« Dix âmes, pas plus », Ragnar Jónasson

Diw âmes, pas plus, Ragnar Jónasson. Éditions de la Martinière, janvier 2022, 352 pages.

Découvert il y a quelques années, Ragnar Jónasson fait aujourd’hui partie de ces romanciers dont je ne louperai une sortie pour rien au monde ! Véritable conteur, cet auteur islandais ne cesse de se renouveler tout en gardant un thème cher à son coeur : le huis-clos. Et il se trouve que c’est justement ce qui me plaît le plus dans les polars, ce sentiment d’enfermement, de vase clos d’où il est impossible de s’échapper.

Dans son dernier roman, Ragnar Jónasson nous embarque à Skálar, petite bourgade isolée qui n’abrite que neuf habitants. Dix, si l’on compte Una, cette jeune femme qui décide de quitter Reykjavik pour devenir la maîtresse de deux fillettes, dans ce village qui semble retiré du monde.

Si chaque habitant semble nourrir à son encontre méfiance et animosité, le malaise d’Una s’intensifie lorsqu’elle commence à entendre des voix et voir une fillette dans la maison où elle loge. Petit à petit, la jeune femme se rend compte qu’elle ne peut faire confiance à aucun des habitants et que tous ne semblent attendre qu’une chose : qu’elle reparte pour la capitale sitôt la fin de son contrat. Un soir, un drame inattendu survient et vient mettre à mal cette petite communauté qui semble, en apparence, si soudée.

Ragnar Jónasson excelle dans l’art de créer des intrigues où la nature et la virulence des éléments règnent en maîtres. Dans chacun de ses romans, il sublime l’Islande et nous la présente comme une terre aussi hostile qu’hypnotisante de beauté. Cet auteur prolifique nous livre des récits à l’ambiance toujours sombre et dérangeante, véritables page-turner dont on se délecte jusqu’au bout de la nuit. Et « dix âmes, pas plus » ne fait pas exception !

Dévoré d’une traite, j’ai pris énormément de plaisir à me glisser dans cette étrange atmosphère où les apparences sont trompeuses et les non-dits nombreux. Et bien que ce roman se démarque de ses précédents de par un côté un peu surnaturel, j’ai à nouveau été totalement happée par l’histoire et ces personnages loin d’être fiables mais toujours aussi profondément humains.

Un nouveau coup de maître pour le roi du polar nordique !

Résumé éditeur
Un mort.
Neuf suspects.
Recherche professeur au bout du monde. Voici une petite annonce qui découragerait toute personne saine d’esprit. Pas Una. La jeune femme quitte Reykjavík pour Skálar, l’un des villages les plus reculés d’Islande, qui ne compte que dix habitants. Malgré l’hostilité des villageois. Malgré l’isolement vertigineux.
Là-bas, Una entend des voix et le son fantomatique d’une berceuse. Et bientôt, une mort brutale survient. Quels secrets cache ce village ? Jusqu’où iront ses habitants pour les protéger ?
Le maître du polar islandais, Ragnar Jónasson, est devenu l’un des romanciers internationaux les plus reconnus. Et c’est en France, un pays qu’il aime profondément, qu’il remporte le plus grand succès : plus d’un million de livres vendus. Il est l’auteur de la série mettant en scène l’enquêteur Ari Thór (dont le roman-phénomène Snjór) et de la trilogie à succès « La Dame de Reykjavík ». Grand lecteur d’Agatha Christie, il a aussi traduit la plupart de ses romans en islandais.
Citations

« Il fallait supporter l’hiver, l’obscurité, le froid, le climat hostile. Ce vent humide, souvent très violent. Pas d’endroit où s’abriter. Et lorsque la neige venait s’y ajoutait, c’était un véritable enfer. Vous le découvrirez bien assez tôt. »

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« Dans la pénombre environnante, il émanait de l’église une aura toute solennelle. Avec ses fenêtres illuminées de bougies, elle rappelait à Una la miniature que sa mère sortait toujours au moment des fêtes, simple et blanche et dans laquelle on pouvait glisser une ampoule afin qu’elle scintille tout le mois de décembre. »

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« Les yeux fermés », Chris Bohjalian

Les yeux fermés, Chris Bohjalian. Cherche-Midi Éditeur, mai 2021, 368 pages.

