« Jolis, jolis monstres », Julien Dufresne-Lamy

Jolis, jolis monstres, Julien Dufresne-Lamy. Éditions Belfonde, août 2019, 416 pages.

Bienvenue dans un monde fait de paillettes, perruques, talons hauts, fard à paupières et boas. Un monde de la nuit, où chacun et chacune scintille. Un monde dans lequel on ne prend rien au sérieux. Enfin, en apparence, mon lapin !

 

Parce que, derrière le monde du drag, il y a la réalité, parfois sordide et cruelle. Dangereuse et inquiétante. Au début des années 80, James est l’une des plus belles drag-queens de New-York. Tout le monde se l’arrache. Il faut dire que Lady Prudence a du style. Elle a appris avec les meilleures, tout en développant son drag, pour devenir la reine des soirées new-yorkaises underground.

 

Quand trente ans plus tard, James devient le mentor de Victor, il lui raconte cette époque de strass et de faste, lui apprend à devenir un drag, un vrai. A devenir un sublime monstre. Mais il lui raconte aussi la menace, grandissante, de cette maladie inconnue. Celle que l’on appelait la maladie des homosexuels, au début. Celle qui était sur toutes les lèvres, dont on ne pouvait pas prononcer le nom, puisque de nom, elle n’en avait pas encore. Il lui raconte les soirées endiablées qui se poursuivent jusqu’au petit matin et la mort de nombreux de leurs amis, qui vient ternir la brillance de leurs soirées. Pour Victor, Lady Prudence revient avec passion et amour sur les trois décennies les plus importantes de sa vie.

Avec « Jolis jolis monstres », Julien Dufresne-Lamy nous ouvre les portes d’un monde incroyablement beau. Un monde monstrueux, pour certain, un monde fait de « fous à électrocuter. Alors que d’autres pensent que l’on est les plus belles choses de ce monde. » C’est un roman magnifique, à la fois très sensible et empli d’humour.

N’hésitez plus un seul instant, joignez-vous à ces joyeux et splendides monstres, et découvrez un hymne à l’ouverture d’esprit, aux réjouissances, à l’amour… une ode à la vie, tout simplement.

Résumé éditeur

« Certains disent qu’on est des monstres, des fous à électrocuter.
Nous sommes des centaures, des licornes, des chimères à tête de femme.
Les plus jolis monstres du monde. »

Au début des années sida, James est l’une des plus belles drag-queens de New York. La légende des bals, la reine des cabarets, l’amie fidèle des club kids et des stars underground. Quand trente ans plus tard il devient le mentor de Victor, un jeune père de famille à l’humour corrosif, James comprend que le monde et les mentalités ont changé.

Sur trois décennies, Jolis jolis monstres aborde avec finesse et fantaisie la culture drag, le voguing et la scène ballroom dans un grand théâtre du genre et de l’identité. Au cœur d’une Amérique toujours plus fermée et idéologique, ce roman tendre mais bruyant est une ode à la beauté, à la fête et à la différence. Une prise de parole essentielle.

Extrait

« Tu sais, Victor, le monde te voit comme un parjure. Le monde t’en veut. C’est normal. Tu vis dans une culture viriliste où la masculinité est une monnaie d’échange qui vaut plus que l’or. En mettant une robe, tu commets le plus grand acte de trahison possible. »

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« On nait tous nu, le reste c’est du drag, mon lapin. »

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« Manuel de survie à l’usage des jeunes filles », Mick Kitson. Prix meilleur roman Points 2020.

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles, Mick Kitson. Éditions Métailié, août 2018, 256 pages.

J’ai acheté ce roman en septembre, à Besançon, lors du salon du livre. J’y pensais, régulièrement, sans l’ouvrir pour autant. Alors, quand il s’est trouvé qu’il faisait partie de la sélection pour le prix du meilleur roman Points 2020, forcément, je l’ai lu ! Et quelle belle surprise !

J’ai été conquise par l’histoire de ces deux gamines en fuite, logeant dans une cabane de fortune en pleine forêt. Sal et Peppa. Deux sœurs.

La force du roman repose, entre autres, selon moi, à l’hermétisme au monde extérieur que l’auteur arrive à créer. Oublié, le monde connecté en permanence, où l’on veut tout et tout de suite. Au milieu de ces bois, il faut attendre encore et toujours. Attendre que le poisson morde, que le lapin se coince, que l’eau chauffe, que la pluie passe, que le vent retombe… Sal l’a préparé pendant de longs mois, leur fuite. Il le fallait. Il fallait qu’elle protège sa petite sœur, Peppa, de leur beau-père. Inexorablement.

