« Mon mari », Maud Ventura

Mon mari, Maud Ventura. Éditions L’Iconoclaste, Août 2021, 355 pages.

Rapidement, le lecteur se rendra compte qu’il s’agit moins d’une histoire d’amour que d’une histoire de folie, de mise en scène de chaque instant.

Parce que, voyez-vous, la narratrice aime follement son mari. Au point de se perdre elle-même, de s’effacer pour laisser place à un personnage qui, pense-t-elle, correspond en tout et pour tout aux attentes et fantasmes de son mari.

Le temps d’une semaine, Maud Venture plonge le lecteur dans le quotidien de cette femme, prof d’Anglais et traductrice, qui n’a d’yeux que pour celui dont elle est tombée éperdument amoureuse des années auparavant.

Lorsqu’elle nous avait présenté son roman dans les locaux des @ed_iconoclaste, elle nous avait dit que son postulat de départ était une question qu’elle s’était posée : à quoi ressemblerait la vie d’un couple si on s’aimait comme au premier jour, comme lors de la première rencontre ? Celle où nous tentons inlassablement de plaire, de ne pas faire d’impair, de paraître sous notre meilleur jour…

Au fil des jours, la tension monte et la folie s’installe. C’est dérangeant et déroutant. L’amour s’efface pour ne laisser place qu’à une relation mise en scène, digne d’un remake de « The Truman Show », car notre narratrice est bel et bien en constante représentation… jusqu’à la chute vertigineuse, malaisante et qui offre une tournure tout à fait glauque aux pages que le lecteur vient de tourner.

Maud Ventura nous offre un roman qui ne passera pas inaperçu, c’est certain: ça passe ou ça casse. Et nul doute que les avis seront tranchés.

Pour ma part, j’ai adoré. Et cette nouvelle plume française est à suivre de près. Il en fallait, de l’audace, pour écrire un premier roman aussi loin des convenances et de la bienséance. C’est aussi ça, la littérature, choquer et décontenancer !

L’âme humaine, ses multiples facettes et ses folies sans fin y sont disséquées à merveille … et vous savez à quel point j’aime lorsqu’il est question de folie humaine. Parce qu’à la fin, toujours cette même question : le fou est-il réellement fou ?

Alors, « Ciel, (lisez) “Mon mari” ! »

Résumé éditeur

« Excepté mes démangeaisons inexpliquées et ma passion dévorante pour mon mari, ma vie est parfaitement normale. Rien ne déborde. Aucune incohérence. Aucune manie. »

Elle a une vie parfaite. Une belle maison, deux enfants et l’homme idéal. Après quinze ans de vie commune, elle ne se lasse pas de dire  » mon mari « . Et pourtant elle veut plus encore : il faut qu’ils s’aiment comme au premier jour. Alors elle note méthodiquement ses  » fautes « , les peines à lui infliger, les pièges à lui tendre. Elle se veut irréprochable et prépare minutieusement chacun de leur tête-à-tête. Elle est follement amoureuse de son mari. Du lundi au dimanche, la tension monte, on rit,
on s’effraie, on flirte avec le point de rupture, on se projette dans ce théâtre amoureux.

Extrait

« Ses parents avaient mis Justine en garde, plusieurs fois. Mais il est difficile pour un enfant de sept ans de s’opposer à l’autorité d’un adulte; tout autant que d’identifier ses mensonges. »

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« Dans l’un des tiroirs de sa commode, sous une pile de vêtements, il choisit un survêtement avec capuche, en coton ouaté, aussi doux qu’une caresse; tout ce qu’il désirait était s’enfermer chez lui pendant des jours, sous une couverture, devant la télévision. Lire des romans, regarder des séries, ne plus répondre à ses e-mails ou à son téléphone. »

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« Ici-bas », Pierre Guerci

Ici-bas, Pierre Guerci. Éditions Gallimard, janvier 2021, 208 pages.

Le père était un oncologue respecté. Père de plusieurs enfants issus de deux fratries différentes. Aujourd’hui, alors que son cerveau est grignoté par une dégénérescence, il ne reste plus grand chose de la prestance de cet homme autrefois élégant et mystérieux aux yeux de son fils cadet, le narrateur. Ce trentenaire a décidé d’accompagner son père dans ses derniers jours, à domicile, dans la demeure que ce dernier occupait avec son épouse officielle.

