Africville, Jeffrey Colvin. Éditions Harper Collins, août 2020, 384 pages.

C’est après plus de vingt années de recherches que Jeffrey Collins publie « Africville », roman retraçant, sur trois générations, l’histoire d’une famille noire et de leurs proches.

Si l’histoire de fond me tentait beaucoup – j’apprécie les fresques familiales – c’est surtout le sujet d’Africville qui a attisé ma curiosité. Construite en Nouvelle-Écosse – non loin d’Halifax – de toutes pièces par d’anciens esclaves afro-canadiens au milieu du XVIIIe siècle, la ville a été détruite sur ordre d’Halifax dans les années soixante. Suite à cette destruction, Africville est devenu l’un des plus grands symboles de l’oppression et du racisme que subirent des milliers d’Africains au Canada.

Au travers de ce roman, Jeffrey Colvin nous parle d’une ville dont il est impossible de se détacher, qui colle à la peau, parce que « être noir, on ne fait pas avec. On est noir, un point c’est tout. » Alors, à elle seule, Africville représente tout : les racines, les espoirs, les ancêtres, l’atavisme, les coutumes. À elle seule, elle les ramène constamment à cette construction sociale qu’ils ne seront jamais aussi bien que les blancs, quoi qu’ils entreprennent. Vous vous en doutez, j’ai beaucoup aimé cet aspect du roman.

Cependant, j’ai eu beaucoup de mal avec la construction du récit qui m’a paru assez bancale et maladroite et j’ai eu des difficultés avec l’enchainement des chapitres qui m’ont fait, parfois, perdre le fil du récit.

Ce triptyque familial me tentait beaucoup, mais je dois avouer que j’en ressors déçue et un peu confuse. Comme si l’histoire n’était pas complète, comme s’il me manquait des pages au récit, sans vraiment savoir lesquelles.

Traduit de l’anglais (USA) par Serge Chauvin

Résumé éditeur

Années 1930. Kath Ella refuse de suivre son destin tout tracé de fille de couleur et quitte Africville, un quartier fondé par d’anciens esclaves en Nouvelle-Écosse, au Canada. Après une histoire d’amour marquée par le deuil, elle donnera naissance à un fils, Omar, qui sera rebaptisé Étienne.

Années 1960. Étienne, dont la pâleur lui permet de passer pour un Blanc, vit en Alabama. Il est déchiré entre ses racines noires et la peur de perdre la vie qu’il est en train de construire.

Années 1980. À la mort de son père, Warner se lance dans une quête de ses origines, qui le mènera dans ce qui reste d’Africville mais aussi dans une prison d’État au fin fond du Mississippi.

Trois destins, trois personnages aux prises avec la réalité sociale de leur époque et les aléas de la vie. Pas de pathos ni de velléité moralisatrice. Les héros de ce roman sont des êtres vrais, de chair et de sang. En toile de fond, Africville, à la fois aimant et repoussoir, dont l’empreinte se transmet de génération en génération.

Avec ce premier roman triptyque vibrant, fruit de plus de vingt ans de recherches, Jeffrey Colvin s’impose comme une nouvelle voix de la littérature américaine, dans le sillage de Colson Whitehead et de Ayana Mathis.

Citations

« À l’époque où nul médicament ne pouvait raviver un bébé décharné, on recommandait parfois de l’étouffer. Il fallait agir, sinon l’Infortune risquait d’infecter le village tout entier. Mieux valait abréger les souffrances de l’enfant en pleine journée, lorsque les esprits malins seraient à son chevet pour boire la buée des ses derniers souffles.
Pourtant, plusieurs mères refusent de croire que les nourrissons défunts soient des enfants de l’infortune. »

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« Les détenues disent aussi qu’il faut toujours ranger une photo de famille en laissant le recto apparent, même s’il s’agit d’un parent qui vous a dénoncé à la police. »

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