« Disparaître ici », Kelsey Rae Dimberg

Disparaître ici, Kelsey Rae Dimberg. Cherche Midi Éditeur, octobre 2020, 480 pages.

Finn est la baby-sitter d’Amabel, la petite-fille du célèbre sénateur de l’Arizona, Jim Martin. Cela fait quelques années maintenant qu’elle s’occupe d’Amabel au quotidien, développant pour cette dernière une infinie tendresse et, par la même occasion, une certaine dévotion pour Philippe et Marina, ses parents. Si lorsqu’Amabel lui dit être suivie par une femme rousse, elle doute de la véracité des propos de l’enfant, Finn ne tarde pas, elle aussi, à remarquer cette étrange rouquine. Petit à petit, Finn verra son monde vaciller et alors qu’elle se mettra en tête de découvrir les raisons des errances de cette rouquine autour de la famille Martin, elle touchera du bout des doigts les zones d’ombre qui accompagnent le pouvoir, l’argent et la politique. Pour le meilleur, comme pour le pire.

Véritable page-turner, ce polar maitrise parfaitement les codes du genre. J’ai particulièrement aimé l’ambiance que l’auteure arrivait à distiller dans le premier tiers du roman : une atmosphère poisseuse, malsaine, qui met mal à l’aise et laisse un arrière-goût de danger imminent.

En choisissant de situer son intrigue dans le milieu de la politique, Kelsey Rae Dimberg dévoile un monde dans lequel l’apparence est primordiale pour une levée de fonds fructueuse et l’espoir d’un nouveau mandat, seul garant – finalement – du maintien d’un équilibre familial, d’un pouvoir et d’une toute-puissance grisantes. Un monde fait d’apparats et de corruptions. À l’instar de ses personnages, l’auteure nous manipule, jusqu’à l’aliénation.

En revanche, la fin m’a laissé un goût d’inachevé, d’ébauche – en quelque sorte. Trop vite expédiée, trop peu fouillée. Et je trouve cela d’autant plus frustrant que cette fin est, en elle-même, assez convaincante et cohérente.

Nul doute, cependant, que ce roman saura pleinement en contenter plus d’un et que Kelsey Rae Dimberg est une primo auteure pleine de potentiel, qui devrait faire parler d’elle.

Résumé éditeur

Avec ce premier roman exceptionnel, Kelsey Rae Dimberg nous tend un véritable piège, propre à nous rendre aussi paranoïaque que son héroïne ! Petite-fille de Jim Martin, le tout-puissant sénateur de l’Arizona, Amabel, cinq ans, a l’impression d’être suivie par une mystérieuse femme rousse. Sa baby-sitter, Finn, a du mal à la croire jusqu’au moment où elle aussi remarque cette étrange présence. Qui est cette femme ? En veut-elle à Amabel ou bien plutôt à Finn, dont le passé est plus obscur qu’elle ne le prétend ? Ou bien est-ce la famille du sénateur qui est visée, en particulier son fils, Philippe, dont l’existence a été marquée par un mystérieux drame ? Telles sont quelques-unes des questions que l’on se pose à peine passée la dixième page du livre.
Et ce n’est que le début de cette véritable leçon de suspens au centre de laquelle se tient Finn, jeune femme attirée par un monde de lumière, qui va peu à peu se perdre dans ses zones d’ombre. Douée d’une habileté confondante à manipuler le lecteur, Kelsey Rae Dimberg nous tient en haleine du début à la fin de ce récit palpitant dans lequel elle dissèque d’une main de maître le monde du pouvoir, sa corruption et sa volonté de garder à tout prix ses secrets à une époque où tout doit pourtant être public.

Extrait

« Je découvrais combien une campagne électorale pouvait être oppressante de l’intérieur, le déluge de condamnations, le moindre fait passé à la loupe. »

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« Le sénateur posa une main sur son épaule, lourde et pesante sur ce petit corps. Les flashs crépitèrent. La photo adoucirait son image, rappellerait au peuple qu’en dépit de décennies de bons et loyaux services à Washington, l’homme restait, avant tout, un père de famille. »

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« Sale bourge », Nicolas Rodier

Sale bourge, Nicolas Rodier. Éditions Flammarion, août 2020, 213 pages.

L’écriture est ciselée, hachée menu. C’est épuré à la perfection. À l’image de cette famille bourgeoise, bon chic bon genre. La façade est lisse. Rien ne dépasse. Après tout, l’habit fait le moine, n’est-ce pas ?

