« Dans la gueule de l’ours », James A. McLaughlin. Éditions Rue de L’échiquier. Grand prix des lectrices Elle 2020.

Dans la gueule de l’ours, James A. McLaughlin. Éditions Rue de l’échiquier, janvier 2020, 448 pages.
Si je devais résumer cette lecture, je dirais qu’elle fut laborieuse. Je ne m’attendais pas du tout à ça et suis restée totalement hermétique à l’histoire et aux pérégrinations de Rice Moore.

Ce roman se trouve à la croisée des chemins entre le nature-writing et le polar, que l’on pourrait même qualifier de polar écologique. Les sujets abordés sont d’ailleurs très intéressants : le braconnage, le commerce illégal d’animaux sauvages et de leurs organes. Tantôt vendus comme médicaments, tantôt comme denrées alimentaires luxueuses.

Les descriptions des paysages sont sublimes. On découvre les Appalaches comme jamais, Rice Moore nous fait planer au milieu de ces étendues sauvages. Quant à la psychologie du personnage principal, elle est très, très fouillée, ce qui est plus qu’appréciable. Cela ne m’a pourtant pas permis de rentrer dans l’histoire de vivre cette chasse incroyable de l’intérieur.

Mise à part la dernière partie du roman, qui nous offre un rythme plus soutenu, plus en adéquation avec un polar – à mon goût, j’ai trouvé le tempo un peu trop lent, voire même, parfois, fastidieux.

Néanmoins, je salue le travail incroyable d’édition et de mise en page. L’objet-livre est magnifique, un véritable régal pour les yeux.

Résumé éditeur

Criminel en cavale, Rice Moore trouve refuge dans une réserve des Appalaches, au fin fond de la Virginie. Employé comme garde forestier, il cherche à se faire oublier du puissant cartel de drogues mexicain qu’il a trahi. Mais la découverte de la carcasse d’un ours abattu vient chambouler son quotidien : s’agit-il d’un acte isolé ou d’un braconnage organisé ? L’affaire prend une tout autre tournure quand de nouveaux ours sont retrouvés morts. Alors que la police ouvre une enquête, Rice décide de faire équipe avec Sara Birkeland, une scientifique qui a occupé le poste de garde forestier avant lui. Ensemble, ils mettent au point un plan pour piéger les coupables. Un plan qui risque bien d’exposer le passé de Rice.

James McLaughlin signe avec Dans la gueule de l’ours un premier roman époustouflant. Au-delà d’une intrigue qui vous hantera longtemps, l’auteur se confronte à des questions essentielles : comment la nature et l’homme se transforment-ils mutuellement ? Quelle est la part d’animalité en chaque être humain ? Un retour à la vie sauvage est-il possible pour l’homme occidental ?
Dans la gueule de l’ours a été classé par le New York Times comme l’un des dix meilleurs «.Crime Fiction.» de l’année 2018 et a reçu le prix Edgar Allan Poe 2019 du premier roman.

Extrait

« Les arbres géants évoquaient des dieux endormis, ils émettaient une vibration qu’il ne parvenait pas à identifier, pas tout à fait celle d’un être sensible, chacun différent des autres, chacun racontant sa propre histoire séculaire. Sur le sol de la forêt, des troncs de châtaigniers morts depuis l’épidémie s’étaient transformés en énormes talus putrescents couverts d’une épaisse couche de mousse qui chuchotait paisiblement. Quelque chose l’interpella, il se retourna face à un tulipier noueux et voûté comme un vieillard, excavé par la pourriture, les éclairs, d’anciens incendies. Il eut la chair de poule. »

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« La fille sans peau », Mads Peder Nordbo. Grand Prix des lectrices Elle 2020

La fille sans peau, Mads Peder Nordbo. Éditions Actes Sud, janvier 2020, 384 pages.

