Donne-moi des fils ou je meurs, Maud Jan-Ailleret. Éditions Grasset, mai 2019, 208 pages.

Laure et Antoine sont follement amoureux et ont, en apparence, une vie merveilleuse. Ils se sont rencontrés à la fac. Lui est journaliste et parcours le monde, elle travaille dans un cabinet de conseil. Ils sont proches de leurs familles respectives, viennent d’acheter un appartement en plein Paris. Bref, Laure et Antoine, c’est un couple à qui tout réussi.

 

Laure tombe enceinte. Une fois, deux fois, trois fois. Et à chaque fois, le couperet tombe. Il n’y aura pas de naissance, pas de terme. Il n’y aura pas de premier anniversaire. Exit la vie à trois. Et chaque fois, c’est l’insoutenable. Laure se meurt, à petit feu. Sans enfant, sa vie n’a aucun sens. Elle veut la porter, la vie. Lui donner naissance, entendre son premier cri. Mais la vie peut-être une garce et la génétique une belle saloperie.

 

Ensemble, ils affrontent l’impensable, l’horreur. A trois reprises. Antoine s’exprime peu, il souffre en silence. Alors que Laure, elle, a ce besoin viscéral de décharger sa colère. Celle de ne pas pouvoir tenir ce rôle si précieux à ses yeux. Le rôle de sa vie, finalement. Et puis, la colère face à ses proches qui ne semblent pas comprendre le raz-de-marée qu’elle et Antoine ont traversé. Les raz-de-marée. Et puis la honte, terrible, incessante, incommensurable. Honte de ne pas être en mesure de porter la vie, honte de ressentir autant de jalousie envers ses proches qui, eux, ont droit à des enfants.

Véritable cri de détresse d’une femme en manque d’enfant, Donne-moi des fils ou je meurs est un roman percutant. L’histoire d’un couple en souffrance, qui étouffe de tristesse. Le manque est là, palpable, dans chaque phrase, chaque ligne.

Maud Jan-Ailleret signe un roman puissant et sans tabou sur la douleur abyssale qui s’installe face à l’impossibilité de procréer. C’est un immense coup de cœur.

Résumé éditeur

Laure et Antoine s’aiment depuis la fac et suivent ensemble l’itinéraire tracé des couples heureux et bien lotis. Il est journaliste, elle travaille dans un cabinet de conseil, ils viennent d’acheter un appartement à Paris. Il a perdu son père jeune, comme elle sa mère, mais ils sont entourés par une famille nombreuse qui se réunit chaque été à Saint-Lunaire, dans la propriété de Laure, pour s’aimer, rire et se détendre. Tout bascule quand l’étape suivante de ce parcours leur est soudain barrée : avoir un enfant. Leur premier bébé meurt à trois mois in utero, le deuxième, quelques mois mois plus tard, au même âge, in utero encore, et sans explication. La toile commence à se déchirer : Laure s’enferme dans le silence, la culpabilité, l’incompréhension ; Antoine dans le travail. L’été à Saint-Lunaire, personne ne parle ; dans la maison du bonheur, les drames ne sont pas invités. Pourtant le couple tient, s’accroche pour avancer. Mais au troisième décès, à plus de quatre mois de grossesse, les analyses désignent une coupable : Laure. Elle apprend qu’elle est porteuse d’une maladie génétique et qu’elle n’a que peu de chances d’avoir un enfant en bonne santé. Le rideau tombe et Laure se retrouve seule face à elle-même, incapable de faire le deuil de son désir d’être mère. Alors commence un parcours du combattant bien loin de l’horizon de bonheur espéré.
Inspirée de sa propre vie, Maud Jan-Ailleret déroule ici l’histoire d’une femme face à son corps et à son impuissance. Sans fard, elle raconte à travers le destin de sa narratrice une expérience que tant de femmes aujourd’hui endurent souvent sans en parler : les examens cliniques répétés, les curetages, bilans sanguins et autres analyses, la honte sociale face aux autres, celles ayant réussi à devenir mères, les familles heureuses qu’on envie, le malaise des proches autour, le couple qui s’étiole et la mort qui revient. Elle dit l’isolement et l’obsession folle, mais aussi le courage et la foi qu’elle ira puiser en elle et dans son couple pour se relever. Car malgré la douleur, c’est un texte aussi puissant que lumineux que l’auteur signe ici ; la formidable histoire d’amour d’un couple que le sort frappe sans abattre, le portrait d’une mère empêchée mais non moins femme, qui fera triompher la vie.

Extrait

« J’empoigne mon ventre, le tape, le massacre. Dieu, tu m’entends ? Tu veux quoi pour moi ? C’est quoi ton dessein ? Donne-moi des enfants, des fils, des filles, des mômes, des kids, des gosses. Donne-moi des enfants où je vais finir par crever. »

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