Le Consentement, Vanessa Springora. Éditions Grasset, janvier 2020, 216 pages.

C’est tellement délicat, de chroniquer un tel récit. De mettre des mots, de porter un avis, de mettre une note.

Je ne peux pas dire que j’ai aimé ce récit. Comment aimer ? Comment aimer la narration de ces années d’abus et de manipulations ?

Vanessa Springora pose des mots sur son terrible passé, sur l’emprise que cet homme, G. M., avait sur elle, sur les autres.

C’est l’histoire d’une enfance volée et d’une vie à tout jamais brisée. Et pourtant, l’auteure parvient à le faire avec une certaine élégance. C’est brut, c’est certain. Mais, il y a aussi une certaine douceur, dans la façon dont Vanessa Springora s’exprime. Il y a de la colère, de la haine, du dégoût … mais il y a aussi de la douceur et de l’espoir. C’est ce qui, à mon sens, en fait un récit supportable à lire.

Les premières pages m’ont données un haut-le-cœur. La façon dont tout cela est décrit, la façon dont les mots s’enchaînent, ce qu’on lit… et ce qu’on comprend, entre les lignes. Puis, au fur et à mesure de ce récit, c’est toute la mécanique implacable de ces prédateurs sexuels que l’on découvre. On la connaît tous, évidemment, cette mécanique, mais rien n’y fait, à chaque fois, je trouve ça d’autant plus terrible, d’autant plus flippant.

C’est un récit qui a fait grand bruit avant même sa sortie … à juste titre. Il faut parler de ces choses-là. En parler, encore et toujours. Parce que les prédateurs sexuels, les pédophiles, les violeurs … existeront toujours. Ce que nous pouvons éradiquer, en revanche, c’est ce sentiment de honte qui continue de coller à la peau des victimes, ce sentiment de l’avoir « cherché », quelque part. Personne, PERSONNE, n’est responsable des violences sexuelles et/ou physiques qu’il/elle subit.

Vanessa Springora signe un récit intime et intimiste qui vous portera le cœur au bord des lèvres … ça fait mal, ça tord les boyaux, mais c’est une lecture nécessaire

Résumé éditeur

Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. A treize ans, dans un dîner, elle rencontre G. , un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses oeillades énamourées et l’attention qu’il lui porte.
Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin  » impérieux  » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables.
Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire.
V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.
 » Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre  » , écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.

Plus de trente ans après les faits, Vanessa Springora livre ce texte fulgurant, d’une sidérante lucidité, écrit dans une langue remarquable. Elle y dépeint un processus de manipulation psychique implacable et l’ambiguïté effrayante dans laquelle est placée la victime consentante, amoureuse.
Mais au-delà de son histoire individuelle, elle questionne aussi les dérives d’une époque, et la complaisance d’un milieu aveuglé par le talent et la célébrité.

Extraits

« G. affiche un air grave et la mine sombre, ce qui ne lui ressemble pas. On s’est retrouvés dans un café où nous avons nos habitudes, face au jardin du Luxembourg. Quand je lui demande ce qui le préoccupe, il hésite un moment avant de m’avouer la vérité. La Brigade des mineurs l’a convoqué dans la matinée, après avoir reçu une lettre de dénonciation anonyme le concernant. Nous ne sommes donc pas les seuls à être sensibles au charme de l’épistolaire. »

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«Les actes manqués n’engagent que ceux qui les relèvent. »

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