Si La fille sans peau est le premier polar de Mads Peder Nordbo, il fait un quasi sans faute avec ce tome inaugural d’une trilogie qui s’annonce glaçante et horrifiante.

Bienvenue à Nuuk, au Groenland. Nous sommes en 2014 quand le corps d’un homme piégé dans la glace est retrouvé. Le lendemain, l’agent en faction auprès du cadavre est retrouvé nu et éviscéré, ce qui n’est pas sans rappeler une effroyable série de meurtres – jamais élucidés – ayant eu lieu à Nuuk, en 1973.

Ainsi, Matthew Cave, journaliste danois basé à Nuuk décide de se plonger dans cette affaire vieille de presque quarante ans, mettant ainsi à jour le sordide destin de plusieurs fillettes de la communauté. Néanmoins, fouiller dans le passé de cette île s’avère rapidement dangereux et pourrait lui être fatal … il faut dire que certaines personnalités du coin semblent avoir tout intérêt à ce que cette affaire reste ensevelie sous une couche de glace pendant très, très longtemps.

 

Le récit alterne entre l’enquête de Matthew Cave – en 2014 – et celle de Jakob – en 1973 – et fait la part belle aux paysages sauvages et hostiles du Groenland. J’ai particulièrement apprécié la description des glaciers, perçus à la fois comme majestueux et dangereux. Une nature captivante, ensorcelante presque. Mais qui peut s’avérer maléfique et redoutable. À l’image de l’être humain.

L’auteur y glisse également quelques notions concernant les rituels inuit, leur culture et mode de vie. J’ai d’ailleurs énormément apprécié d’en apprendre davantage sur ce peuple pour lequel, je l’avoue, j’ignore presque absolument tout.

 

Mads Peder Nordbo signe ici un premier polar glaçant et intronise ainsi une trilogie plutôt prometteuse… Un auteur que je retrouverai avec plaisir, donc, à la sortie du deuxième tome des aventures de Matthew Cave.

Une très belle découverte.

Résumé éditeur

Nuuk, Groenland, 2014. Une découverte sensationnelle fait frémir la petite communauté : le corps d’un Viking est extrait de la glace, en parfait état de conservation. Mais le lendemain, le cadavre a disparu et on retrouve l’agent de police qui montait la garde nu et éviscéré comme un phoque. L’épouvantable procédé résonne funestement avec des affaires de meurtres non élucidées datant de plus de quarante ans.

Le journaliste danois Matthew Cave s’immerge dans ces cold cases, révélant le destin terrible de tant de fillettes de la communauté. Mais sa quête menace clairement les intérêts malsains de certaines personnalités importantes de l’île, et il comprend assez vite que sa curiosité risque de s’avérer fatale. Étrangement, la seule à qui il ose faire confiance est une jeune chasseuse de phoques groenlandaise récemment libérée de prison.

La Fille sans peau nous plonge dans un monde fascinant et hostile recouvert d’une couche de glace vieille de plus de cent mille ans, dont la beauté envoûtante cache une nature imprévisible et souvent meurtrière. Un arctic noir viscéral et addictif qui ne laissera personne indifférent.

Extrait

« Ce qu’il était venu chercher à Nuuk entre les fantômes de son père, de Tine et d’Émily, c’était peut-être ça. Une façon de rompre avec tout, de se frayer un chemin à travers les débris de sa vie… Quelque chose de nouveau. Une lueur de vie. Une énergie retrouvée. »

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« Le courage des autres », Hugo Boris. Grand Prix des Lectrices Elle 2020.

Le courage des autres, Hugo Boris. Éditions Grasset, janvier 2020, 180 pages.

L’idée de départ est agréable, je trouve : mettre en lumière les instants du quotidien où, l’être humain ose prendre son courage à deux mains pour défendre son prochain. C’est une belle idée, une idée humaniste, de celles qui redonnent fois en l’humanité, je trouve.

