« L’été des charognes », Simon Johannin. Prix Meilleur Roman Points 2020

L’été des charognes, Simon Johannin. Éditions Points, janvier 2020, 168 pages.

J’ai refermé ce livre avec beaucoup de colère et d’incompréhension. Avec le sentiment que je venais de lire un livre qui trainait dans la boue les habitants de petits villages. Les campagnards, les paysans – il est d’ailleurs intéressant (horripilant, oserais-je dire) de voir que, dans la langue française, ce terme est parfois utilisé comme une insulte – … comme si le fait de ne pas habiter en ville était synonyme, de facto, d’une débilité profonde, d’un manque de culture, d’intérêt pour le monde extérieur et d’un manque de savoir-vivre latent.

Très honnêtement, je pense que je suis complètement passée à côté de ce roman qui, pourtant, avait tout – ou presque – pour me plaire. Après ma lecture, je me suis renseignée sur l’auteur, qui a vécu son enfance à la campagne. Alors, est-ce, en partie, autobiographique ? Ou est-ce la vision que Simon Johannin a gardé de la vie rurale ? En tous cas, je déplore un manque cruel de diversité dans la façon dont les personnages sont présentés… Même si, j’en conviens tout à fait, j’ai certainement éludé toute une partie de ce roman, tant les personnages principaux m’ont échauffée.

Les premières pages sont brutales, violentes et incisives à souhait, ça promettait une lecture chargée en émotions. Oui, vraiment, j’ai commencé ce roman complètement emballée, embarquée, par cette plume presque grossière.

Sauf que, de ce roman, je n’ai retenu que ces personnages rustres, presque sauvages. Peu d’éducation, peu d’ouverture au monde, avec le nez dans la merde du matin au soir, ou le pied qui s’amuse à tabasser les chiens.

 

Ce qui m’a le plus énervé, dans ce roman, c’est ce manque de diversité … pas un seul des personnages ne semble équilibré, heureux, posé. Comme si – oui, je me répète – la campagne faisait de nous des goujats violents et alcooliques, ou violents et drogués, au choix.

Bref, cette lecture fut un fiasco total.

Résumé éditeur

Ici c’est La Fourrière, un « village de nulle part » et c’est un enfant qui raconte : massacrer le chien de « la grosse conne de voisine », tuer le cochon avec les hommes du village, s’amuser au « jeu de l’arabe », rendre les coups et éviter ceux des parents.
Ici on vit retiré, un peu hors-la-loi, pas loin de la misère aussi. Dans cette Guerre des boutons chez les rednecks, les bêtes sont partout, les enfants conduisent leurs parents ivres morts dans des voitures déglinguées et l’amitié reste la grande affaire.
C’est un pays d’ogres et d’animaux errants, un monde organique fait de pluie et de graisse, de terre et d’os, où se répandent les fluides des corps vivants et ceux des bestioles mortes. Même le ramassage scolaire ressemble au passage des équarisseurs.
Mais bientôt certains disparaissent, les filles vous quittent et la forêt finit par s’éloigner.
D’une bagarre l’autre, la petite musique de ce premier roman vous emmènera jusqu’à l’adolescence, quand la douleur fait son entrée et que le regard change, dans les turbulences d’une langue outrancière au plus près du rythme de l’enfance : drôle et âpre, déchirante et fièvreuse, traversée de fulgurances.

Extrait

« Ma mère, elle a pas beaucoup de mots qui lui sortent de la bouche, elle nous fait plutôt des regards. Elle parle avec son visage et moi et mon frère ont comprend tout.

Elle a des yeux fatigués comme des amandes sèches, pour dire les choses elle regarde et nous autour on sait qu’il faut pas l’emmerder. »

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« Manuel de survie à l’usage des jeunes filles », Mick Kitson. Prix meilleur roman Points 2020.

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles, Mick Kitson. Éditions Métailié, août 2018, 256 pages.

J’ai acheté ce roman en septembre, à Besançon, lors du salon du livre. J’y pensais, régulièrement, sans l’ouvrir pour autant. Alors, quand il s’est trouvé qu’il faisait partie de la sélection pour le prix du meilleur roman Points 2020, forcément, je l’ai lu ! Et quelle belle surprise !

J’ai été conquise par l’histoire de ces deux gamines en fuite, logeant dans une cabane de fortune en pleine forêt. Sal et Peppa. Deux sœurs.

La force du roman repose, entre autres, selon moi, à l’hermétisme au monde extérieur que l’auteur arrive à créer. Oublié, le monde connecté en permanence, où l’on veut tout et tout de suite. Au milieu de ces bois, il faut attendre encore et toujours. Attendre que le poisson morde, que le lapin se coince, que l’eau chauffe, que la pluie passe, que le vent retombe… Sal l’a préparé pendant de longs mois, leur fuite. Il le fallait. Il fallait qu’elle protège sa petite sœur, Peppa, de leur beau-père. Inexorablement.