Au fil des ans, je lis de moins en moins de polars au profit de la littérature blanche. Cependant, le roman policier est un genre littéraire que j’aime beaucoup, tout particulièrement – vous vous en doutez – le thriller psychologique.

J’ai découvert Chris Bohjalian en 2017, avec son roman policier, « l’imprévu », que j’avais beaucoup apprécié. L’auteur montrait un don tout particulier pour balader son lecteur et le mener par le bout du nez jusqu’au dénouement final inattendu. J’avais donc hâte de lire ce nouveau polar !

L’histoire s’ouvre sur la disparition d’Annalee Ahlberg, une femme bien sous tous rapport, mère et épouse comblée. En apparence, seulement. Parce qu’Annalee souffre de crises de somnambulisme. Dès lors, sa disparition revêt un caractère étrange et suscite de nombreux questionnements, notamment sur les circonstances de sa disparition. Les mois passent et Annalee est toujours introuvable. Est-elle morte, noyée dans la Gale, ce cours d’eau qui s’écoule non loin du domicile conjugal ? Ou aura-t-elle fait une mauvaise rencontre lors de sa sortie nocturne ?

Si son mari, Warren, semble convaincu que sa femme est morte noyée, ses filles, quant à elles, se posent de nombreuses questions et tentent coûte que coûte de démêler le vrai du faux. A mesure que la vie d’Annalee nous apparaît de plus en plus complexe, ce sont également tous les secrets des autres membres de la famille qui seront déterrés… pourtant, toute vérité n’est peut-être pas bonne à dire.

Si j’ai été moins emballée par ce roman que par son précédent, j’ai beaucoup aimé en apprendre davantage sur le somnambulisme. 

L’auteur a fait un réel travail de recherches sur le sujet et j’ai énormément aimé découvrir plus en détail cette pathologie dont, finalement, je ne connaissais que très peu de choses.

Au-delà de ça, j’ai été assez dérangée par la trame narrative du roman : écrit à la première personne du singulier – par la fille aînée d’Annalee – j’ai été dérangée par la distance que la narratrice met entre sa mère et elle, ce qui à mon sens, amène une certaine froideur au récit et m’a empêché de me sentir réellement impliquée dans l’histoire. Ainsi, je n’ai ressenti d’empathie pour aucun des personnages… et c’est fort dommage.

Je ne dirais pas que je n’ai pas aimé… mais je ne peux pas vous dire non plus que je n’ai pas été déçue.

Résumé éditeur

La disparition d’Annalee Ahlberg est inquiétante. Atteinte de somnambulisme, ce n’est pas la première fois que cette jeune mère bien sous tous rapports quitte sa maison au milieu de la nuit. Mais cette fois, elle n’est pas revenue. Lorsqu’on retrouve la chemise de nuit d’Annalee près d’une rivière, son mari Warren et ses deux filles se préparent au pire. Très vite cependant, des questions surgissent. Pourquoi n’était-elle atteinte de ses fameuses crises de somnambulisme que lorsque son mari était absent ? Où est le corps ? Si la vie d’Annalee semble soudain plus complexe et mystérieuse qu’au premier abord, il apparaît bientôt que les autres membres de la famille ont eux aussi des secrets et beaucoup de choses à se reprocher…

À la façon des Apparences de Gillian Flynn, Chris Bohjalian tisse une intrigue perverse et captivante. En véritable magicien, il nous tient en haleine de la première à la dernière page jusqu’au coup de théâtre final qui place le livre au niveau des plus grandes réussites du genre.