Avec la dégénérescence, c’est tout ce qui faisait de son père l’homme qu’il était qui est entrain de s’envoler sous ses yeux. La fin de vie, c’est une succession de perte : le langage, la mobilité, la continence, la vitalité. Le narrateur fait face, du mieux qu’il le peut. Pour lui, c’est aussi l’ultime occasion de se rapprocher de son père, de lui pardonner ses nombreuses absences tout au long de sa vie et puis, aussi, de décrocher cette reconnaissance qu’il n’a eu de cesse de chercher chez son géniteur. Mais il n’a, comme réponse, que le mutisme incessant de son père et ses besoins d’être mis au propre.

Au fil des jours, les frères et sœurs passent en coup de vent. Tous bien trop préoccupés par leur quotidien pour s’arrêter plus de quelques minutes. A moins que ce ne soit leur façon de prendre leur revanche sur un père qui n’a jamais réussi à choisir entre ses deux familles. Malgré la présence continue du narrateur au chevet de ce vieil homme, l’absence règne en maitre au sein du foyer et du récit.

Alors, pendant que son père somnole, pendant que l’on attend une mort qui, bientôt, se fera désirer, pendant que l’on s’en veut d’espérer qu’elle arrive plus vite que prévu, le fils se questionne sur le sens de la vie, la vieillesse, la perte de repère, la mort.

Ainsi, dans cette maison où le temps n’a plus que peu d’importance, la vie et la mort s’entremêlent, se côtoient et s’apprivoisent pour finalement poser une question fondamentale : et si l’urgence de vivre, c’était aussi, et justement, de profiter des derniers instants qui nous sont donnés auprès de ces êtres aimés devenus vieux ?

C’est un premier roman à l’écriture saisissante, maitrisée à la perfection et magistrale. Malgré un sujet délicat et difficile à traiter en littérature, Pierre Guerci signe un récit empli d’humanité et d’amour pour cet homme qui, à n’avoir pas su choisir, n’aura jamais véritablement été complètement présent auprès des siens.

Résumé éditeur
Extrait

« Il y a deux manières de traiter les mourants. Ou bien nous les laissons crever seuls et alors nous aussi nous crèveront seuls quand viendra notre tour ; ou bien nous nous occupons d´eux jusqu’à la fin et d’autres feront de même pour nous. Moi je préfère la responsabilité au délaissement. »

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« Ce matin-là que nous en sortions mon père et moi, ce n’était ni soulagés, ni tout à fait morts. Sortis sans être sortis à vrai dire, puisque l’hôpital, m’avait-on assuré, nous accompagnerait à la maison. Il s’invitait, on restait dans son orbite, on ne lui échapperait plus ; j’aurais aussi bien pu pousser dans l’autre sens le fauteuil roulant que je retenais sur le petit plan incliné, après les doubles portes. De toute façon, dans quelque sens qu’on le prenne, ce plan incliné ne pouvait ni aggraver ni inverser la grande pente qui s’était amorcée un mois plus tôt, quand nous étions arrivés ici, et même deux ans plus tôt, quand ses premiers troubles de l’équilibre s’étaient manifestés. Au fond, la pente est toujours déjà amorcée, elle est simplement plus ou moins pentue, se fait plus ou moins sentir. Une seule chose est certaine : quand la fin approche, elle devient fortement concave. »

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« Africville », Jeffrey Colvin

Africville, Jeffrey Colvin. Éditions Harper Collins, août 2020, 384 pages.

C’est après plus de vingt années de recherches que Jeffrey Collins publie « Africville », roman retraçant, sur trois générations, l’histoire d’une famille noire et de leurs proches.

Si l’histoire de fond me tentait beaucoup – j’apprécie les fresques familiales – c’est surtout le sujet d’Africville qui a attisé ma curiosité. Construite en Nouvelle-Écosse – non loin d’Halifax – de toutes pièces par d’anciens esclaves afro-canadiens au milieu du XVIIIe siècle, la ville a été détruite sur ordre d’Halifax dans les années soixante. Suite à cette destruction, Africville est devenu l’un des plus grands symboles de l’oppression et du racisme que subirent des milliers d’Africains au Canada.

Au travers de ce roman, Jeffrey Colvin nous parle d’une ville dont il est impossible de se détacher, qui colle à la peau, parce que « être noir, on ne fait pas avec. On est noir, un point c’est tout. » Alors, à elle seule, Africville représente tout : les racines, les espoirs, les ancêtres, l’atavisme, les coutumes. À elle seule, elle les ramène constamment à cette construction sociale qu’ils ne seront jamais aussi bien que les blancs, quoi qu’ils entreprennent. Vous vous en doutez, j’ai beaucoup aimé cet aspect du roman.