Pourtant, derrière les jupes plissées et les cravates, on doit filer droit. Naître dans une bonne famille, ça se paye, fiston. Tu finis pas tes légumes ? Maman va te plonger la tête dans l’assiette. Tu vas voir, tu vas les finir tes légumes, mon fils.

Parce qu’aucun écart n’est toléré, aucune sortie de route, la violence devient légitime. C’est pour leur bien. Ils remercieront leurs parents, dans quelques années. Quand, eux aussi, devront faire bonne figure. À tout prix.

Pierre, lui, a désormais bien grandi. Et puisqu’il a été élevé ainsi, il n’a pas hésité à claquer sa femme. Il a frappé. Comme il a été frappé. Mimétisme de merde. On reproduit, à l’infini, ce que l’on a vécu. Ainsi va la vie.

Le roman de Nicolas Rodier nous présente une famille, pas si bien sous tous rapport. Derrière le col Claudine de maman, il y a ce manque d’amour flagrant. Peut-être ne savent-ils pas aimer. Peut-être ne sont-ils pas capables de l’exprimer. Mais les conséquences sont là. Les mains prennent le relai. Qui aime bien, châtie bien. Dans la famille de Pierre, on doit s’aimer énormément, alors. S’aimer à en perdre la raison.

 

213 pages qui mettent mal à l’aise. Qui questionnent. Qui montrent l’autre facette des violences domestiques. C’est osé, et pourtant essentiel. Il ne s’agit pas, ici, de trouver quelconque excuse à un comportement impardonnable. Mais c’est une tentative d’explication, de compréhension d’un mécanisme vicieux, d’un engrenage sans fin.

Après avoir terminé ce roman, j’avais un goût d’inachevé, comme si une partie manquait, pour donner une vraie profondeur à ce récit. Et pourtant, voilà un mois que je l’ai lu, et j’y pense toujours autant. Alors, puisqu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis : finalement, ce roman est abouti. Oui. Son goût d’inachevé, c’est la vie. Dans toute sa splendeur.

À lire. Assurément.

Résumé éditeur

Pierre passe la journée en garde à vue après que sa toute jeune femme a porté plainte contre lui pour violences conjugales. Pierre a frappé, lui aussi, comme il a été frappé, enfant.
Pierre n’a donc pas échappé à sa « bonne éducation » : élevé à Versailles, il est le fils aîné d’une famille nombreuse où la certitude d’être au-dessus des autres et toujours dans son bon droit autorise toutes les violences, physiques comme symboliques. Pierre avait pourtant essayé, lui qu’on jugeait trop sensible, trop velléitaire, si peu « famille », de résister aux mots d’ordre et aux coups. Comment en est-il arrivé là ?
C’est en replongeant dans son enfance et son adolescence qu’il va tenter de comprendre ce qui s’est joué, intimement et socialement, dans cette famille de « privilégiés ».

Dans ce premier roman à vif, Nicolas Rodier met en scène la famille comme un jeu de construction dont il faut détourner les règles pour sortir gagnant.

Extrait

« La famille est un mot d’ordre, quelque chose qui s’impose à nous. »

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« La dislocation », Louise Browaeys

La dislocation, Louise Browaeys. Éditions Harper Collins, Collection Traversée, août 2020, 320 pages.

Elle sort de l’hôpital. Elle. L’encéphalogramme de ses souvenirs est plat. Complètement plat. Elle ne se souvient même pas de son nom. Amnésie totale. Les psychiatres – elle les hait de tout son être – disent que la situation est peut-être réversible. Mais peut-être pas. En tous cas, tous s’accordent pour dire que le choc traumatique a dû être d’une intensité colossale pour que les dégâts psychiques soient si importants.

 

Elle. Elle n’a plus rien. Elle est dépossédée de tout. Elle pourrait bien découvrir son nom en le lisant sur sa carte vitale, mais elle veut s’en souvenir seule. C’est son défi personnel. Pour le reste, elle compte sur les quelques personnes qui l’entourent. Il y a K, son ami et ange-gardien ; Wajdi, qui lui fera voir la vie autrement, qui la marquera à jamais. Et puis, il y a Emilie, qu’elle rencontre alors qu’elle a décidé de partir pour la Bretagne. Avec eux, elle va tenter de se reconstruire, de recoller les morceaux et, peut-être, enfin, de retrouver la mémoire.

