« L’affaire Vincent Lambert », Ixchel Delaporte

L’affaire Vincent Lambert, Ixchel Delaporte. Éditions du Rouergue, mars 2020, 207 pages.

Le 29 septembre 2008, Vincent Lambert, alors âgé de 32 ans, est victime d’un grave accident de la route qui le laisse dans un état végétatif. S’ensuit alors une guerre médiatique, médicale, politique et familiale qui ouvrira l’un des plus grands débats du XXIe siècle : le droit à l’euthanasie.

Grâce à cette enquête poussée, Ixchel Delaporte nous retrace le parcours de cet homme – devenu bien malgré lui le symbole de la fracture qui oppose partisans et adversaires de l’euthanasie – ainsi que les relations au sein de la famille Lambert et ce qui a pu mener à un tel déferlement de haine et d’amour dans les médias de la France entière.

Si vous chercher une enquête objective au sujet de cette affaire, passez votre chemin. Ixchel Delaporte, au fur et à mesure de son enquête et des entretiens avec certains membres de la famille Lambert, s’est fait sa propre opinion et ne s’en cache pas. Cependant, le travail de recherche et de compilation des données est indéniablement titanesque et – à mon sens – très interessant.

Par quel(s) mécanisme(s) cette famille a-t-elle pu en arriver là ? Comment une telle situation a pu prendre une telle ampleur (la cour européenne des droits de l’Homme a elle-même été saisie) ?

Certains diront qu’il s’agit de la folie d’une famille catholique extrémiste ; d’autres que c’est l’expression de tout l’amour porté à Vincent Lambert.

Une chose est certaine cependant, à la lumière de cette enquête, Ixchel Delaporte nous raconte comment Vincent Lambert est passé d’un sujet de soin à un objet de soin. Perdant ainsi, le long de cette atroce bataille médico-juridique, toute la dignité et le respect auquel il avait et devait avoir droit.

C’est l’histoire d’un naufrage familial. Qui aura au moins eu l’avantage d’ouvrir la porte des débats autour de la fin de vie et de donner naissance, en 2005, à la loi Leonetti, relative aux droits des malades et à la fin de vie.

Il s’agit là d’un ouvrage que j’ai trouvé très intéressant, très fouillé, et qui soulève de nombreuses questions essentielles dans notre société actuelle. Une enquête à lire, pour ceux que le sujet intéresse et questionne.

Résumé éditeur

Comment Vincent Lambert, cet homme plongé dans un état végétatif chronique et irréversible suite à un accident de voiture, est-il devenu le symbole du débat sur la fin de la vie et l’euthanasie ? Quelle est la genèse du combat judiciaire et médiatique qui a généré, entre 2013 et 2019, une invraisemblable succession d’expertises médicales et de décisions judiciaires, les secondes contredisant les premières ? Dans cette enquête rigoureuse, exigeante et dense, reposant sur des témoignages et des documents exclusifs, Ixchel Delaporte retrace l’histoire d’une famille dont les déchirements ont commencé bien avant l’accident de Vincent. D’emblée, tous les ingrédients d’une tragédie étaient réunis. D’un côté, des parents profondément marqués par leur proximité avec la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X et par leur croisade contre l’avortement et le mariage homosexuel. De l’autre, une épouse et une fratrie convaincues que Vincent n’aurait jamais voulu de cette vie-là. Lui qui fut exposé dès l’enfance à des traumatismes majeurs.
Comme peu d’autres, l’affaire Lambert aura révélé les difficultés de notre société à affronter les questions éthiques que soulève la mort. L’implication de mouvements catholiques intégristes et d’extrême droite aura poussé très loin l’instrumentalisation du cas Vincent Lambert. Ixchel Delaporte livre ici la première enquête d’ampleur sur cette affaire polémique et passionnelle.

Citation

« Je me suis fait cueillir sans m’en apercevoir. Comme en amour. Non pas par un homme mais par une affaire. »

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« Sexy summer », Mathilde Alet

Sexy summer, Mathilde Alet. Éditions Flammarion, août 2020, 192 pages.

Juliette, jeune adolescente d’une quinzaine d’année, souffre d’une électro-hypersensibilité. À son âge, quelle poisse ! Alors, pour l’épargner et lui rendre une vie plus douce, ses parents décident de quitter l’effervescente Bruxelles pour la campagne belge. Une campagne au cœur d’une zone blanche.