Cependant, j’ai eu beaucoup de mal avec la construction du récit qui m’a paru assez bancale et maladroite et j’ai eu des difficultés avec l’enchainement des chapitres qui m’ont fait, parfois, perdre le fil du récit.

Ce triptyque familial me tentait beaucoup, mais je dois avouer que j’en ressors déçue et un peu confuse. Comme si l’histoire n’était pas complète, comme s’il me manquait des pages au récit, sans vraiment savoir lesquelles.

Traduit de l’anglais (USA) par Serge Chauvin

Résumé éditeur

Années 1930. Kath Ella refuse de suivre son destin tout tracé de fille de couleur et quitte Africville, un quartier fondé par d’anciens esclaves en Nouvelle-Écosse, au Canada. Après une histoire d’amour marquée par le deuil, elle donnera naissance à un fils, Omar, qui sera rebaptisé Étienne.

Années 1960. Étienne, dont la pâleur lui permet de passer pour un Blanc, vit en Alabama. Il est déchiré entre ses racines noires et la peur de perdre la vie qu’il est en train de construire.

Années 1980. À la mort de son père, Warner se lance dans une quête de ses origines, qui le mènera dans ce qui reste d’Africville mais aussi dans une prison d’État au fin fond du Mississippi.

Trois destins, trois personnages aux prises avec la réalité sociale de leur époque et les aléas de la vie. Pas de pathos ni de velléité moralisatrice. Les héros de ce roman sont des êtres vrais, de chair et de sang. En toile de fond, Africville, à la fois aimant et repoussoir, dont l’empreinte se transmet de génération en génération.

Avec ce premier roman triptyque vibrant, fruit de plus de vingt ans de recherches, Jeffrey Colvin s’impose comme une nouvelle voix de la littérature américaine, dans le sillage de Colson Whitehead et de Ayana Mathis.

Citations

« À l’époque où nul médicament ne pouvait raviver un bébé décharné, on recommandait parfois de l’étouffer. Il fallait agir, sinon l’Infortune risquait d’infecter le village tout entier. Mieux valait abréger les souffrances de l’enfant en pleine journée, lorsque les esprits malins seraient à son chevet pour boire la buée des ses derniers souffles.
Pourtant, plusieurs mères refusent de croire que les nourrissons défunts soient des enfants de l’infortune. »

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« Les détenues disent aussi qu’il faut toujours ranger une photo de famille en laissant le recto apparent, même s’il s’agit d’un parent qui vous a dénoncé à la police. »

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« La petite dernière », Fatima Daas

La petite dernière, Fatima Daas. Éditions Noir sur Blanc, août 2020, 192 pages.

Fatima est la petite dernière, la mazoziya. Ses parents ne l’attendaient pas. Elle est française. Musulmane. Pratiquante. Asthmatique. Clichoise. Elle s’appelle Fatima. Elle passe des heures dans les transports, elle est amoureuse. Elle est lesbienne. Peut-être ? Ses parents ne l’attendaient pas. C’est la mazoziya. Elle s’appelle Fatima. Elle est asthmatique. Ventoline. Hospitalisation. Test d’effort. Elle en a ras le bol. Elle voudrait respirer sans hyper-ventiler. Elle s’appelle Fatima. C’est la mazoziya. La petite dernière.

Le rythme est saccadé. Elle écrit comme elle respire, Fatima. Comme s’il y avait urgence, comme si tout pouvait s’arrêter, d’un coup, d’un seul. Elle raconte son quotidien, sa vie, ses espoirs. Le mal-être, les incertitudes. Elle raconte sa foi. Sa sexualité aussi. Elle martèle son identité, encore et encore. Comme pour ne pas l’oublier, comme pour ne pas risquer de la perdre, de s’en éloigner, de l’oublier – peut-être. Parce que, finalement, c’est une pérégrination en quête d’identité que nous livre Fatima. Elle cherche son équilibre.