Extrait

« Mon père faisait partie d’une longue lignée d’écrivains de Nouvelle-Angleterre à entretenir une vision romantique des Red Sox. Lorsque j’étais au lycée, il m’avait expliqué que cet amour venait du rêve chimérique que caressait cette équipe de battre un jour celle des Yankees et d’ainsi remporter la World Series ; le fait qu’ils soient si souvent près du but ne faisait que renforcer leur attrait. »

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« Ce n’était pas de la perspective que mes parents deviennent vieux ou infirmes dans dix ou vingt ans qu’il était question, mais du moment présent ; de la réalité de la disparition de ma mère et de la possibilité que ma vie soit sur le point de connaître des changements auxquels je n’étais pas préparée, moralement ou mentalement. J’étais, me suis-je rendu compte, effrayée. Terrifiée. Prête à chercher du réconfort partout où j’avais une chance d’en trouver. Même infime. »

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« Les aveux », John Wainwright

Les aveux, John Wainwright. Éditions Sonatine, novembre 2020, 208 pages.

Il s’appelle Herbert Grantley, il est pharmacien dans une petite bourgade anglaise. Une pharmacie qui se transmet de père en fils, à des hommes respectables, de ceux que l’on estime pour leur travail auprès de la communauté. Oui, Herbet est un homme respecté, ici.

Pourtant, ce soir, il est allé de son propre chef au commissariat pour confesser un trop lourd poids sur ses épaules. Il le traîne depuis un an, ce fardeau. Il pèse trop lourd, il doit s’alléger. Alors, il est allé au commissariat. Dire qu’il avait tué sa femme. Un empoisonnement.

Si son histoire tient debout, l’inspecteur-chef Lyle n’y croit pas un seul instant. Pourquoi diable venir se dénoncer un an après les faits, lorsque l’on est un homme si respecté de ses pairs et que le meurtre – s’il est avéré – ne pourrait qu’éclabousser son aura ?

Commence alors un long face-à-face entre les deux hommes. Un vrai du chat et de la souris, mais assis autour d’un bureau. Une joute verbale, en quelques sortes. Et que le plus futé des deux gagne !

Dans ce huis-clos troublant, Herbert sera amené à nous parler de son existence, sa vie de couple, puis de famille. Les relations se délitent, les amours se perdent, les liens sont toxiques… jusqu’à la révélation finale, ultime acmé de cette effroyable nuit qui marquera à jamais les vies de nos deux protagonistes.

Un thriller psychologique à la tension palpable, qui vous mettra mal à l’aise. En bref, un très bon polar !

Résumé éditeur

 » Vous êtes ici pour confesser le meurtre de votre femme.
– Exact.
– Il va falloir me convaincre. « 

Années 1980. Pharmacien respecté d’une petite ville anglaise, Herbert Grantley se présente un beau jour au commissariat pour confesser le meurtre de sa femme, morte un an plus tôt de causes réputées naturelles. Il déclare à l’inspecteur-chef Lyle l’avoir empoisonnée. Une version de l’histoire qui semble parfaite. Sauf que l’inspecteur-chef Lyle n’y croit pas. Mais si Grantley n’est pas coupable, pourquoi vient-il avouer ainsi ? C’est le début d’un long face-à-face entre les deux hommes.

Un inspecteur et un suspect dans un bureau : John Wainwright reprend ici en l’inversant le dispositif qu’il avait adopté dans son roman À table ! (Gallimard, 1980), dont Claude Miller a tiré Garde à vue. C’est cette fois au suspect de prouver à l’inspecteur dubitatif qu’il est coupable. Entre Le Chat et Les Fantômes du chapelier, un roman plus simenonien que jamais.

Citations

« Je commence à me demander si je parle à un meurtrier ou à un fou. Ou bien à un crétin content de lui ? À un cas d’école pour la psychiatrie ? Ou alors à un salaud de pervers assez tordu pour vouloir me faire perdre mon temps ? »

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« Elle aussi aimait notre fille, je savais qu’elle s’inquiétait mais elle n’avait pas cette foi inébranlable en Jenny. Elle l’aimait moins que moi je l’aimais. Beaucoup moins et de très loin… »

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« Contagion », Lawrence Wright

Contagion, Lawrence Wright. Éditions Cherche-midi, mars 2020, 464 pages.

