« Sale bourge », Nicolas Rodier

Sale bourge, Nicolas Rodier. Éditions Flammarion, août 2020, 213 pages.

L’écriture est ciselée, hachée menu. C’est épuré à la perfection. À l’image de cette famille bourgeoise, bon chic bon genre. La façade est lisse. Rien ne dépasse. Après tout, l’habit fait le moine, n’est-ce pas ?

Pourtant, derrière les jupes plissées et les cravates, on doit filer droit. Naître dans une bonne famille, ça se paye, fiston. Tu finis pas tes légumes ? Maman va te plonger la tête dans l’assiette. Tu vas voir, tu vas les finir tes légumes, mon fils.

Parce qu’aucun écart n’est toléré, aucune sortie de route, la violence devient légitime. C’est pour leur bien. Ils remercieront leurs parents, dans quelques années. Quand, eux aussi, devront faire bonne figure. À tout prix.

Pierre, lui, a désormais bien grandi. Et puisqu’il a été élevé ainsi, il n’a pas hésité à claquer sa femme. Il a frappé. Comme il a été frappé. Mimétisme de merde. On reproduit, à l’infini, ce que l’on a vécu. Ainsi va la vie.

Le roman de Nicolas Rodier nous présente une famille, pas si bien sous tous rapport. Derrière le col Claudine de maman, il y a ce manque d’amour flagrant. Peut-être ne savent-ils pas aimer. Peut-être ne sont-ils pas capables de l’exprimer. Mais les conséquences sont là. Les mains prennent le relai. Qui aime bien, châtie bien. Dans la famille de Pierre, on doit s’aimer énormément, alors. S’aimer à en perdre la raison.

 

213 pages qui mettent mal à l’aise. Qui questionnent. Qui montrent l’autre facette des violences domestiques. C’est osé, et pourtant essentiel. Il ne s’agit pas, ici, de trouver quelconque excuse à un comportement impardonnable. Mais c’est une tentative d’explication, de compréhension d’un mécanisme vicieux, d’un engrenage sans fin.

Après avoir terminé ce roman, j’avais un goût d’inachevé, comme si une partie manquait, pour donner une vraie profondeur à ce récit. Et pourtant, voilà un mois que je l’ai lu, et j’y pense toujours autant. Alors, puisqu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis : finalement, ce roman est abouti. Oui. Son goût d’inachevé, c’est la vie. Dans toute sa splendeur.

À lire. Assurément.

Résumé éditeur

Pierre passe la journée en garde à vue après que sa toute jeune femme a porté plainte contre lui pour violences conjugales. Pierre a frappé, lui aussi, comme il a été frappé, enfant.
Pierre n’a donc pas échappé à sa « bonne éducation » : élevé à Versailles, il est le fils aîné d’une famille nombreuse où la certitude d’être au-dessus des autres et toujours dans son bon droit autorise toutes les violences, physiques comme symboliques. Pierre avait pourtant essayé, lui qu’on jugeait trop sensible, trop velléitaire, si peu « famille », de résister aux mots d’ordre et aux coups. Comment en est-il arrivé là ?
C’est en replongeant dans son enfance et son adolescence qu’il va tenter de comprendre ce qui s’est joué, intimement et socialement, dans cette famille de « privilégiés ».

Dans ce premier roman à vif, Nicolas Rodier met en scène la famille comme un jeu de construction dont il faut détourner les règles pour sortir gagnant.

Extrait

« La famille est un mot d’ordre, quelque chose qui s’impose à nous. »

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« Liv Maria », Julia Kerninon

Liv Maria, Julia Kerninon. Éditions L’Iconoclaste, août 2020, 288 pages.

Liv Maria est une fille de l’île. Elle n’a connu que ça, ce bout de terre encerclé d’eau. Et puis, un jour, sa mère l’expédie sans appel à Berlin, chez la sœur de son père. Sur le continent, alors âgée de dix-ans, Liv Maria rencontre son premier grand amour, Fergus. Il est professeur d’anglais, elle est étudiante, ils sont tous les deux dans un pays étranger. Le temps passe, Fergus rentre chez lui. Il promet de lui donner des nouvelles. Il ne le fera jamais. Entre temps, sur l’île, les parents de Liv Maria décèdent d’un accident de voiture.

