De sang et d’encre, Rachel Kadish. Éditions du Cherche Midi, septembre 2020, 572 pages.

Dans cet incroyable récit construit en écho au travers de deux époques, Rachel Kadish parvient aussi bien à décrire la persécution des juifs et leur exil forcé au XVIIe siècle, qu’à apporter une réflexion sur le rôle et la vision de la femme dans la société d’hier et d’aujourd’hui.

Début des années 2000, à Londres, Helen Watt, éminente professeur à l’université, est contactée par un ancien étudiant afin qu’elle vienne étudier des documents rédigés en hébreux et découverts fortuitement dans sa demeure datant du XVIIe siècle. Rapidement, Helen se prend au jeu et commence à se passionner pour l’auteur des documents, Aleph. Dès lors, elle n’aura alors de cesse, avec l’aide d’Aaron, un jeune doctorant américain, de retrouver la véritable identité d’Aleph.

En 1666, alors que la peste commence à se répandre à Londres, Ester Velasquez est la secrétaire d’un rabbin aveugle qui a fui l’inquisition pour finir par se réfugier à Londres. Jeune femme incroyablement brillante et cultivée, elle se retrouve à devoir faire face aux impératifs de son sexe : se marier et fonder un foyer.

Deux femmes, deux intellectuelles, deux époques. Et pourtant, une considération toujours moindre par rapport à l’homme.

Au travers de cette histoire passionnante, l’auteure questionne habilement les notions de religion et de croyance, tout en abordant quelques fondements de l’histoire de la philosophie. Le récit foisonne d’éléments historiques et fait la part belle aux auteurs, philosophes, penseurs et dramaturges de l’époque. Évidemment, la psychologie des personnages est plus que fouillée et distillée avec habileté tout au long du récit.

En basant son récit sur la découverte d’échanges épistolaires, ce sont également les questions de notre héritage culturel et historique, ainsi que de notre rapport à l’écriture que Rachel Kadish interroge.

Il s’agit là d’un récit terriblement captivant, à l’écriture aussi exigeante qu’envoutante. Le travail de traduction de Claude et Jean Demanuelli est réellement stupéfiant.

En bref : ce roman est un coup de cœur absolu.

Résumé éditeur

2000, Londres. Professeur d’université proche de la retraite, Helen Watt est contactée par un ancien élève afin de venir étudier des documents en hébreu récemment découverts dans une maison du XVIIe siècle. Très vite, elle est intriguée par l’auteur de ces manuscrits, un certain « Aleph », dont elle va vouloir déterminer l’identité.
1666, Amsterdam. Ester Velasquez est une femme d’une intelligence et d’une culture exceptionnelles. Secrétaire bien-aimée d’un rabbin aveugle fuyant l’Inquisition espagnole, elle le suit à travers l’Europe et jusqu’à Londres, au moment où la ville est touchée par la peste.

Récit à la construction étourdissante, louvoyant entre les lieux et les époques, De sang et d’encre est aussi une brillante méditation sur la religion, la philosophie, et la place de la femme dans l’Histoire.

Extrait

« Mais déjà ils s’éloignent d’elle. Au milieu du bouillonnement de la cohue, elle laisse derrière elle les têtes noircies qui oscillent à présent sous le vent mordant. Dans la rue pavée qui prolonge le pont, la foule s’éclaircit pour finir par s’évanouir. Elle se retrouve, libérée, sur la berge sud du fleuve, sa peau gardant le souvenir du contact de ces inconnus qui l’ont portée jusqu’ici. Des centaines de mains, mortes et vivantes. »


•••

« Je comprends très bien ton désir de l’étude, mais tu dois réfléchir au choix qui se présente à toi. Je ne peux pas faire comme si Dieu t’avait créée homme, et par conséquent capable de vivre de son esprit et de son savoir. Dieu a mis en nous des désirs innombrables. Mais nous les contrôlons pour pouvoir vivre. J’ai été obligé, pour ma part, de maîtriser mes propres désirs quand la perte de ma vue m’a interdit de devenir le savant que je voulais être, ou de fonder une famille. Je regrette vraiment, dit-il en baissant encore la voix, de t’avoir induite à croire que tu pourrais être une érudite. Tu en avais l’étoffe, cependant. »

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