Lawrence Wright a dit de ce texte qu’il l’avait écrit comme un avertissement ; pourtant force est de constater que quelques mois à peine après sa sortie en VO, son récit prend des airs de roman d’anticipation.

Tout commence en Asie, lorsqu’une cinquantaine de personnes, enfermées dans un camp de fortune, succombe à une mystérieuse fièvre. Rapidement, Henry Parsons – brillant épidémiologiste – est envoyé sur le terrain et découvre un virus dont le niveau de contagion atteint des sommets. En l’espace de quelques semaines, le virus se propage dans le monde entier, entrainant dans son sillon l’effondrement de toutes les institutions telles que nous les connaissons aujourd’hui…

Au-delà de l’histoire – que j’aurai trouvée complètement ahurissante sans notre contexte sanitaire actuelle – ce roman est un véritable plongeon dans le monde scientifique, et plus particulièrement dans le mode de fonctionnement des virus, que nous offre l’auteur. Il décrit avec brio la course scientifique qui se met en place, face à l’émergence d’un virus jusqu’alors inconnu, ainsi que la recherche pour trouver un vaccin… non sans oublier de mentionner les enjeux politiques et financiers que cela représente.

Si, au départ, j’étais frileuse quant à la lecture de ce polar quasiment prophétique, j’ai passé un agréable moment de lecture, notamment parce qu’au fil des pages, l’auteur ne décrit que très peu l’hécatombe humaine que l’émergence du virus amène, mais se concentre plutôt sur l’histoire des épidémies et des virus, offrant ainsi une dimension presque ludique à son roman.

Résumé éditeur

En Asie, 47 personnes succombent à une fièvre mystérieuse. Envoyé sur place par l’OMS, Henry Parsons, épidémiologiste de renom, découvre à quel point le virus est contagieux. Lorsqu’il apprend qu’un homme contaminé est en route vers La Mecque, où des millions de musulmans vont être rassemblés pour le pèlerinage annuel, c’est le début d’une course contre la montre pour enrayer l’épidémie. Mais, en quelques semaines seulement, le monde entier est touché et sombre dans une crise sans précédent. La maladie se propage, mettant à mal les institutions scientifiques, religieuses et politiques, et décimant une partie de la population. Trouvera-t-on la solution à temps ?

Électrisant, hallucinant et, en un sens, historique, ce thriller hors norme, qui rappelle les meilleurs ouvrages de Michael Crichton, nous propose une expérience peu commune. Conçu comme un roman d’anticipation, il a cessé d’en être un au moment même de sa parution, prenant ainsi une étrange allure prophétique. En plus d’une intrigue d’une efficacité et d’un réalisme saisissants, Lawrence Wright, prix Pulitzer, nous offre ici une exploration fascinante des épidémies, de leur histoire et de leur prévention.

Extrait

« D’après leurs calculs, plus de huit cent millions de virus se déposaient chaque jour sur le moindre carré de la surface terrestre. La plupart d’entre eux s’attaquaient uniquement aux bactéries, et non aux humains. On estimait le nombre total de virus sur la planète cent millions de fois supérieur au nombre d’étoiles dans l’univers. »

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«Peu importait à quel point on faisait attention en les manipulant, les virus échappaient parfois au confinement du laboratoire. Même au CDC, l’un des labos les lus surveillés du monde, quatre-vingt-quatre scientifiques – dont Henry – avaient été exposés à une souche vivante du bacille du charbon, supposément rendue inactive. La variole s’était échappée de laboratoires anglais à plusieurs reprises, causant la mort de quatre-vingts personnes au total. La négligence représentait une menace sous-estimée envers la civilisation. »

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« Disparaître ici », Kelsey Rae Dimberg

Disparaître ici, Kelsey Rae Dimberg. Cherche Midi Éditeur, octobre 2020, 480 pages.