 

La dislocation est un roman inclassable, je crois. L’atmosphère est particulière, comme ouatée. A l’image des souvenirs de cette femme anonyme, qui tente de se raccrocher à la vie, comme elle peut. Plein d’espoir et d’humanité, ce roman ne manque pas non plus d’humour. Sa singularité ne vous laissera pas indifférent, j’en suis certaine.

Louis Browayes met en avant des personnages atypiques, à la fois hors du temps et hors du commun. Pourtant, en mêlant habilement féminisme, écologie et tragédie, l’auteure signe ici un premier roman plus que jamais ancré dans l’air du temps.

J’ai beaucoup, beaucoup aimé.

Résumé éditeur

Une jeune femme sort de l’hôpital, dépossédée de son identité et de son passé.

Elle voue une haine farouche aux psychiatres, fréquente les magasins de bricolage.

Il lui arrive même de crever les pneus des voitures

Temporairement amnésique, absolument indocile, elle veut repeupler sa mémoire et pour cela, doit enquêter Un homme va l’y aider, sans rien lui souffler Camille, dit K, ami et gardien d’un passé interdit

Le souvenir d’un désert entouré de vitres, une fonction exercée au ministère de l’Agriculture,

une bible restée ouverte au chapitre du Déluge forment un faisceau d’indices de sa vie d’avant Quelques démangeaisons et une irrépressible envie de décortiquer le monde et les êtres qu’elle croise hantent ses jours présents.

Sa rencontre avec Wajdi, envoûtant et révolté, marquera son cœur et son esprit Ce sera avant de gagner la Bretagne et, peut être, de parvenir à combler les énigmes de son histoire prise au piège de l’oubli.

Extrait

« On doit. On doit. On doit. Avant, c’était mieux, on se doigtait. »

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« On ne guérit pas de sa non-appartenance au monde. »

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« Maman avait aussi écrit : les raisons que l’on a de vivre sont précisément celles qui nous poussent à mourir. Démerdez-vous avez ça. »

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« Les jours aimés », Anne-Sophie Faivre Le Cadre

Les jours aimés, Anne-Sophie Faivre Le Cadre. Éditions Anne Carrière, mai 2020, 192 pages.

Constance s’est fait une promesse : jamais elle ne laissera sa grand-mère adorée finir ses jours dans un hospice. Impossible. Hors de question. Elle l’aime trop pour la voir évoluer dans un mouroir.

 

Seulement, voilà, des quelques décennies plus tard, la vie de Constance a évolué. Aujourd’hui, elle vit en Afrique, avec son compagnon, sa vie professionnelle l’accapare et ne lui laisse que peu de temps pour retourner en France et passer quelques jours auprès de celle qui l’aura élevée et lui aura tant appris.

 

Il faut dire que la grand-mère de Constance, elle est absolument incroyable, prête à tout pour l’épanouissement et le bonheur de sa petite-fille. La grand-mère de Constance, c’est un peu la grand-mère que tout le monde voudrait avoir : moderne et délicieusement féministe, avec une tendance à apprécier tout ce qui est déraisonnable. Constance veut fuguer et aller sur les traces de Georges Sand ? Qu’à cela ne tienne, elle la couvrira auprès de ses parents. « On a qu’une vie, ma chérie, après tout ! Profitons-en au maximum », tel pourrait être sa devise, à cette grand-mère hors du commun.

 

Le temps de quelques jours, Constance va se retrouver auprès de sa grand-mère. Et, avec ses retrouvailles, c’est le voile de tout l’amour que les deux femmes se portent l’une à l’autre, qui se lève. Un amour qu’elles n’arrivent pas à exprimer. Constance, elle, voudrait tant y arriver. Lui dire à quel point sa vie n’est que plus belle, avec elle dedans. Mais les mots ne sortent pas, c’est trop dur. Dire « je t’aime », c’est difficile, bordel. Alors, la parole laisse place aux silences. Et dans ces silences, c’est tout leur amour qui hurle. Qui hurle à vous en faire mal aux tympans.

 

Dans ce roman aux airs autobiographiques, l’auteure nous parle de ces amours familiaux, ceux qui dépassent toutes les frontières. De ces amours qui font battre nos cœurs plus vite… ou qui font que ces derniers, justement, manquent un battement. Le manque, l’amour, la famille.

Anne-Sophie Faivre Le Cadre nous livre un récit d’une grande justesse émotionnelle, à la fois touchant, sensible et feutré. À l’image de l’amour que se portent mutuellement ces deux femmes.

