Le chat, le général et la corneille, Nino Haratischwili. Éditions Belfond, août 2021, 592 pages.

Décembre 1994, la guerre de Tchétchénie bat son plein. Et comme dans chaque guerre, la peur s’installe, l’asservissement commence et les femmes, quant à elles, sont usées et utilisées, dans le but d’humilier et de répandre la terreur. Parmi tous les soldats, il y a Malisch, jeune homme épris de littérature qui s’est enrôlé par dépit amoureux.

Deux décennies plus tard, en 2016, une jeune comédienne surnommée « le chat » est approchée par un journaliste allemand, « la Corneille », qui lui propose une mission aussi énigmatique, que tentante. « La Corneille », quant à lui, est obsédé par un certain oligarque russe appelé Alexander Orlov – que tout le monde appelle « le Général » – et les exactions dont il s’est rendu coupable durant la guerre de Tchétchénie.

Soudain, ces trois êtres que tout oppose et dont les mondes n’auraient jamais dû se télescoper, se retrouvent propulsés au cœur d’une histoire qui, rapidement, les dépasse tous, qu’ils le veuillent ou non. Et alors que le piège se referme doucement, c’est toute l’horreur, les dégâts et les conséquences à long terme de la guerre que l’auteure brandit comme un étendard.

En filigrane, Nino Haratischwili dresse le portrait d’une Russie en plein bouleversements, suite à la chute des régimes communistes, puis de l’URSS et combien les cicatrices sont encore à vif, plus de vingt ans après.

La fin du roman, incroyable cliffhanger et véritable point culminant de cette œuvre, transforme cette histoire romanesque en un ex-voto contre la guerre, doté d’un sens de la dramaturgie incroyable.

La plume maitrisée de Nino Haratischwili est à ne pas manquer… et le nom de l’auteure à ne pas oublier. Traduit de l’allemand par Rose Labourie.

Résumé éditeur

Jeune comédienne géorgienne exilée à Berlin, Sesili, dite « Le Chat », a du mal à se remettre d’un drame familial et à trouver sa place dans un pays dont elle ne comprend pas tous les codes.

Oligarque russe sans foi ni loi, Alexander Orlov, que tout le monde appelle « le Général », voit soudain ressurgir un terrible secret vieux de vingt ans.

Rongé par le deuil et la culpabilité, « la Corneille », un mystérieux journaliste allemand, décide d’enquêter sur les exactions commises par les militaires russes lors de la guerre de Tchétchénie.

Voici trois êtres que tout oppose et qui n’auraient jamais dû se rencontrer. Trois personnages qui, des montagnes de Tchétchénie à Berlin, en passant par Marrakech, Venise et Tbilissi, vont se trouver entraînés, malgré eux, dans le tourbillon d’une histoire qui les dépasse. Une histoire de guerre et de violence. De revanche et de passion…

Avec un sens inouï du romanesque et un style plein de panache, Nino Haratischwili nous offre une œuvre d’une puissance narrative folle et ressuscite tout un pan de l’histoire de l’Europe contemporaine, ses zones d’ombre et ses tragédies oubliées.

Extrait

« Homo oligarchus prenait le relai d’homo sovieticus. Le chaos russe était devenu ma drogue, ma ruée vers l’or, et le besoin irrépressible d’aller, au péril de ma vie, étudier cette nouvelle espèce humaine avait pris possession de moi à un point que je n’aurais jamais soupçonné. »

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« Faire le bien, comme tu dis, ça ne s’apprend pas, et surtout, ça ne s’achète pas. Ce serait naïf d’espérer y parvenir au moyen de ces dons ridicules. »

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