Cosmétique du chaos, Espedite. Éditions Actes Sud, février 2020, 112 pages.

L’écriture est sublime, saisissante et poétique. C’est brut et dérangeant. L’histoire est à la fois cruelle et pathétique.

C’est l’histoire d’une dystopie, qui ne semble pourtant pas si éloignée de notre monde actuel. Un monde où notre image compte plus que tout.

Une société qui prône la jeunesse et la beauté, coûte que coûte. Il faut bien présenter, toujours, tout le temps. Montrer son visage, tout le temps, partout. À outrance. Trouver le plus beau filtre, la plus belle pose.

Hasna, elle, sort à peine d’une chirurgie esthétique. Merci, Pôle Emploi. La chirurgie. Condition sine qua non pour garder ses maigres allocations chômage, pour espérer retrouver un emploi. Sans ça, elle aurait été radiée, sans aucune chance d’un futur moins nuageux.

Le visage encore bandé et boursouflé, elle rentre chez elle. Ses yeux lui font défaut, son cerveau tangue. Lui aussi, bandé et boursouflé, il a du mal à respirer, à fonctionner correctement.

Elle va essayer, de contourner les règles. Essayer de se sortir de cette sensation étrange de ne plus appartenir au monde. Sa réalité devient floue, elle ne reconnaît plus personne.

Elle va tenter de retrouver sa liberté, tenter de se libérer de cette terrible emprise. L’emprise de cette dictature de la beauté.

 

Au-delà de l’histoire, d’une puissance incroyable, c’est avant tout l’immense talent d’écriture de Camille Espedite qui m’a totalement conquise !

Voilà un court récit à lire et à déguster, sans modération !

Résumé éditeur

Suite à son licenciement, Hasna se doit d’accepter les opérations de chirurgie esthétique préconisées par sa conseillère de réinsertion dans l’emploi. Elle vit très mal ces interventions et sombre peu à peu dans une étrange résistance.

Novella noire inspirée de la littérature d’anticipation, ce récit à la deuxième personne est l’histoire d’une insurrection silencieuse, d’une insurrection sans visage, à l’endroit d’une société normée par les technologies du regard et de la surveillance de masse.

Extrait
« Sur la surface du miroir, ton visage se trouble en risées capricieuses. Aucune blessure n’a dévasté ta face, aucun mal n’a corrompu tes chairs, tu es simplement là, à peine remise d’une opération de chirurgie esthétique tout à fait anodine, à contempler quelque chose d’aberrant, quelque chose de mouvant et d’instable dans laquelle tu ne te reconnais absolument pas. Telle une antique photographie papier marinant dans une solution de bromure mal dosée, tes traits restent irrémédiablement flous et tremblotants. Ils dessinent avec peine une gueule cassée de la Grande Guerre, amas de boursouflures cicatrisant gastéropode autour d’un trou noirâtre impossible à cautériser. Ton cerveau est encore brouillé te rassures-tu, par les effluves de ton anesthésie, ton foie s’est un peu détraqué sous l’effet des substances chimiques : ça passera, oui, ça passera. »

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