Un roman à découvrir et à savourer.

Résumé éditeur

Enfant, Constance s’était fait une promesse : ne jamais enfermer sa grand-mère dans un hospice, ne pas la laisser dans la solitude de sa maison. Rester aux côtés de cette femme résolument moderne, féministe, bienveillante, courageuse, qui l’a élevée seule avec une dévotion et une compréhension infinies. N’a-t-elle pas couvert une fugue sur les pas de George Sand ? fermé les yeux sur ses frasques adolescentes ? confié que les femmes n’avaient pas besoin des hommes pour s’en sortir ? Il semble inconcevable de l’abandonner à l’aube de ses quatre-vingt-quatorze ans. Pourtant, pour la petite fille d’autrefois qui vit désormais sur un autre continent, il n’est pas si facile de respecter ses engagements…

Extrait

« J’ai les yeux dans le vague et fixe les rosiers qui rampent aux lézardes des murs. Nous sommes incapables de nous dire quoi que ce soit, chaque parole aurait des atours de linceul. »

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« Les mots se dérobaient après quelques lignes, je craignais de froisser les vivants et de froisser les morts. »

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« La commode aux tiroirs de couleurs », Olivia Ruiz

La commode aux tiroirs de couleurs, Olivia Ruiz. Éditions JC Lattès, mai 2020, 208 pages.

Cette commode, ils en rêvaient, les petits-enfants de l’abuela. Une commode avec 10 tiroirs. Trois rangées de trois tiroirs, et un grand tiroir rose, tout en bas. À sa mort, c’est sa petite-fille favorite qui en hérite et elle découvre rapidement une lettre qui, le temps d’une nuit, la transportera dans la vie de sa grand-mère Rita, venue se réfugier en France pour échapper à la dictature franquiste.

 

Chaque tiroir contient un objet du passé de Rita. Un objet d’une valeur sentimentale inestimable, un objet témoin de son passage sur la terre, de son empreinte laissée dans le monde. Ainsi, Rita raconte les débuts, la honte d’être Espagnole, d’être cataloguée, son envie de se fondre dans la masse. Elle raconte ses amours, son grand-amour, les pertes et les joies d’une vie entière. Au fil des pages, c’est toute la vie de Rita qui défile devant nous. Sa vie et la vie de trois générations de femmes fortes et farouches, presque invulnérables.

 

Avec sa plume onirique, Olivia Ruiz nous parle des femmes, des liens familiaux, des secrets et des non-dits. Mais elle nous parle également du traumatisme de toute une génération d’Espagnols, condamnés à fuir leur pays pour retrouver la liberté.

 

Bien que la narration – une lettre sans en être vraiment une dans sa construction – m’ait un peu déstabilisée, j’ai aimé retrouver cette atmosphère si propre à Olivia Ruiz, ce mélange de candeur, de poésie et d’onirisme que l’on retrouve dans ses chansons.

Un roman doux et tendre, parfait pour l’été et qui devrait en séduire plus d’un !

Résumé éditeur

« Enfin, après tant d’années de patience domptée, j’allais savoir pourquoi elle s’emballait tant pour cacher le secret que renfermaient ces neufs tiroirs. Ma grand-mère les nommait ses renferme-mémoire. »

A la mort de sa grand-mère chérie, une jeune femme reçoit en héritage une intrigante commode, objet de tous les fantasmes de ses petits-enfants. Le temps d’une nuit, la narratrice va ouvrir ces neuf tiroirs de couleur, et dérouler le fil de la vie de Rita, son Abuela, dévoilant ces nombreux secrets qui ont scellé le destin de plusieurs générations de femmes, entre France et Espagne.

Extrait

« Elle m’a offert des parents m’inspirant la passion et l’intégrité, des soeurs, l’une pour me remettre dans le droit chemin, l’autre pour m’en faire dévier, ta mère, dont la gaieté et l’intelligence m’ont nourrie, ton père, un fils que j’ai pu aider à devenir un homme et qui me l’a rendu au centuple. Et puis toi, et Nina. Pour me féliciter d’avoir surmonté toutes ces épreuves en restant debout. Comme si elle m’avait dit, à partir de maintenant, et jusqu’à la fin, ta vie ne sera que rire et tendresse. Ou presque. »

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« À viser l’impossible, on peut atteindre au moins le merveilleux. »

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