Alors, elles partent, un soir, après avoir commis l’inévitable. Sal a tout planifié, tout prévu. Alors, elles se réfugient dans les Highlands. Et elles survivent. Et la vie devient presque belle, tellement poétique.

Sal, celle qui est tellement adulte, pour son âge. Tellement intelligente et entêtée. Et puis, Peppa. Oh ! Peppa ! C’est la joie et la naïveté, mêlées d’une curiosité et d’une insouciance incroyables. Une boule d’énergie et d’humour qui adore courir après les lapins. Peppa, c’est le rayon de soleil au cœur des Highlands.

C’est Sal qui nous conte cette histoire. Sal qui nous raconte comment « la sorcière » a sauvé sa sœur, comment elles se sont apprivoisées, toutes les trois.

 

C’est une histoire de survie, mais avant tout de vie. Un roman sur la quête de soi et notre lien, profond et inné, avec la nature.

C’est l’histoire de Sal et Peppa. Et elle est magnifique.

Résumé éditeur

Que font deux gamines en plein hiver dans une des plus sauvages forêts des Highlands, à des kilomètres de la première ville ?

Sal a préparé leur fuite pendant plus d’un an, acheté une boussole, un couteau de chasse et une trousse de premiers secours sur Amazon, étudié le Guide de survie des forces spéciales et fait des recherches sur YouTube. Elle sait construire un abri et allumer un feu, chasser à la carabine. Elle est capable de tout pour protéger Peppa, sa petite sœur.

Dans le silence et la beauté absolue des Highlands, Sal raconte, elle parle de leur mère désarmée devant la vie, de Robert le salaud, de la tendresse de la sorcière attirée par l’odeur du feu de bois, mais surtout de son amour extraordinaire pour cette sœur rigolote qui aime les gros mots et faire la course avec les lapins.

Un premier roman passionnant et tendre, qui parle de survie, de rédemption, et des vertus régénérantes de la nature. Une vraie réussite.

Extraits

« J’avais expliqué à Peppa que m’man avait une maladie appelée l’alcoolisme c’est-à-dire une addiction à l’alcool qui vous empêche d’être normal et vous oblige à boire tout le temps comme m’man, à vous endormir et à pleurer et à ne pas vous occuper de vos enfants. Ça vous fait aussi accepter l’inacceptable chez les autres et avoir une haute tolérance face à une attitude inappropriée disait un des sites que j’ai consultés là-dessus. Comme avec Robert. Elle le laissait la frapper et lui prendre son argent et nous frapper aussi parce qu’elle avait une maladie qui lui faisait croire que ce n’était pas grave. C’est parce que vous avez des réactions chimiques différentes dans le cerveau qui vous poussent à vouloir et à chercher la chose qui vous rend malade et comme vous ne savez pas que vous avez cette maladie, vous refusez d’admettre que vous êtes malade. »

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« Survivre se résume en grande partie à prévoir, prendre le temps de réfléchir et faire un plan. Le Guide de survie des forces spéciales dit que le facteur le plus important dans la survie à long terme est l’attitude. La façon dont on réfléchit affecte nos chances de réussite. Si on est négatif et si on pense seulement que les choses vont empirer ou qu’on ne peut pas continuer alors on commence à agir dans ce sens. Et plus on pense et agit dans ce sens plus les choses empirent et plus on prend de mauvaises décisions. Et c’est là qu’il faut prendre le temps de réfléchir, faire un plan et entreprendre une action capable d’améliorer la situation. Même une chose minime peut aider. »

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« Girl », Edna O’Brien. Grand Prix des Lectrices Elle 2020

« Girl », Edna O’Brien. Grand Prix des Lectrices Elle 2020

Girl, Edna O’Brien. Sabine Wespieser éditeur, septembre 2019, 256 pages.

 

Terrible, horrible, effroyable, inacceptable, abominable, affreux, épouvantable … et pourtant, nécessaire. Tellement, tellement nécessaire.