Si vous pensez lire un roman qui traite de l’hypersensibilité aux ondes, passez votre chemin ! Parce qu’il ne s’agit que d’un prétexte de la part de l’auteure pour parler des affres de l’adolescence, de l’amitié et des amours naissants. Juliette quitte la capitale et, avec ce départ, l’espoir d’une vie exaltante et d’une jeunesse riche en événements incroyables. Que pourrait-il bien lui arriver d’excitant à la campagne ? Loin des villes, rien n’existe vraiment, non ?

Dans un décor à la fois étrange et énigmatique, Mathilde Alet dresse le portrait d’une bande de jeunes qui évolue en marge de leur société puisque non connectés. Pourtant, leur quotidien ressemble à tous les autres adolescents : on se rencontre, on se plait, on se craint, on s’engueule, on s’aime, on se tait, on se retrouve… et ainsi de suite.

Sexy summer est un roman d’apprentissage, une fenêtre ouverte dans la vie de Juliette, le temps de quelques mois. Loin des ondes, elle redevient une jeune femme comme les autres, en proie à ses questionnements, à ses envies et à ses doutes.

L’écriture est très douce et des mots de l’auteure se dégage une sensation d’étrangeté. Mais une étrangeté pleine de charme, une de celles dont que l’on veut goûter un peu plus longtemps, pour mieux l’apprivoiser. Avec son talent de conteuse, Mathilde Alet emmène ses lecteurs dans un monde décalé, à la frontière du réel, presque… et c’est délicieux.

Résumé éditeur

Juliette souffre de la « maladie des ondes ». Raison de son déménagement au coeur d’une zone blanche de Belgique. Fille de la ville, que va-t-il lui arriver dans ces paysages plats et mornes où la violence couve autant que l’humanité ?

Alors que ses parents pensent l’avoir protégée du plus grave, Juliette se cherche et grandit dans son monde, flottant, entre ombre et lumière, auprès de Tom, le garçon à la peau de litchi, et au gré des joies et des embûches que la vie place sous ses pieds.

L’étrangeté des campagnes belges forme le décor de ce roman âpre, l’histoire d’une jeune fille dont les rêves enfantins se heurtent à la difficulté de grandir.

Citations

« Elle n’a pas vraiment peur, de quoi aurait-elle peur ? Des chiens de garde assoupis, des curieux mal planqués, du mouvement d’un voilage ? Ce ne sont pas les inconnus qui l’effraient, ce sont ceux qui savent. Ici en un sens elle est sauve. Personne ne connait le poids de l’amour dans son ventre. »

•••

« Mais Juliette sait : la vérité, c’est que la mort se loge à l’intérieur des corps. Elle se tient tranquille un temps et puis surgit n’importe quand, à son bon vouloir, avec ou sans préavis. Ça peut prendre quelques jours ou des décennies. »

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« L’autre Rimbaud », David Le Bailly

L’autre Rimbaud, David Le Bailly. Éditions L’iconoclaste, août 2020, 304 pages.

L’autre, c’est Frédéric, le frère aîné. L’autre, c’est celui qui a été évincé de la photo si célèbre d’Arthur Rimbaud. Celui que sa famille considère comme un raté, comme un caillou dans une chaussure, un grain de riz coincé entre les dents… Frédéric, c’est celui qui ternit l’image lisse et parfaite de la famille Rimbaud. Enfin, l’image que la mère et la fille veulent donner.

Pourtant, Frédéric, c’est le seul des enfants de la veuve Rimbaud qui osera défier « la mère ». Il lui fait face, lui tient tête, encore et encore. Pour seule réponse, il se verra banni de la famille, purement et simplement.

On dit de Frédéric que c’est un raté. Mais moi, je pense qu’il faut avoir les épaules sacrément solides pour ne pas rompre face à tout ce qu’il a enduré. Je l’ai trouvé intensément humain et incroyablement beau. L’autre Rimbaud, c’est l’histoire d’un homme qui a été brimé et malmené toute sa vie. Aussi bien physiquement que psychiquement. C’est un homme brisé et un homme oublié. Alors que les descendants de Frédéric connaissent tous Arthur, aucun d’entre eux ne semble connaître Frédéric. À l’image de ce portrait tronqué d’Arthur Rimbaud, Frédéric a été effacé des mémoires de ses descendants et relégué au rang d’invisible, dans celles des spécialistes de Rimbaud.

Heureusement, donc, que David Le Bailly nous en parle, de ce frère oublié. Alors, oui, évidemment, il s’agit d’une biographie romancée. Cependant, l’honnêteté de l’auteur, quant aux difficultés rencontrées et aux hypothèses qu’il a pu en déduire, ne fait que renforcer, à mon sens, l’intérêt de ce récit. 