Alors, elles partent, un soir, après avoir commis l’inévitable. Sal a tout planifié, tout prévu. Alors, elles se réfugient dans les Highlands. Et elles survivent. Et la vie devient presque belle, tellement poétique.

Sal, celle qui est tellement adulte, pour son âge. Tellement intelligente et entêtée. Et puis, Peppa. Oh ! Peppa ! C’est la joie et la naïveté, mêlées d’une curiosité et d’une insouciance incroyables. Une boule d’énergie et d’humour qui adore courir après les lapins. Peppa, c’est le rayon de soleil au cœur des Highlands.

C’est Sal qui nous conte cette histoire. Sal qui nous raconte comment « la sorcière » a sauvé sa sœur, comment elles se sont apprivoisées, toutes les trois.

 

C’est une histoire de survie, mais avant tout de vie. Un roman sur la quête de soi et notre lien, profond et inné, avec la nature.

C’est l’histoire de Sal et Peppa. Et elle est magnifique.

Résumé éditeur

Que font deux gamines en plein hiver dans une des plus sauvages forêts des Highlands, à des kilomètres de la première ville ?

Sal a préparé leur fuite pendant plus d’un an, acheté une boussole, un couteau de chasse et une trousse de premiers secours sur Amazon, étudié le Guide de survie des forces spéciales et fait des recherches sur YouTube. Elle sait construire un abri et allumer un feu, chasser à la carabine. Elle est capable de tout pour protéger Peppa, sa petite sœur.

Dans le silence et la beauté absolue des Highlands, Sal raconte, elle parle de leur mère désarmée devant la vie, de Robert le salaud, de la tendresse de la sorcière attirée par l’odeur du feu de bois, mais surtout de son amour extraordinaire pour cette sœur rigolote qui aime les gros mots et faire la course avec les lapins.

Un premier roman passionnant et tendre, qui parle de survie, de rédemption, et des vertus régénérantes de la nature. Une vraie réussite.

Extraits

« J’avais expliqué à Peppa que m’man avait une maladie appelée l’alcoolisme c’est-à-dire une addiction à l’alcool qui vous empêche d’être normal et vous oblige à boire tout le temps comme m’man, à vous endormir et à pleurer et à ne pas vous occuper de vos enfants. Ça vous fait aussi accepter l’inacceptable chez les autres et avoir une haute tolérance face à une attitude inappropriée disait un des sites que j’ai consultés là-dessus. Comme avec Robert. Elle le laissait la frapper et lui prendre son argent et nous frapper aussi parce qu’elle avait une maladie qui lui faisait croire que ce n’était pas grave. C’est parce que vous avez des réactions chimiques différentes dans le cerveau qui vous poussent à vouloir et à chercher la chose qui vous rend malade et comme vous ne savez pas que vous avez cette maladie, vous refusez d’admettre que vous êtes malade. »

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« Survivre se résume en grande partie à prévoir, prendre le temps de réfléchir et faire un plan. Le Guide de survie des forces spéciales dit que le facteur le plus important dans la survie à long terme est l’attitude. La façon dont on réfléchit affecte nos chances de réussite. Si on est négatif et si on pense seulement que les choses vont empirer ou qu’on ne peut pas continuer alors on commence à agir dans ce sens. Et plus on pense et agit dans ce sens plus les choses empirent et plus on prend de mauvaises décisions. Et c’est là qu’il faut prendre le temps de réfléchir, faire un plan et entreprendre une action capable d’améliorer la situation. Même une chose minime peut aider. »

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« Roissy », Tiffany Tavernier.

« Roissy », Tiffany Tavernier.

Roissy, Tiffany Tavernier. Éditions Points, août 2019, 240 pages.

 

J’ai longtemps hésité à vous parler de ce roman… pour la simple raison que je ne sais quoi en dire.

J’ai aimé, assez. Et néanmoins, je suis restée très en retrait, presque hermétique face aux errances et déambulations sans fin de cette femme amnésique.

Et, à son image, j’ai eu, moi aussi, l’impression d’errer dans ces terminaux de Roissy-Charles de Gaulle. J’ai erré entre les pages de ce roman, cherchant un sens à tout cela. Une signification.

Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé, vraiment. J’ai été portée, parfois, par le style de la narratrice et les rencontres un peu loufoques. Au pu ressentir un peu d’appréhension face à la possibilité que cette femme se fasse démasquer : ni tout à fait voyageuse, ni tout à fait sans domicile – on ose l’espérer. Tout ça, c’est à l’amnésie que c’est dû.

Retrouvera-t-elle son chemin ? Et finalement, est-ce là le plus important ?

Non, vraiment, je ne sais pas quoi penser de ce roman.