J’ai donc ouvert cet ouvrage, pleine de joie et certaine de passer un agréable moment. Et, effectivement, ce serait mentir que de dire que je n’ai pas tourné les pages de ce livre avec délectation. Certains chapitres m’ont fait sourire, d’autre m’ont donné envie de me révolter… mais la plupart m’ont laissé de marbre.

Alors, certes, Hugo Boris nous met face – quelque part – aux conséquences de nos actions ou de nos inactions, aux répercussions que peuvent avoir la lâcheté de certains, ou le courage des autres. C’est un peu « l’effet papillon dans le métro ».

Pour être tout à fait honnête, je n’ai trouvé que très eu d’intérêt à ce témoignage. Ça manque de profondeur. J’aurais aimé que l’auteur aille plus loin. Plus loin dans ses réflexions, que ces brèves de vie parisienne soient le point de départ d’un réel questionnement sur la nature humaine.

 

Alors, j’ai refermé ce livre – certes – avec un petit sourire aux lèvres, mais il ne me laissera pas un souvenir impérissable, c’est certain. Cependant, peut-être ce livre résonne-t-il plus auprès des franciliens : quand prendre le métro est notre quotidien, le livre d’Hugo Boris marque certainement plus les esprits.

Résumé éditeur

Il y a quinze ans, tout juste ceinture noire de karaté, Hugo Boris est témoin d’une altercation dans les transports en commun. Paralysé, il se contente de tirer la sonnette d’alarme. Ce manque de courage l’obsède. Est-ce un trait de son caractère ou une peure universelle d’affronter l’autre, l’inconnu, au quotidien ?

Intrigué, il se met à observer ses contemporains dans le métro et le RER, tranches de vies entre parenthèses, rencontres fugaces, purs instants d’humanité. Il consigne sur le vif des situations d’effroi mais aussi le ravissement d’un dialogue, l’humour d’un échange imprévu. En se mettant à nu, il parle de chacun de nous, de nos lâchetés, de nos éblouissements et de nos héroïsmes.

Avec une minutie, un style et une empathie remarquables, Hugo Boris rend hommage à tous ceux qui osent, qui ne se dérobent pas. Et si le courage des autres était contagieux ?

Extrait

« Une femme qui m’aime pense que ça me ferait peut-être du bien de me faire casser la gueule une bonne fois pour toute. Pour démystifier le truc.

Je ne sais pas. »

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« 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange », Elif Shafak. Grand Prix des Lectrices Elle 2020

10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange, Elif Shafak. Éditions Flammarion, janvier 2020, 400 pages.
Et si notre cerveau continuait à fonctionner pendant 10 minutes et 38 secondes, très précisément, après notre mort ? C’est l’incroyable pitch de départ du roman d’Elif Shafak.

Au-delà de cette idée de départ un peu loufoque, l’auteure va bien plus loin. Tequila Leila, rien ne la prédestinait à devenir prostituée. Née au sein d’une « bonne famille », elle se retrouve finalement perdue à Istanbul, sans autre choix que vendre son corps contre un toit et quelques billets. Heureusement, elle a quelques amis fidèles sur lesquels elle peut compter pour adoucir sa vie.

En racontant la vie de Leila, prostituée, c’est toute la condition féminine en Turquie, qu’Elif Shafak dénonce. Mais pas que ! Elle nous parle également des liens familiaux, de la religion, des croyances et des rituels de tout un pays.

Elif Shafak nous présente une Istanbul pleine d’ambiguïté, de charme, de violence, d’amour et de haine. Une ville dans laquelle se réfugient ceux reniés par leurs familles, ceux qui fuient leurs familles, ceux qui ont tout perdu, ceux qui viennent tout chercher.

J’ai adoré la première partie de ce roman, très intime et bien menée. Néanmoins, j’ai trouvé que les deux dernières parties trainaient un peu en longueur. Certains passages étaient, à mon sens, trop étayés, plombant parfois légèrement le rythme de lecture.