Finn est la baby-sitter d’Amabel, la petite-fille du célèbre sénateur de l’Arizona, Jim Martin. Cela fait quelques années maintenant qu’elle s’occupe d’Amabel au quotidien, développant pour cette dernière une infinie tendresse et, par la même occasion, une certaine dévotion pour Philippe et Marina, ses parents. Si lorsqu’Amabel lui dit être suivie par une femme rousse, elle doute de la véracité des propos de l’enfant, Finn ne tarde pas, elle aussi, à remarquer cette étrange rouquine. Petit à petit, Finn verra son monde vaciller et alors qu’elle se mettra en tête de découvrir les raisons des errances de cette rouquine autour de la famille Martin, elle touchera du bout des doigts les zones d’ombre qui accompagnent le pouvoir, l’argent et la politique. Pour le meilleur, comme pour le pire.

Véritable page-turner, ce polar maitrise parfaitement les codes du genre. J’ai particulièrement aimé l’ambiance que l’auteure arrivait à distiller dans le premier tiers du roman : une atmosphère poisseuse, malsaine, qui met mal à l’aise et laisse un arrière-goût de danger imminent.

En choisissant de situer son intrigue dans le milieu de la politique, Kelsey Rae Dimberg dévoile un monde dans lequel l’apparence est primordiale pour une levée de fonds fructueuse et l’espoir d’un nouveau mandat, seul garant – finalement – du maintien d’un équilibre familial, d’un pouvoir et d’une toute-puissance grisantes. Un monde fait d’apparats et de corruptions. À l’instar de ses personnages, l’auteure nous manipule, jusqu’à l’aliénation.

En revanche, la fin m’a laissé un goût d’inachevé, d’ébauche – en quelque sorte. Trop vite expédiée, trop peu fouillée. Et je trouve cela d’autant plus frustrant que cette fin est, en elle-même, assez convaincante et cohérente.

Nul doute, cependant, que ce roman saura pleinement en contenter plus d’un et que Kelsey Rae Dimberg est une primo auteure pleine de potentiel, qui devrait faire parler d’elle.

Résumé éditeur

Avec ce premier roman exceptionnel, Kelsey Rae Dimberg nous tend un véritable piège, propre à nous rendre aussi paranoïaque que son héroïne ! Petite-fille de Jim Martin, le tout-puissant sénateur de l’Arizona, Amabel, cinq ans, a l’impression d’être suivie par une mystérieuse femme rousse. Sa baby-sitter, Finn, a du mal à la croire jusqu’au moment où elle aussi remarque cette étrange présence. Qui est cette femme ? En veut-elle à Amabel ou bien plutôt à Finn, dont le passé est plus obscur qu’elle ne le prétend ? Ou bien est-ce la famille du sénateur qui est visée, en particulier son fils, Philippe, dont l’existence a été marquée par un mystérieux drame ? Telles sont quelques-unes des questions que l’on se pose à peine passée la dixième page du livre.
Et ce n’est que le début de cette véritable leçon de suspens au centre de laquelle se tient Finn, jeune femme attirée par un monde de lumière, qui va peu à peu se perdre dans ses zones d’ombre. Douée d’une habileté confondante à manipuler le lecteur, Kelsey Rae Dimberg nous tient en haleine du début à la fin de ce récit palpitant dans lequel elle dissèque d’une main de maître le monde du pouvoir, sa corruption et sa volonté de garder à tout prix ses secrets à une époque où tout doit pourtant être public.

