Un soupçon de liberté, Margaret Wilkerson Sexton. Éditions Actes Sud, août 2020, 336 pages.

Étalé sur près de soixante-dix ans, « un soupçon de liberté » nous conte la vie d’une famille créole installée à la Nouvelle-Orléans. En 1944, Evelyne, dont le père est le premier médecin noir de Louisiane, évolue au sein d’une bonne famille et ambitionne de devenir infirmière. Plus tard, elle donnera naissance à Jackie, nous sommes au milieu des années 80 et la crise économique bat son plein. Jackie, elle, élève seule son fils, T.C. Un jour, son mari, ancien accro au crack, refait surface et Jackie décide de lui redonner une chance, à cette famille. Début des années 2000, T.C sort de prison. Il a été grillé en train de dealer. À sa sortie, il tente de reprendre sa vie en main et de la gagner comme un honnête homme. Mais c’est sans compter sur son ancien camarade et le coup qu’il lui propose.

Sur fond de saga familiale, ce roman explore surtout l’évolution de la société américaine au fil des décennies : ses rapports avec la communauté afro-américaine, la fracture sociale qui se creuse d’année en année et la difficulté pour certains à sortir d’un cercle vicieux alimenté par des politiques gouvernementales laissant de côté les plus démunis. La Nouvelle-Orléans, symbole américain de cette fracture, et lieu où se situe le roman, devient dès lors l’un des personnages principaux du roman. Il y a l’avant et l’après Katrina, cet ouragan qui aura inondé 80% de la ville et qui transformera à jamais la population ethnique de cette ville à l’héritage culturel si foisonnant.

Ce sont des vies sommes toutes banales, que nous conte l’auteure. Des vies faites de rêves et d’ambitions, d’espoirs confrontés à la réalité, parfois amère, de la vie. Mais, des vies petit à petit brisées par les catastrophes écologiques et économiques dont elles sont les victimes directes.

C’est toute la descente aux enfers de la classe moyenne africaine-américaine à la laquelle le lecteur assiste, impuissant.

C’est un premier roman brillant et prometteur, à ne pas manquer.

Résumé éditeur

La Nouvelle-Orléans, 1944. Evelyn, une fille créole de bonne famille, ambitionne de devenir infirmière. Quand elle rencontre Renard, un étudiant noir issu des quartiers défavorisés, elle est convaincue que son père, premier médecin de couleur de Louisiane, va l’adorer. Mais celui-ci ne voit pas cette relation d’un bon œil. Evelyn doit alors choisir entre les siens, ses privilèges et l’homme qu’elle aime.

1986, dans l’Amérique de Reagan frappée par la crise économique, Jackie élève seule son bébé, T. C. Quand son mari, guéri de son addiction au crack, refait surface peu avant le premier anniversaire de leur enfant, Jackie décide de lui laisser une chance. Peu à peu, la famille reprend une vie normale. Mais pour combien de temps ?

2010, dans la Louisiane de l’après-Katrina, T. C. sort de prison. Le jeune dealer s’apprête à devenir papa et entend bien se ranger. Lorsqu’on lui propose un dernier coup, la tentation est trop forte. Et les risques de se faire prendre sont infimes…

Sur près de soixante-dix ans et trois générations, Margaret Wilkerson Sexton retrace la saga d’une famille noire de La Nouvelle-Orléans, ville symbole de la fracture sociale et raciale américaine, dans un premier roman poignant et puissant.

Citations

« Langston était son dernier petit ami en date, et il était mignon, si mignon que Ruby avait appris par une troisième année du centre de formation qu’il distribuait son numéro de téléphone à toutes les filles de la VIIth Ward dont les cheveux dépassaient l’agrafe du soutien-gorge. Ruby l’avait mal pris ; leur mère lui avait donc mitonné ses plats favoris toute la semaine, et la moindre parole que lui adressait Evelyn était rejetée comme stupide. »

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