Sans être un coup de cœur, je garderai un beau souvenir de cette lecture et de la découverte de cette auteure… ainsi que d’Istanbul, une ville qui semble bouillonnante et intense, chargée d’Histoire et de paradoxes.

Résumé éditeur

Et si notre esprit fonctionnait encore quelques instants après notre mort biologique ? 10 minutes et 38 secondes exactement. C’est ce qui arrive à Tequila Leila, prostituée brutalement assassinée dans une rue d’Istanbul. Du fond de la benne à ordures dans laquelle on l’a jetée, elle entreprend alors un voyage vertigineux au gré de ses souvenirs, d’Anatolie jusqu’aux quartiers les plus mal famés de la ville.

En retraçant le parcours de cette jeune fille de bonne famille dont le destin a basculé, Elif Shafak nous raconte aussi l’histoire de nombre de femmes dans la Turquie d’aujourd’hui. À l’affût des silences pour mieux redonner la parole aux « sans-voix », la romancière excelle une nouvelle fois dans le portrait de ces « indésirables », relégués aux marges de la société.

Extrait

"Certes rien ne pouvait remplacer une famille de sang aimante et heureuse, mais à défaut, une bonne famille d'eau pouvait laver les blessures et le chagrin amassés au fond de soi comme de la suie noire. Il était donc possible pour vos amis de trouver une place précieuse dans votre cœur, et d'y occuper plus d'espace que tous vos parents réunis. Mais ceux qui n'ont pas eu à vivre l'expérience d'être rejetés par leurs proches ne comprendront jamais cette vérité, vivraient-ils un million d années. Ils ne sauront jamais que dans certains cas l'eau coule plus épaisse que le sang."

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« Le consentement », Vanessa Springora. Grand Prix des Lectrices Elle 2020

Le Consentement, Vanessa Springora. Éditions Grasset, janvier 2020, 216 pages.

C’est tellement délicat, de chroniquer un tel récit. De mettre des mots, de porter un avis, de mettre une note.

Je ne peux pas dire que j’ai aimé ce récit. Comment aimer ? Comment aimer la narration de ces années d’abus et de manipulations ?

Vanessa Springora pose des mots sur son terrible passé, sur l’emprise que cet homme, G. M., avait sur elle, sur les autres.

C’est l’histoire d’une enfance volée et d’une vie à tout jamais brisée. Et pourtant, l’auteure parvient à le faire avec une certaine élégance. C’est brut, c’est certain. Mais, il y a aussi une certaine douceur, dans la façon dont Vanessa Springora s’exprime. Il y a de la colère, de la haine, du dégoût … mais il y a aussi de la douceur et de l’espoir. C’est ce qui, à mon sens, en fait un récit supportable à lire.

Les premières pages m’ont données un haut-le-cœur. La façon dont tout cela est décrit, la façon dont les mots s’enchaînent, ce qu’on lit… et ce qu’on comprend, entre les lignes. Puis, au fur et à mesure de ce récit, c’est toute la mécanique implacable de ces prédateurs sexuels que l’on découvre. On la connaît tous, évidemment, cette mécanique, mais rien n’y fait, à chaque fois, je trouve ça d’autant plus terrible, d’autant plus flippant.

C’est un récit qui a fait grand bruit avant même sa sortie … à juste titre. Il faut parler de ces choses-là. En parler, encore et toujours. Parce que les prédateurs sexuels, les pédophiles, les violeurs … existeront toujours. Ce que nous pouvons éradiquer, en revanche, c’est ce sentiment de honte qui continue de coller à la peau des victimes, ce sentiment de l’avoir « cherché », quelque part. Personne, PERSONNE, n’est responsable des violences sexuelles et/ou physiques qu’il/elle subit.