Malheureusement, je n’ai pas été réceptive au contenu de ce récit. Je n’ai pas ressenti toutes les émotions dont j’avais tant entendu parler dans les retours que j’ai pu lire. Pourtant, il avait tous les ingrédients pour me plaire. Mais bon, vous savez, les goûts et les couleurs …

Résumé éditeur

Je m’appelle Fatima Daas. Je suis la mazoziya, la petite dernière. Celle à laquelle on ne s’est pas préparé. Française d’origine algérienne. Musulmane pratiquante. Clichoise qui passe plus de trois heures par jour dans les transports. Une touriste. Une banlieusarde qui observe les comportements parisiens. Je suis une menteuse, une pécheresse. Adolescente, je suis une élève instable. Adulte, je suis hyper-inadaptée. J’écris des histoires pour éviter de vivre la mienne. J’ai fait quatre ans de thérapie. C’est ma plus longue relation. L’amour, c’était tabou à la maison, les marques de tendresse, la sexualité aussi. Je me croyais polyamoureuse. Lorsque Nina a débarqué dans ma vie, je ne savais plus du tout ce dont j’avais besoin et ce qu’il me manquait. Je m’appelle Fatima Daas. Je ne sais pas si je porte bien mon prénom.

Extrait

«Mon père disait souvent que les mots c’est « du cinéma », il n’y a que les actes qui comptent.
Il disait smata, qui signifie insister jusqu’à provoquer le dégoût, quand il voyait à la télé deux personnes se dire « Je t’aime . »

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« On n’aime pas les gens parce qu’ils nous aiment en retour. On les aime. C’est tout. »

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« Un soupçon de liberté », Margaret Wilkerson Sexton

Un soupçon de liberté, Margaret Wilkerson Sexton. Éditions Actes Sud, août 2020, 336 pages.

Étalé sur près de soixante-dix ans, « un soupçon de liberté » nous conte la vie d’une famille créole installée à la Nouvelle-Orléans. En 1944, Evelyne, dont le père est le premier médecin noir de Louisiane, évolue au sein d’une bonne famille et ambitionne de devenir infirmière. Plus tard, elle donnera naissance à Jackie, nous sommes au milieu des années 80 et la crise économique bat son plein. Jackie, elle, élève seule son fils, T.C. Un jour, son mari, ancien accro au crack, refait surface et Jackie décide de lui redonner une chance, à cette famille. Début des années 2000, T.C sort de prison. Il a été grillé en train de dealer. À sa sortie, il tente de reprendre sa vie en main et de la gagner comme un honnête homme. Mais c’est sans compter sur son ancien camarade et le coup qu’il lui propose.

Sur fond de saga familiale, ce roman explore surtout l’évolution de la société américaine au fil des décennies : ses rapports avec la communauté afro-américaine, la fracture sociale qui se creuse d’année en année et la difficulté pour certains à sortir d’un cercle vicieux alimenté par des politiques gouvernementales laissant de côté les plus démunis. La Nouvelle-Orléans, symbole américain de cette fracture, et lieu où se situe le roman, devient dès lors l’un des personnages principaux du roman. Il y a l’avant et l’après Katrina, cet ouragan qui aura inondé 80% de la ville et qui transformera à jamais la population ethnique de cette ville à l’héritage culturel si foisonnant.

Ce sont des vies sommes toutes banales, que nous conte l’auteure. Des vies faites de rêves et d’ambitions, d’espoirs confrontés à la réalité, parfois amère, de la vie. Mais, des vies petit à petit brisées par les catastrophes écologiques et économiques dont elles sont les victimes directes.

C’est toute la descente aux enfers de la classe moyenne africaine-américaine à la laquelle le lecteur assiste, impuissant.

C’est un premier roman brillant et prometteur, à ne pas manquer.

Résumé éditeur

La Nouvelle-Orléans, 1944. Evelyn, une fille créole de bonne famille, ambitionne de devenir infirmière. Quand elle rencontre Renard, un étudiant noir issu des quartiers défavorisés, elle est convaincue que son père, premier médecin de couleur de Louisiane, va l’adorer. Mais celui-ci ne voit pas cette relation d’un bon œil. Evelyn doit alors choisir entre les siens, ses privilèges et l’homme qu’elle aime.

1986, dans l’Amérique de Reagan frappée par la crise économique, Jackie élève seule son bébé, T. C. Quand son mari, guéri de son addiction au crack, refait surface peu avant le premier anniversaire de leur enfant, Jackie décide de lui laisser une chance. Peu à peu, la famille reprend une vie normale. Mais pour combien de temps ?

2010, dans la Louisiane de l’après-Katrina, T. C. sort de prison. Le jeune dealer s’apprête à devenir papa et entend bien se ranger. Lorsqu’on lui propose un dernier coup, la tentation est trop forte. Et les risques de se faire prendre sont infimes…

Sur près de soixante-dix ans et trois générations, Margaret Wilkerson Sexton retrace la saga d’une famille noire de La Nouvelle-Orléans, ville symbole de la fracture sociale et raciale américaine, dans un premier roman poignant et puissant.

