Dernière cartouche, Caroline de Bodinat. Éditions Stock, août 2020, 216 pages.

C’est le portrait d’un homme, que nous dresse Caroline de Bodinat. Un homme qui se trouve être le père de Louise, narratrice de l’histoire. Mais, à mon sens, ce n’est pas cela qui est important dans ce récit. Non. Dans ce court récit, c’est Paul des Tures, l’Homme, qui importe. À l’image des portraits qu’elle écrit pour la presse, Caroline de Bodinat nous en livre un sous la forme d’un roman. Le portrait d’un homme, tout simplement.

Les mots sont bruts, sans concession. Mais la charge émotionnelle qui les entoure est d’une puissance rare. Les mots racontent l’histoire de ce père, à la recherche d’un faste passé, d’une bourgeoisie qu’il ne touchera plus – ne serait-ce que du bout des doigts. Les mots racontent ce père aimant, incapable de l’exprimer et qui, pour dire l’amour, court après le train sans quitter sa fille des yeux. Ce père, à la fois si décevant et si incroyable, aux yeux de Louise.

Caroline de Bodinat raconte une vie. Récit autobiographique ? En partie. Et il est difficile de ne pas y penser face à tous les sentiments qui surgissent au travers des mots de Louise. Mais, finalement, ce n’est pas ça, l’essentiel. Dernière cartouche, c’est l’histoire d’un homme. D’un homme qui est aussi un mari, un père, un ami, un fils, un beau-fils… C’est l’histoire d’une vie, de la vie. Avec ses hauts et ses bas, avec ses joies et ses peines.

C’est l’histoire d’un homme qui s’appelait Paul des Tures et qui est mort, à l’âge de 51 ans. C’est l’histoire d’un homme, parmi tant d’autres.

C’est un roman à savourer, comme on contemple le portrait d’un être cher, en se remémorant toutes les fois où on s’est dit « je t’aime » sans mot.

Résumé éditeur

« Il m’a appris à éviter les au revoir, à détester les quais de gare. Quand il m’y accompagnait, il faisait semblant d’oublier l’horaire. Une demi-heure avant le départ, il disparaissait, je m’inquiétais. Ma mère, compatissante, disait : ‘‘ Tu sais, ton père, ses promesses…’’
La voiture qui se garait devant la maison, sur le trottoir, la faisait taire. Il ouvrait la porte d’entrée, passait une tête et demandait : ‘‘ Alors, qu’est-ce que tu bouines ? T’es prête ? ’’ […]

Paul des Tures est mort aux alentours de 11h15. En février 1993, le premier mercredi du mois. J’avais vingt-trois ans, je fumais des blondes, lui des brunes sans filtre.
Je suis sa fille aînée.
J’aurai bientôt son âge.
Il venait d’avoir cinquante et un ans.
Chez les des Tures, on ne pose pas de questions. […]
Dans ses effets personnels, remis aux ayants droit, il n’y avait qu’un briquet jetable, un trousseau de deux clés de voitures, un autre d’appartement et un petit sachet transparent avec son alliance et sa chevalière, couvertes de sang coagulé. »

Il a cru qu’il ferait mieux que les autres.
Il pensait que tout allait lui réussir…
Il a fini par appeler son labrador chien de con.

Extrait

« Dans la famille, on ne divorce pas. On ne construit pas son propre bonheur sur le malheur de ceux qu’on laisse. C’est le principe, c’est comme ça, quoiqu’il arrive, on reste. »

•••

« Ma mère m’a appris le nom de Dieu pour prier, mon père, pour jurer. »

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