 

Ainsi orpheline, Liv Maria décide de s’envoler pour l’Amérique latine. Là-bas, elle vivra une vie d’aventurière, de femme libre et affranchie. Jusqu’à sa rencontre avec Flynn, avec qui elle se marie et part s’installer en Irlande. Ensemble, ils auront deux fils. Pourtant, Liv maria reste une femme libre et affranchie de toute contrainte. À la fois insaisissable, plein de fougue et d’intensité. Liv Maria reste un mystère. Intérieurement, pourtant, Liv Maria se bat chaque jour contre ce secret qui la ronge. Un secret qui ferait partir en fumée son cocon familial et qui, pourtant, s’il était dévoilé, lui permettrait d’être à nouveau elle-même, entièrement.

 

D’une plume délicate et contemporaine, Julia Kerninon dresse un portrait d’une femme profondément indépendante et résiliente, rattrapée par son passé.

C’est un récit de l’intime, la vie d’une femme qui se demande si elle doit s’oublier par amour, qui se questionne sur la nécessité, ou non, de dire la vérité, toute la vérité, et rien que la vérité

 

Un roman à découvrir et à ne pas manquer !

Résumé éditeur

Son nom est Liv Maria Christensen. Enfant solitaire née sur une île bretonne, entre une mère tenancière de café et un père marin norvégien. Envoyée subitement à Berlin à l’âge de 17 ans, elle tombe amoureuse de son professeur d’anglais. Le temps d’un été, elle apprend tout. Le plaisir des corps, l’intensité des échanges. Mais, à peine sortie de l’adolescence, elle a déjà perdu tous ses repères. Ses parents décèdent dans un accident, la voilà orpheline. Et le professeur d’été n’était peut-être qu’un mirage. Alors, Liv Maria s’invente pendant des années une existence libre en Amérique latine. Puis, par la grâce d’un nouvel amour, elle s’ancre dans une histoire de famille paisible, en Irlande. Deux fils viennent au monde. Mais Liv Maria reste une femme insaisissable, même pour ses proches. Comment se tenir là, dans cette vie, avec le souvenir de toutes celles d’avant ?

Julia Kerninon brosse le portrait éblouissant d’une femme marquée à vif par un secret inavouable. Et explore avec une grande justesse les détours de l’intime, les jeux de l’apparence et de la vérité.

Extrait

« Mais le contraire d’oublier, Liv Maria, ce n’est pas se souvenir – c’est apprendre. »

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« Son père était un lecteur, et il avait fait de sa fille unique une lectrice. Sa mère lui apprendrait la dureté et le silence, ses oncles lui apprendraient la pêche et la conduite, mais d’emblée, le plus tôt possible, son père lui avait appris à lire. »

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« Je suis mère, je suis menteuse, je suis une fugitive, et je suis libre. »

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« La dislocation », Louise Browaeys

La dislocation, Louise Browaeys. Éditions Harper Collins, Collection Traversée, août 2020, 320 pages.

Elle sort de l’hôpital. Elle. L’encéphalogramme de ses souvenirs est plat. Complètement plat. Elle ne se souvient même pas de son nom. Amnésie totale. Les psychiatres – elle les hait de tout son être – disent que la situation est peut-être réversible. Mais peut-être pas. En tous cas, tous s’accordent pour dire que le choc traumatique a dû être d’une intensité colossale pour que les dégâts psychiques soient si importants.

 

Elle. Elle n’a plus rien. Elle est dépossédée de tout. Elle pourrait bien découvrir son nom en le lisant sur sa carte vitale, mais elle veut s’en souvenir seule. C’est son défi personnel. Pour le reste, elle compte sur les quelques personnes qui l’entourent. Il y a K, son ami et ange-gardien ; Wajdi, qui lui fera voir la vie autrement, qui la marquera à jamais. Et puis, il y a Emilie, qu’elle rencontre alors qu’elle a décidé de partir pour la Bretagne. Avec eux, elle va tenter de se reconstruire, de recoller les morceaux et, peut-être, enfin, de retrouver la mémoire.

 

La dislocation est un roman inclassable, je crois. L’atmosphère est particulière, comme ouatée. A l’image des souvenirs de cette femme anonyme, qui tente de se raccrocher à la vie, comme elle peut. Plein d’espoir et d’humanité, ce roman ne manque pas non plus d’humour. Sa singularité ne vous laissera pas indifférent, j’en suis certaine.

Louis Browayes met en avant des personnages atypiques, à la fois hors du temps et hors du commun. Pourtant, en mêlant habilement féminisme, écologie et tragédie, l’auteure signe ici un premier roman plus que jamais ancré dans l’air du temps.

