une force incroyable, une anti-héroïne, loin de tous clichés. C’est l’histoire d’un cri de révolte, d’un refus de suivre une destinée toute tracée.

 

Tess Sharpe questionne les relations familiales, le libre arbitre et la place de l’atavisme dans nos vies. C’est un roman qui décoiffe et une autrice à suivre !

Polar lu dans le cadre de la sélection du Grand Prix des Lectrices Elle 2020.

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