Et puisque j’ai un petit côté « balance les ragots », je me suis délectée (non sans honte) des effroyables manigances de la veuve Rimbaud et de sa fille, Isabelle.

Pour finir, et pour revenir à l’autre Rimbaud (eh, eh !), j’ai beaucoup aimé en apprendre plus sur la vie et l’enfance de ce talentueux Arthur, si cher à mon cœur.

Bref, j’ai beaucoup aimé cette lecture.

Résumé éditeur

La photo est célèbre. Celle d’un premier communiant, cheveux ramenés sur le côté, regard qui défie l’objectif. Ce garçon-là s’appelle Arthur Rimbaud. Ce qu’on ignore, c’est que, sur la photo d’origine, pose à côté de lui son frère aîné, Frédéric.
Cet autre Rimbaud a été volontairement rayé de l’image, comme il a été oublié par les plus grands spécialistes du poète. Pourtant, les deux frères furent d’abord fusionnels, compagnons d’ennui dans leurs Ardennes natales, auprès d’une mère acariâtre abandonnée par son mari. Puis leurs chemins se sont séparés. L’un a été élevé au rang de génie, tandis que l’autre, conducteur de calèche vu comme un raté, fut ostracisé par sa famille, gommé de la correspondance d’Arthur et dépossédé des droits sur son oeuvre.

Alors qu’on croyait tout savoir de la famille Rimbaud, il restait donc ce secret, que David Le Bailly nous dévoile dans un livre unique, jonglant entre enquête et roman.

Extrait

« Frédéric ignorait qui était ce Verlaine. Mais dans cette invitation, il vit la confirmation de ce qu’il pressentait depuis toujours: son frère était de ces êtres à part voués à connaître un destin exceptionnel. »

•••

« L’histoire de cette photo est édifiante. Elle m’a aidé à comprendre pourquoi, depuis plusieurs mois, je tournais autour de Frédéric Rimbaud, personnage ignoré des biographes et autres exégètes du poète. »

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« Une piscine dans le désert », Diane Mazloum

Diane Mazloum. Éditions JC Lattès, août 2020, 200 pages.

Au Liban, à la frontière de trois pays en guerre, Fausta s’est réfugiée dans la maison de son oncle, Rodolphe Jr. Kyriakos. Si les bombes se font entendre quotidiennement, la demeure est un refuge pour Fausta, qui décide alors de faire construire une piscine sur un terrain qui n’appartient pas à son oncle, mais à une famille qui vit désormais au Canada : les Bendos. C’est donc pour régler l’affaire au plus vite, que le fils de la famille, Leo, est dépêché sur place par son père, avec pour consigne de vendre le terrain aux Kyriakos en en tirant le meilleur prix possible. Lorsque Leo rencontre l’oncle et Fausta, c’est tout un monde jusqu’alors inconnu qui s’ouvre à lui. Petit à petit, il se prend d’amour pour ce village qui n’est autre qu’un microcosme de la société. Avec Fausta, ils s’apprivoisent, apprennent à se connaître.

Si l’histoire n’a rien d’exceptionnelle, c’est surtout le symbole derrière ce récit qui m’a transportée. À la frontière de ces trois pays en guerre, dans ce village où résonnent les bombardements de plusieurs armées, c’est la paix et l’ouverture d’esprit qui s’installe. Là où la piscine pourrait être le symbole d’un déchirement et d’une guerre nouvelle, elle devient soudain le symbole de l’espoir. Les cultures et les modes de vies se confrontent pour finalement trouver un équilibre qui permet à chacun de continuer sa vie plus sereinement.

Et puis, au milieu de tous ces symboles, Diane Mazloum nous décrit des paysages fascinants, arides, envoûtants. Des paysages dans lesquels on aime se perdre. Des paysages que l’on imagine sans peine absolument splendides.

Avec ce magnifique roman aux airs de conte, l’auteure nous parle avec affection d’un pays rongé par les guerres, englué dans une situation qui paraît presque inextricable. Avec une plume à la fois magnétique et poétique, elle nous parle d’un Liban loin de la guerre, d’habitants qui tentent de vivre leur vie, malgré tout.

C’est un roman magnifique, à savourer.