J’ai beaucoup, beaucoup aimé.

Résumé éditeur

Une jeune femme sort de l’hôpital, dépossédée de son identité et de son passé.

Elle voue une haine farouche aux psychiatres, fréquente les magasins de bricolage.

Il lui arrive même de crever les pneus des voitures

Temporairement amnésique, absolument indocile, elle veut repeupler sa mémoire et pour cela, doit enquêter Un homme va l’y aider, sans rien lui souffler Camille, dit K, ami et gardien d’un passé interdit

Le souvenir d’un désert entouré de vitres, une fonction exercée au ministère de l’Agriculture,

une bible restée ouverte au chapitre du Déluge forment un faisceau d’indices de sa vie d’avant Quelques démangeaisons et une irrépressible envie de décortiquer le monde et les êtres qu’elle croise hantent ses jours présents.

Sa rencontre avec Wajdi, envoûtant et révolté, marquera son cœur et son esprit Ce sera avant de gagner la Bretagne et, peut être, de parvenir à combler les énigmes de son histoire prise au piège de l’oubli.

Extrait

« On doit. On doit. On doit. Avant, c’était mieux, on se doigtait. »

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« On ne guérit pas de sa non-appartenance au monde. »

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« Maman avait aussi écrit : les raisons que l’on a de vivre sont précisément celles qui nous poussent à mourir. Démerdez-vous avez ça. »

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« Les jours aimés », Anne-Sophie Faivre Le Cadre

Les jours aimés, Anne-Sophie Faivre Le Cadre. Éditions Anne Carrière, mai 2020, 192 pages.

Constance s’est fait une promesse : jamais elle ne laissera sa grand-mère adorée finir ses jours dans un hospice. Impossible. Hors de question. Elle l’aime trop pour la voir évoluer dans un mouroir.

 

Seulement, voilà, des quelques décennies plus tard, la vie de Constance a évolué. Aujourd’hui, elle vit en Afrique, avec son compagnon, sa vie professionnelle l’accapare et ne lui laisse que peu de temps pour retourner en France et passer quelques jours auprès de celle qui l’aura élevée et lui aura tant appris.

 

Il faut dire que la grand-mère de Constance, elle est absolument incroyable, prête à tout pour l’épanouissement et le bonheur de sa petite-fille. La grand-mère de Constance, c’est un peu la grand-mère que tout le monde voudrait avoir : moderne et délicieusement féministe, avec une tendance à apprécier tout ce qui est déraisonnable. Constance veut fuguer et aller sur les traces de Georges Sand ? Qu’à cela ne tienne, elle la couvrira auprès de ses parents. « On a qu’une vie, ma chérie, après tout ! Profitons-en au maximum », tel pourrait être sa devise, à cette grand-mère hors du commun.

 

Le temps de quelques jours, Constance va se retrouver auprès de sa grand-mère. Et, avec ses retrouvailles, c’est le voile de tout l’amour que les deux femmes se portent l’une à l’autre, qui se lève. Un amour qu’elles n’arrivent pas à exprimer. Constance, elle, voudrait tant y arriver. Lui dire à quel point sa vie n’est que plus belle, avec elle dedans. Mais les mots ne sortent pas, c’est trop dur. Dire « je t’aime », c’est difficile, bordel. Alors, la parole laisse place aux silences. Et dans ces silences, c’est tout leur amour qui hurle. Qui hurle à vous en faire mal aux tympans.

 

Dans ce roman aux airs autobiographiques, l’auteure nous parle de ces amours familiaux, ceux qui dépassent toutes les frontières. De ces amours qui font battre nos cœurs plus vite… ou qui font que ces derniers, justement, manquent un battement. Le manque, l’amour, la famille.

Anne-Sophie Faivre Le Cadre nous livre un récit d’une grande justesse émotionnelle, à la fois touchant, sensible et feutré. À l’image de l’amour que se portent mutuellement ces deux femmes.

Un roman à découvrir et à savourer.