Vanessa Springora signe un récit intime et intimiste qui vous portera le cœur au bord des lèvres … ça fait mal, ça tord les boyaux, mais c’est une lecture nécessaire

Résumé éditeur

Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. A treize ans, dans un dîner, elle rencontre G. , un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses oeillades énamourées et l’attention qu’il lui porte.
Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin  » impérieux  » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables.
Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire.
V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.
 » Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre  » , écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.

Plus de trente ans après les faits, Vanessa Springora livre ce texte fulgurant, d’une sidérante lucidité, écrit dans une langue remarquable. Elle y dépeint un processus de manipulation psychique implacable et l’ambiguïté effrayante dans laquelle est placée la victime consentante, amoureuse.
Mais au-delà de son histoire individuelle, elle questionne aussi les dérives d’une époque, et la complaisance d’un milieu aveuglé par le talent et la célébrité.

Extraits

« G. affiche un air grave et la mine sombre, ce qui ne lui ressemble pas. On s’est retrouvés dans un café où nous avons nos habitudes, face au jardin du Luxembourg. Quand je lui demande ce qui le préoccupe, il hésite un moment avant de m’avouer la vérité. La Brigade des mineurs l’a convoqué dans la matinée, après avoir reçu une lettre de dénonciation anonyme le concernant. Nous ne sommes donc pas les seuls à être sensibles au charme de l’épistolaire. »

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«Les actes manqués n’engagent que ceux qui les relèvent. »

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« Honoré et moi », Titiou Lecoq. Grand Prix des Lectrices Elle 2020

« Honoré et moi », Titiou Lecoq. Grand Prix des Lectrices Elle 2020

Honoré et moi, Titiou Lecoq. Éditions L’Iconoclaste, octobre 2019, 304 pages.

 

Lire Honoré et moi, c’est un peu comme lire un essai sur le concept d’artiste maudit. Parce que s’il y a bien une chose que l’on peut dire d’Honoré de Balzac, c’est qu’il n’a pas eu de chance. On pourrait pousser le vice jusqu’à dire qu’il a eu la guigne. Toute sa vie.

Au travers de cette biographie décoiffante, j’ai eu la sensation de découvrir un homme plein d’ambivalence, qui n’a de cesse de s’agiter, qui n’a de cesse de créer. C’est à la fois éblouissant et vertigineux, de lire ses décadences successives.

Honoré, l’argent lui brûlait les doigts. Et bien qu’il ait fait fortune avec certains de ses romans, il n’a jamais été en mesure d’en mettre de côté. Honoré, il avait toujours besoin de plus de faste, de plus de luxe, de plus de pièces de collection – vêtements, tableaux, mobiliers … rien n’est trop beau, pour Honoré.

Achète-t-il pour compenser quelque chose ? Trouve-t-il dans ces acquisitions frénétiques une forme de complétude ? Une forme d’apaisement ? Oui, je fais de la psychologie de comptoir… mais je n’ai pu m’empêcher de me poser ces questions, tout en découvrant les déboires continuels d’Honoré.

Une chose est certaine : Honoré était un sacré personnage ! Personne n’est indifférent à cet homme, qui n’a pourtant que le verbe pour briller en société. Le verbe … et ses plus beaux apparats. Enfin, « briller » … là encore, c’est ambivalent. Honoré de Balzac est autant ridiculisé par ses pairs, qu’il est jalousé. Trop fantasque, trop bruyant. Trop vivant ?

C’est pourtant seul, ou presque, qu’Honoré finira sa vie. Et puis, comme c’est un artiste maudit – un vrai ! – il mourra en touchant du doigt ce qu’il a toujours souhaité : une fortune et l’amour.

Alors, vie de merde, que celle d’Honoré ?

Le génie de ce livre réside avant tout dans la plume caustique à souhait de Titiou Lecoq. À la fois hilarante et intelligente, c’est avec un vrai vent de fraicheur de l’auteure vient dépoussiérer la vie de cet homme de lettres, boudé par nos contemporains. C’est distrayant et instructif, à la fois drôle et triste.