Parce que c’est aussi ça, le but de la littérature : dénoncer les horreurs, mettre sur le devant de la scène des sujets oubliés par les médias, mis de côté, tombés dans l’oubli. Alors, certes, les djihadistes, on en parle. Boko Haram, on en a parlé. Oui, c’est vrai. Mais combien d’articles ont été consacrés à la façon dont les jeunes filles et les femmes sont traitées par ces extrémistes ? On parle de l’urgence face aux menaces d’attentat. Il y a urgence, certes. Mais pour ces femmes, prisonnières, bafouées, esclavagées, violées, affamées, torturées, tuées… N’y-a-t-il pas urgence, également ?

J’aime à penser que c’est pour dénoncer cela qu’Edna O’Brien a écrit ce roman. On parle de roman, et pourtant, je suis persuadée que la réalité est bien pire que celle, déjà insupportable, que nous conte l’auteure.

(suite…)

« L’année du gel », Agathe Portail

« L’année du gel », Agathe Portail

L’année du gel, Agathe Portail. Éditions Calmann-Lévy, Janvier 2020, 416 pages.

 

Vous reprendrez bien un peu de petits meurtres entre amis ?

Désuet.
C’est le mot qui me vient le premier en tête, quand je pense à ce roman. Oui, c’est bien le terme que j’emploierai : du premier roman d’Agathe Portail se dégage un charme désuet.

Un charme désuet à la Agatha Christie. Dès les premières pages, j’ai ressenti cette ambiance à la fois cosy et mystérieuse. On sait que le danger est tapi, là, quelque part… mais on ne peut poser le doigt dessus. Entre les descriptions des lieux et les dialogues, on aurait presque l’impression de se retrouver dans la demeure d’un aristocrate britannique.

(suite…)

« Dévorer le ciel », Paolo Giordano. Grand Prix des Lectrices Elle 2020

« Dévorer le ciel », Paolo Giordano. Grand Prix des Lectrices Elle 2020

Dévorer le ciel, Paolo Giorgano. Éditions du Seuil, août 2019, 464 pages.

 

Tout commence dans les Pouilles, chez la grand-mère de Teresa. Chaque été, la jeune femme et son père y retourne pour des vacances. Une année, Teresa rencontre les garçons de la ferme : Bern, Tommaso et Nicola. Et les voilà liés, pour l’éternité.

Nul doute que Paolo Giordano est un excellent écrivain – le travail de traduction est fabuleux, d’ailleurs. Les mots virevoltent, font de la musique, de la poésie. Et c’est beau, c’est certain. Paolo Giordano nous raconte la fin de l’adolescence, les débuts de la vie d’adulte. Il parle des premiers émois, des retentissements que les premiers amours peuvent avoir dans nos vies. Il dit à quel point certaines amitiés comptent, à quel point certaines nous poussent vers l’avant ou, au contraire, nous empêchent de progresser. Il nous parle de la vie de toute une génération. Et c’est beau, vraiment.

Mais … je me suis ennuyée. Vraiment ennuyée. Je n’ai pas réussi à passer outre ce sentiment de longueurs dans le texte. À passer outre la sensation que, peut-être, les 464 pages auraient pu être réduites. Je n’ai pas réussi à me faire au rythme du récit.

Un jour, peut-être, je retenterai l’expérience avec son premier roman (La solitude des nombres premiers) … mais pas aujourd’hui, c’est certain ! Ahhh, messieurs dames, … décidemment, les goûts et les couleurs !

« Avant que j’oublie », Anne Pauly.

« Avant que j’oublie », Anne Pauly.

Avant que j’oublie, Anne Pauly. Éditions Verdier, août 2019, 144 pages.

Anne Pauly pose un regard tende et sans compromis sur son père. Il est parti. Après une longue maladie. Alors, pour ne pas oublier, elle a écrit.

Elle a écrit celui qui l’a vue naître, grandir, échouer et se relever. Celui qui était présent, comme celui qui était absent. Son père. Tantôt violent – lorsque son alcoolisme prenait le dessus – tantôt touchant et sensible, cet homme unijambiste n’en reste pas moins son papa.

Alors Anne Pauly a écrit. Elle a raconté son père. Raconter les déboires et les liens qui – malgré tout – les unissent, inexorablement.

Et puis, Anne Pauly raconte l’arrivée d’une lettre, qui a tout changé. Quelques lignes qui disent peu, mais qui expliquent pourtant tellement.

L’auteure signe un roman absolument saisissant de justesse et de beauté, aussi bien dans le fond que dans la forme. Un roman sur l’amour que l’on peut porter à nos parents, envers et contre tout.

À lire absolument !