« L’été où je suis devenue vieille », Isabelle de Courtivron

L’été où je suis devenue vieille, Isabelle de Courtivron. Éditions L’Iconoclaste, février 2020, 196 pages.

J’aime les vieux. J’ai toujours aimé les vieux. Enfin, on ne doit pas dire « les vieux ». On doit dire « les personnes âgées ». Ou mieux, « les séniors ».

Bref, je suis comme ça, moi. Je les aime. Je les kiffe. Les admire, les chéris, les adore, les honore, les glorifie, les affectionne. Je les estime. Plus que tout.

Je me suis souvent demandé ce que pouvaient ressentir les « personnes âgées » face à la vieillesse, face aux pertes de mémoire, face à la « grabatisation ». Face à la perte. Le début, en tous cas.

Et puis j’ai découvert Isabelle de Courtivron. Ses mots justes. Ses mots crus, acérés, incisés pour faire mouche. Pour mettre mal à l’aise.

Elle dit. Simplement. Honnêtement. Ça fait mal, parfois. Ça fait mal parce que c’est vrai. Parce que la vieillesse, finalement, c’est comme une longue période de deuil qui commence. Mais comment accepter ?

Elle dit. Avec humour. Parfois même de façon risible.

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« Honoré et moi », Titiou Lecoq. Grand Prix des Lectrices Elle 2020

« Honoré et moi », Titiou Lecoq. Grand Prix des Lectrices Elle 2020

Honoré et moi, Titiou Lecoq. Éditions L’Iconoclaste, octobre 2019, 304 pages.

 

Lire Honoré et moi, c’est un peu comme lire un essai sur le concept d’artiste maudit. Parce que s’il y a bien une chose que l’on peut dire d’Honoré de Balzac, c’est qu’il n’a pas eu de chance. On pourrait pousser le vice jusqu’à dire qu’il a eu la guigne. Toute sa vie.

Au travers de cette biographie décoiffante, j’ai eu la sensation de découvrir un homme plein d’ambivalence, qui n’a de cesse de s’agiter, qui n’a de cesse de créer. C’est à la fois éblouissant et vertigineux, de lire ses décadences successives.

Honoré, l’argent lui brûlait les doigts. Et bien qu’il ait fait fortune avec certains de ses romans, il n’a jamais été en mesure d’en mettre de côté. Honoré, il avait toujours besoin de plus de faste, de plus de luxe, de plus de pièces de collection – vêtements, tableaux, mobiliers … rien n’est trop beau, pour Honoré.

Achète-t-il pour compenser quelque chose ? Trouve-t-il dans ces acquisitions frénétiques une forme de complétude ? Une forme d’apaisement ? Oui, je fais de la psychologie de comptoir… mais je n’ai pu m’empêcher de me poser ces questions, tout en découvrant les déboires continuels d’Honoré.

Une chose est certaine : Honoré était un sacré personnage ! Personne n’est indifférent à cet homme, qui n’a pourtant que le verbe pour briller en société. Le verbe … et ses plus beaux apparats. Enfin, « briller » … là encore, c’est ambivalent. Honoré de Balzac est autant ridiculisé par ses pairs, qu’il est jalousé. Trop fantasque, trop bruyant. Trop vivant ?

C’est pourtant seul, ou presque, qu’Honoré finira sa vie. Et puis, comme c’est un artiste maudit – un vrai ! – il mourra en touchant du doigt ce qu’il a toujours souhaité : une fortune et l’amour.

Alors, vie de merde, que celle d’Honoré ?

Le génie de ce livre réside avant tout dans la plume caustique à souhait de Titiou Lecoq. À la fois hilarante et intelligente, c’est avec un vrai vent de fraicheur de l’auteure vient dépoussiérer la vie de cet homme de lettres, boudé par nos contemporains. C’est distrayant et instructif, à la fois drôle et triste.

 

« L’effet maternel », Virginie Linhart

« L’effet maternel », Virginie Linhart

L’effet maternel, Virginie Linhart. Éditions Flammarion, janvier 2020, 224 pages

 

Dans ce récit très intime, Virginie Linhart revient sur les délicats rapports qu’elle entretien avec sa mère. Cette femme aussi envoûtante, que mère dominatrice. Si l’auteure aurait pu rester à la surface et n’offrir qu’un énième témoignage sur les rapports – parfois conflictuels – mère-fille, il n’en est rien ici.

