Alabama 1963, Ludovic Manchette & Christian Niemiec. Éditions La Bête Noire, août 2020, 384 pages.

Alors, oui. Le sujet est vu et revu. On en voit passer chaque année, des romans sur la ségrégation et les amitiés inter-raciales. Oui, sauf que celui-ci mérite que l’on s’y attarde un peu. Pourquoi ?

Tout d’abord parce que les deux auteurs sont français ! Loin de moi l’idée d’être chauvine, mais ce n’est quand même pas tous les jours qu’un roman a trait à ce sujet, sans que son auteur soit américain. Du coup, on sort un peu des sentiers battus. Il reste quelques clichés, bien évidemment. Ils ont la vie dure, mais il en va ainsi pour tous les clichés, non ?

Mais c’est également l’attention portée à chaque petit détail qui fait de ce roman, un roman à savourer. La lecture est fluide, mais les détails foisonnent.

Alors, oui, certains diront que c’est un peu trop dichotomique. Mais, c’est à l’image de la ségrégation, non ?

« Alabama 1963 », c’est l’histoire de deux inconnus, que tout oppose – Adela, femme de ménage noire. Et Bud, detective privé aigri, raciste et un brin alcoolique – qui vont tenter de résoudre le meurtre d’une fillette noire.

Mais « Alabama 1963 », c’est aussi un roman historique fouillé, qui vous plonge dans une réalité qui fait toujours aussi froid dans le dos. Bienvenue aux États-Unis, en 1963. On parle de Rosa Parks, de Louis Amstrong, du Ku Klux Klan, de l’assassinat de Kennedy, de tous ces endroits publics scindés en deux, voire seulement autorisés aux blancs.

Si vous avez aimé « La couleur des sentiments », ce livre est fait pour vous. Et si vous avez envie de vous plonger dans le quotidien des USA, en 1963 … je vous fais la même recommandation.

Un roman qui ne devrait pas passer inaperçu et un chouette moment de lecture.

Résumé éditeur

Birmingham, Alabama, 1963. Le corps sans vie d’une fillette noire est retrouvé. La police s’en préoccupe de loin. Mais voilà que d’autres petites filles noires disparaissent…
Bud Larkin, détective privé bougon, alcoolique et raciste, accepte d’enquêter pour le père de la première victime. Adela Cobb, femme de ménage noire, jeune veuve et mère de famille, s’interroge :  » Les petites filles, ça disparaît pas comme ça… « 
Deux êtres que tout oppose. A priori.

Sous des airs de polar américain, Alabama 1963 est avant tout une plongée captivante dans les États-Unis des années 1960, sur fond de ségrégation, de Ku Klux Klan et d’assassinat de Kennedy.

Extraits

« Rien ne troublait le repos de la belle endormie: ni le soleil cuisant, ni la mouche qui ne cessait d’effleurer sa joue, ni le brin d’herbe qui lui chatouillait l’oreille. Elle ne cilla même pas lorsqu’un scarabée sortit de sa bouche. »

•••

« Pouvons-nous affirmer au monde, et surtout à nos compatriotes, que nous sommes le pays de la liberté, sauf pour les Noirs ? Que nous n’avons pas de sous-citoyens, sauf les Noirs ? Que nous n’avons pas de système de classe sociale ou de caste, pas de ghetto, pas de race supérieure, sauf quand il s’agit des Noirs ? La notion de race n’a sa place ni dans la vie ni dans la loi américaine. »

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