Citations

« Langston était son dernier petit ami en date, et il était mignon, si mignon que Ruby avait appris par une troisième année du centre de formation qu’il distribuait son numéro de téléphone à toutes les filles de la VIIth Ward dont les cheveux dépassaient l’agrafe du soutien-gorge. Ruby l’avait mal pris ; leur mère lui avait donc mitonné ses plats favoris toute la semaine, et la moindre parole que lui adressait Evelyn était rejetée comme stupide. »

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« Betty », Tiffany McDaniel

Betty, Tiffany McDaniel. Éditions Gallmeister, août 2020, 720 pages.

Ouvrir Betty, c’est plonger dans le chant lancinant et enivrant de cette Petite Indienne qui nous conte la vie de sa famille. Une famille hors-norme pour l’époque : une mère blanche comme la neige, un père Cherokee et des enfants mulâtres. Sauf Betty. Betty, elle, elle tient de son père. Elle porte les ascendants de son paternel à même la peau et est, de ce fait, ostracisée par ses camarades de classe.

Au fil des pages, ce sont tous les secrets et toutes les horreurs dont sont victimes les membres de cette famille, qui seront dévoilés. À mesure que la famille s’étiole, Betty grandit, sort de l’enfance, de l’innocence. Ce sont les mots qu’elle couche sur le papier pour ensuite les enterrer qui lui donnent du courage. Le courage de passer à la suite, sans pour autant oublier. Et puis, il y a son père, Landon. Grâce à lui, elle apprend la beauté du monde et de la nature, malgré tout. Grâce à la culture Cherokee qu’il lui transmet, Betty apprend à vivre en harmonie avec la nature, à croire en ses rêves et à vivre dans un monde où tout est possible. Un monde dans lequel on peut grimper à une corde pour atteindre les étoiles.

Les mots de Tiffany McDaniel sont puissants et porteurs de beaucoup d’espoir. L’onirisme omniprésent tout au long du récit plonge le lecteur dans un monde incroyable, lumineux et plein de promesses. Sous la plume de l’auteure, Betty devient une icône féministe, prête à tout pour vivre libre et émancipée de toute contrainte sociale inhérent à son statut de femme. Oui, Betty est un personnage absolument incroyable et inoubliable.

D’ailleurs, toutes les femmes de ce roman le sont. Chacune à leur façon, mais tout de même. C’est une ode aux femmes, finalement, que nous livre ici l’auteure. Une ode aux femmes qu’elles aient été brisées, libérées, tuées, émancipées, folles à lier.

Une ode aux femmes, donc. Qui donne rapidement le mauvais rôle aux hommes. Et cette fracture nette et précise m’a tout de même dérangée. Tout au long du roman, nombreux sont les personnages masculins qui n’ont de rapport à la femme qu’au travers de la violence et de l’asservissement.

J’aurais apprécié que les lignes soient plus floues, plus ambiguës ; et les rapports homme-femme moins dichotomiques.

Ceci étant dit, Betty est tout de même une très belle lecture. Un magnifique chant qui met en exergue le pouvoir des mots, des rêves et de l’imagination. J’ai été particulièrement sensible aux nombreuses références à la culture et aux croyances Cherokee et suis à chaque fois plus subjuguée par la beauté et la puissance des croyances des peuples Indiens.

Une chose est certaine, on ne ressort pas tout à fait indemne de la lecture que ce splendide roman.

Résumé éditeur

“Ce livre est à la fois une danse, un chant et un éclat de lune, mais par-dessus tout, l’histoire qu’il raconte est, et restera à jamais, celle de la Petite Indienne.”

La Petite Indienne, c’est Betty Carpenter, née dans une baignoire, sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee. Lorsque les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, après des années d’errance, le paysage luxuriant de l’Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et sœurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture : elle confie sa douleur à des pages qu’elle enfouit sous terre au fil des années. Pour qu’un jour, toutes ces histoires n’en forment plus qu’une, qu’elle pourra enfin révéler.

Betty raconte les mystères de l’enfance et la perte de l’innocence. À travers la voix de sa jeune narratrice, Tiffany McDaniel chante le pouvoir réparateur des mots et donne naissance à une héroïne universelle.

Citations

« Mon coeur est en verre et, tu vois, Betty, si jamais je devais te perdre, il se briserait et la douleur serait si forte que l’éternité ne suffirait pas pour l’apaiser. »

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« Les gens croient que c’est quand ils vous supplient de rester, mais en fait, c’est quand ils vous laissent partir que vous savez qu’ils vous aiment pour de bon. »

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