Ici, il est question d’atavisme, d’hérédité, du poids du passé, des dégâts psychologiques de la seconde guerre mondiale, dont les descendants n’arrivent pas à se libérer. Il est question de féminisme et de liberté sexuelle.

Il est question de vie, tout simplement.

Il y a quelque chose de pudique, dans la façon qu’à Virginie Linhart de revenir sur sa vie, ses souvenirs, ceux de ses aïeux. Quelque chose de pudique et de terriblement puissant.

Avec L’effet maternel, Virginie Linhart « se libère de la toute-puissance maternelle, (…). L’écriture n’est en rien un remède, c’est un instrument d’émancipation. »

Un récit à la fois troublant et poignant que je vous encourage à découvrir !

« Jouir: en quête de l’orgasme féminin », Sarah Barmak. Grand Prix des Lectrices Elle 2020

« Jouir: en quête de l’orgasme féminin », Sarah Barmak. Grand Prix des Lectrices Elle 2020

Jouir: en quête de l’orgasme féminin, Sarah Barmak. Éditions Zones, octobre 2019, 208 pages.

 

Ah, le plaisir ! C’est une des grandes choses qui nous différencie d’avec les animaux : on fait l’amour, pour le plaisir, pour l’envie, sans intention de procréer. Les animaux, eux, jamais. C’est fou, non ?

Et pourtant, malgré nos besoins physiologiques, viscéraux, même, parfois (qu’on ose se le dire !) ; malgré une attirance incontrôlable pour l’autre… cinquante pour cent des femmes disent être insatisfaites. Pour certaines, il s’agit d’un manque de désir pour son partenaire… pas grand-chose à faire face à ça, si ce n’est changer de partenaire. Pour d’autres, c’est l’orgasme qui est inatteignable. Et la partie de jambes en l’air qu’elles avaient imaginée incroyable, se termine dans un souffle de frustration. Putain de machine !

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« Les sorcières de la littérature », Taisia Kitaiskaia & Katy Horan

« Les sorcières de la littérature », Taisia Kitaiskaia & Katy Horan

Les sorcières de la littérature, Taisia Kitaiskaia & Katy Horan. Novembre 2019, 128 pages 

 

Cet ouvrage est d’une beauté et d’une poésie incroyables. Trente reines de la littérature, poétesses des mots et conteuses magiques.

Pour chacune d’elle, un portrait – par la très, très talentueuse Katy Horan – accompagné d’un texte, ainsi que d’une bibliographie sélective – rédigés par Taisia Kitaiskaia.

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« La montagne vivante », Nan Shepherd

« La montagne vivante », Nan Shepherd

La montagne vivante, Nan Shepherd. Éditions Bourgois, octobre 2019, 176 pages.
L’Écosse comme vous ne l’avez jamais lue !

« Le bruit de toute cette eau courante est aussi essentielle à la montagne que le pollen aux fleurs. On l’entend sans l’écouter, comme on respire sans y penser. Mais à l’écoute, le bruit se désintègre en de nombreuses notes différentes – la lente claque du loch, le trille aigu du ruisselet, le rugissement de la cascade. Sur une petite portion d’un cours d’eau, l’oreille peut distinguer simultanément une douzaine de notes différentes. » – Nan Shepherd

 

J’ai une fascination toute particulière pour les personnes qui savent raconter la nature. La raconter, et l’écrire, sans que cela ne devienne ennuyeux, ou pire : pompeux. Il me semble que c’est un sujet délicat à traiter avec des mots. C’est en tous cas mon ressenti.

Dans cet essai écrit dans les années quarante, Nan Shepherd nous conte son environnement, sa vision de la nature qui l’entoure. Dans La montagne vivante, elle parle de ce qu’elle a admiré, ressenti, observé et vécu au fil de ses pérégrinations dans les Cairngorms, situé au nord-Est de l’Écosse.

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