Extrait

« Je découvrais combien une campagne électorale pouvait être oppressante de l’intérieur, le déluge de condamnations, le moindre fait passé à la loupe. »

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« Le sénateur posa une main sur son épaule, lourde et pesante sur ce petit corps. Les flashs crépitèrent. La photo adoucirait son image, rappellerait au peuple qu’en dépit de décennies de bons et loyaux services à Washington, l’homme restait, avant tout, un père de famille. »

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« Fermer les yeux », Antoine Renand

Fermer les yeux, Antoine Renand. Éditions La Bête Noire, mars 2020, 464 pages.

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai découvert Antoine Renand lors de son entrée fracassante dans la littérature noire, avec son premier roman, L’empathie, un polar dérangeant et mené tambour battant, du début à la fin. J’ai attendu ce deuxième roman avec beaucoup d’impatience et – il faut l’avouer – mes attentes étaient (très) hautes.

 

Tassi est un flic qui avait tout. Une femme, deux gamins, une carrière qui se profilait bien, de bons coéquipiers. Seulement, voilà, il aime bien picoler un peu. Et puis, un jour, il y a le verre de trop. Celui qui fait tout basculer. Depuis, Tassi a perdu tout ce qui faisait sa grandeur. Alcoolique notoire, on attend simplement la bourde de trop pour la mise à pied définitive.

Un jour, en 2005, Justine, sept ans, disparaît sans laisser de trace dans un petit village en Ardèche. Rapidement, une battue se met en place et tous les habitants y prennent part. Quelques heures plus tard, le gendarme Tassi la découvre et coince l’assassin par la même occasion. Néanmoins, les apparences sont parfois trompeuses et le coupable idéal n’est pas forcément coupable pour autant. Et quand, quinze ans plus tard, Tassi se rend compte qu’il a peut-être envoyé un innocent en prison, il décide de déterrer la vérité, coûte que coûte. Avec l’aide d’Emma, la jeune avocate du dit-innocent et de Nathan, le plus grand spécialiste des tueurs en série, Tassi tentera de débusquer celui qui, depuis plus d’une décennie, semble agir en toute impunité, au nez et à la barbe des policiers.

 

Comme pour son premier roman, Antoine Renand n’épargne pas ses lecteurs de scènes et de descriptions assez gores. Alors, âmes sensibles, abstenez-vous ! L’histoire est bien ficelée et les rebondissements nombreux, le lecteur est loin de s’ennuyer. Cela va de soi : le suspense est au rendez-vous.

Les personnages sont fouillés, ce qui leur donne une dimension très concrète, ancrée dans notre réalité. La psychologie n’est pas mise de côté, bien au contraire. Oui, décidemment, Antoine Renand sait donner de l’épaisseur à ses personnages.

 

Un deuxième roman qui confirme donc, selon moi, le potentiel de cet auteur à nous raconter des histoires bien gores et torturées… j’attends le prochain avec impatience.

Résumé éditeur

Un enquêteur à la retraite, hanté par une erreur qu’il estime avoir commise quinze ans plus tôt.
Un jeune auteur, considéré comme le plus grand spécialiste français des tueurs en série.
Une brillante avocate, dévouée à la défense d’un homme victime, selon elle, d’une effroyable injustice.
Ensemble, ils devront débusquer le plus insaisissable des prédateurs.

2005. Dans un village perché d’Ardèche, la petite Justine, sept ans, disparaît.
Rapidement, les habitants s’organisent et lancent des battues dans la nature environnante.
Les recherches se prolongent jusque tard dans la nuit mais ce n’est qu’au petit matin que le gendarme Tassi découvre quelque chose…

Extrait

« Ses parents avaient mis Justine en garde, plusieurs fois. Mais il est difficile pour un enfant de sept ans de s’opposer à l’autorité d’un adulte; tout autant que d’identifier ses mensonges. »

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« Dans l’un des tiroirs de sa commode, sous une pile de vêtements, il choisit un survêtement avec capuche, en coton ouaté, aussi doux qu’une caresse; tout ce qu’il désirait était s’enfermer chez lui pendant des jours, sous une couverture, devant la télévision. Lire des romans, regarder des séries, ne plus répondre à ses e-mails ou à son téléphone. »

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