Les villes de papier, Dominique Fortier. Éditions Grasset, septembre 2020, 208 pages.

C’est avec beaucoup de douceur et d’élégance que Dominique Fortier nous conte Emily Dickinson. Une poétesse aussi insaisissable qu’intrigante, dont la prose est aussi mélodieuse qu’admirable. Mais une poétesse dont nous ne connaissons que peu de choses. Ainsi, l’auteure lui imagine une vie de papier. Parce que, finalement, c’est là que toute la vie d’Emily s’est jouée, sur le papier.

À partir de travaux de recherches, d’autobiographies de l’auteure et de documents ayant appartenu à la mystérieuse Emily, Dominique Portier nous dépeint son portrait, sa vie. Si d’aucuns diraient que mener une vie recluse est nécessairement synonyme de spleen, Dominique Fortier livre la vision d’une femme affranchie de toute contrainte sociale, n’évoluant que dans le monde qu’elle s’est construit. Et puisque son monde réside dans les mots et les traces laissées par la plume sur les papiers, Emily n’a pas besoin de sortir de sa chambre pour voyager. Dans son esprit, à Emily, il y réside toutes les vies, toutes les couleurs, tous les paysages et toutes les émotions de la terre entière. C’est le monde dans sa globalité, qui réside chez Emily.

À l’image de la poétesse, les mots de l’auteure sont poétiques et sensibles, d’une grâce et d’une discrétion ravissantes, et portés par une ardeur qui ne doit avoir d’égal que sa passion Dickinson.

Ce livre se dévore, mais il vous faudra prendre le temps de le savourer, pour y entrevoir toutes ses merveilles.

Résumé éditeur

Qui était Emily Dickinson ? Plus d’un siècle après sa mort, on ne sait encore presque rien d’elle. Son histoire se lit en creux : née le 10 décembre 1830 dans le Massachusetts, morte le 15 mai 1886 dans la même maison, elle ne s’est jamais mariée, n’a pas eu d’enfants, a passé ses dernières années cloîtrée dans sa chambre. Elle y a écrit des centaines de poèmes – qu’elle a toujours refusé de publier. Elle est aujourd’hui considérée comme l’une des figures les plus importantes de la littérature mondiale.

À partir des lieux où elle vécut – Amherst, Boston, le Mount Holyoke Female Seminary, Homestead –, Dominique Fortier a imaginé sa vie, une existence essentiellement intérieure, peuplée de fantômes familiers, de livres, et des poèmes qu’elle traçait comme autant de voyages invisibles. D’âge en âge, elle la suit et tisse une réflexion d’une profonde justesse sur la liberté, le pouvoir de la création, les lieux que nous habitons et qui nous habitent en retour. Une traversée d’une grâce et d’une beauté éblouissantes.

Extraits

« Elle n’est pas cachée, elle n’est pas recluse. Elle est au cœur des choses, au plus profond d’elle-même, recueillie, posée en équilibre entre les abeilles du jardin et les deux Ourses, la grande et la petite, qui s’allument dans le ciel à la tombée du jour, tendue comme le style d’un cadran solaire. C’est une vie parfaite, parfaitement close, enclose en elle-même. Ronde et pleine comme un œuf. »

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« Trop souvent, les gens sages l’insupportent. Emily leur préfère de loin la compagnie des papillons, des sauterelles et des livres – qui sont aussi des sages mais tranquilles. Ceux-là ne vous accablent pas de leur sagesse, ils attendent que vous veniez les cueillir vous-mêmes lorsque vous êtes mûr. »

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« Dieu est un mystère, Il est silence, et Emily comprend d’abord le monde par les mots. Dieu est une éclipse. Il est au-delà des mots. Il ne Se terre pas entre les pages jaunies des bibles du roi Jacques dont la maisonnée Dickinson compte pas moins de huit exemplaires – plus de livres saints que d’âmes à sauver. Quand elle lève les yeux au ciel, Emily ne voit rien que les nuages. Si le ciel est le repos des justes, cela veut-il dire qu’ils se sont changés en oiseaux ? »

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