Résumé éditeur

Fausta quitte Beyrouth pour la maison de son oncle,  dans un village entouré de montagnes, à la frontière  de trois pays en guerre. Paradoxalement, pour Fausta, c’est  le lieu doux des étés de son enfance, le seul endroit capable  de l’apaiser. C’est là qu’elle a fait construire une piscine  parfaite mais sur un terrain qui ne leur appartient pas.  Fausta a juste envie de s’y plonger. Avant une dernière  injection qui lui permettra peut-être d’avoir un enfant.
Leo Bendos perturbe son séjour. Il arrive du Canada  pour régler cette affaire de piscine : vendre le terrain de sa  famille et repartir. L’oncle l’accueille, Fausta l’observe. Ils  se découvrent. Tous deux sont fascinés par ce village qui  semble contenir le monde, le danger qui peut surgir à tout  moment. Ces trois jours vont changer leur vie.

Un roman magnétique, envoûtant, sur nos identités, la terre qui nous façonne, l’histoire de deux personnages happés par la puissance d’une nature et d’un lieu immuables. 

Extrait

« De ce balcon en altitude, la lune semblait si proche qu’ils craignaient de la voir s’écorcher sur le sommet pelé des montagnes et se sentaient aspirés vers les hauteurs pour voir les étoiles d’encore plus près. »

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« Pour lui, Fausta était un être hypersensible à l’intensité de la lumière et au degré hygrométrique de l’atmosphère. Elle détectait les plus infimes variations de pression et d’humidité et réagissait au moindre changement de température. Le corps de Fausta, sa peau, devaient être constellés d’infimes et mystérieux récepteurs, pensa-t-il. »

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« La petite dernière », Fatima Daas

La petite dernière, Fatima Daas. Éditions Noir sur Blanc, août 2020, 192 pages.

Fatima est la petite dernière, la mazoziya. Ses parents ne l’attendaient pas. Elle est française. Musulmane. Pratiquante. Asthmatique. Clichoise. Elle s’appelle Fatima. Elle passe des heures dans les transports, elle est amoureuse. Elle est lesbienne. Peut-être ? Ses parents ne l’attendaient pas. C’est la mazoziya. Elle s’appelle Fatima. Elle est asthmatique. Ventoline. Hospitalisation. Test d’effort. Elle en a ras le bol. Elle voudrait respirer sans hyper-ventiler. Elle s’appelle Fatima. C’est la mazoziya. La petite dernière.

Le rythme est saccadé. Elle écrit comme elle respire, Fatima. Comme s’il y avait urgence, comme si tout pouvait s’arrêter, d’un coup, d’un seul. Elle raconte son quotidien, sa vie, ses espoirs. Le mal-être, les incertitudes. Elle raconte sa foi. Sa sexualité aussi. Elle martèle son identité, encore et encore. Comme pour ne pas l’oublier, comme pour ne pas risquer de la perdre, de s’en éloigner, de l’oublier – peut-être. Parce que, finalement, c’est une pérégrination en quête d’identité que nous livre Fatima. Elle cherche son équilibre.

Malheureusement, je n’ai pas été réceptive au contenu de ce récit. Je n’ai pas ressenti toutes les émotions dont j’avais tant entendu parler dans les retours que j’ai pu lire. Pourtant, il avait tous les ingrédients pour me plaire. Mais bon, vous savez, les goûts et les couleurs …

Résumé éditeur

Je m’appelle Fatima Daas. Je suis la mazoziya, la petite dernière. Celle à laquelle on ne s’est pas préparé. Française d’origine algérienne. Musulmane pratiquante. Clichoise qui passe plus de trois heures par jour dans les transports. Une touriste. Une banlieusarde qui observe les comportements parisiens. Je suis une menteuse, une pécheresse. Adolescente, je suis une élève instable. Adulte, je suis hyper-inadaptée. J’écris des histoires pour éviter de vivre la mienne. J’ai fait quatre ans de thérapie. C’est ma plus longue relation. L’amour, c’était tabou à la maison, les marques de tendresse, la sexualité aussi. Je me croyais polyamoureuse. Lorsque Nina a débarqué dans ma vie, je ne savais plus du tout ce dont j’avais besoin et ce qu’il me manquait. Je m’appelle Fatima Daas. Je ne sais pas si je porte bien mon prénom.

Extrait

«Mon père disait souvent que les mots c’est « du cinéma », il n’y a que les actes qui comptent.
Il disait smata, qui signifie insister jusqu’à provoquer le dégoût, quand il voyait à la télé deux personnes se dire « Je t’aime . »

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« On n’aime pas les gens parce qu’ils nous aiment en retour. On les aime. C’est tout. »

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