Résumé éditeur

Enfant, Constance s’était fait une promesse : ne jamais enfermer sa grand-mère dans un hospice, ne pas la laisser dans la solitude de sa maison. Rester aux côtés de cette femme résolument moderne, féministe, bienveillante, courageuse, qui l’a élevée seule avec une dévotion et une compréhension infinies. N’a-t-elle pas couvert une fugue sur les pas de George Sand ? fermé les yeux sur ses frasques adolescentes ? confié que les femmes n’avaient pas besoin des hommes pour s’en sortir ? Il semble inconcevable de l’abandonner à l’aube de ses quatre-vingt-quatorze ans. Pourtant, pour la petite fille d’autrefois qui vit désormais sur un autre continent, il n’est pas si facile de respecter ses engagements…

Extrait

« J’ai les yeux dans le vague et fixe les rosiers qui rampent aux lézardes des murs. Nous sommes incapables de nous dire quoi que ce soit, chaque parole aurait des atours de linceul. »

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« Les mots se dérobaient après quelques lignes, je craignais de froisser les vivants et de froisser les morts. »

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« Jolis, jolis monstres », Julien Dufresne-Lamy

Jolis, jolis monstres, Julien Dufresne-Lamy. Éditions Belfonde, août 2019, 416 pages.

Bienvenue dans un monde fait de paillettes, perruques, talons hauts, fard à paupières et boas. Un monde de la nuit, où chacun et chacune scintille. Un monde dans lequel on ne prend rien au sérieux. Enfin, en apparence, mon lapin !

 

Parce que, derrière le monde du drag, il y a la réalité, parfois sordide et cruelle. Dangereuse et inquiétante. Au début des années 80, James est l’une des plus belles drag-queens de New-York. Tout le monde se l’arrache. Il faut dire que Lady Prudence a du style. Elle a appris avec les meilleures, tout en développant son drag, pour devenir la reine des soirées new-yorkaises underground.

 

Quand trente ans plus tard, James devient le mentor de Victor, il lui raconte cette époque de strass et de faste, lui apprend à devenir un drag, un vrai. A devenir un sublime monstre. Mais il lui raconte aussi la menace, grandissante, de cette maladie inconnue. Celle que l’on appelait la maladie des homosexuels, au début. Celle qui était sur toutes les lèvres, dont on ne pouvait pas prononcer le nom, puisque de nom, elle n’en avait pas encore. Il lui raconte les soirées endiablées qui se poursuivent jusqu’au petit matin et la mort de nombreux de leurs amis, qui vient ternir la brillance de leurs soirées. Pour Victor, Lady Prudence revient avec passion et amour sur les trois décennies les plus importantes de sa vie.

Avec « Jolis jolis monstres », Julien Dufresne-Lamy nous ouvre les portes d’un monde incroyablement beau. Un monde monstrueux, pour certain, un monde fait de « fous à électrocuter. Alors que d’autres pensent que l’on est les plus belles choses de ce monde. » C’est un roman magnifique, à la fois très sensible et empli d’humour.

N’hésitez plus un seul instant, joignez-vous à ces joyeux et splendides monstres, et découvrez un hymne à l’ouverture d’esprit, aux réjouissances, à l’amour… une ode à la vie, tout simplement.

Résumé éditeur

« Certains disent qu’on est des monstres, des fous à électrocuter.
Nous sommes des centaures, des licornes, des chimères à tête de femme.
Les plus jolis monstres du monde. »

Au début des années sida, James est l’une des plus belles drag-queens de New York. La légende des bals, la reine des cabarets, l’amie fidèle des club kids et des stars underground. Quand trente ans plus tard il devient le mentor de Victor, un jeune père de famille à l’humour corrosif, James comprend que le monde et les mentalités ont changé.

Sur trois décennies, Jolis jolis monstres aborde avec finesse et fantaisie la culture drag, le voguing et la scène ballroom dans un grand théâtre du genre et de l’identité. Au cœur d’une Amérique toujours plus fermée et idéologique, ce roman tendre mais bruyant est une ode à la beauté, à la fête et à la différence. Une prise de parole essentielle.

Extrait

« Tu sais, Victor, le monde te voit comme un parjure. Le monde t’en veut. C’est normal. Tu vis dans une culture viriliste où la masculinité est une monnaie d’échange qui vaut plus que l’or. En mettant une robe, tu commets le plus grand acte de trahison possible. »

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« On nait tous nu, le reste c’est du drag, mon lapin. »

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« Donne-moi des fils ou je meurs », Maud Jan-Ailleret

Donne-moi des fils ou je meurs, Maud Jan-Ailleret. Éditions Grasset, mai 2019, 208 pages.

Laure et Antoine sont follement amoureux et ont, en apparence, une vie merveilleuse. Ils se sont rencontrés à la fac. Lui est journaliste et parcours le monde, elle travaille dans un cabinet de conseil. Ils sont proches de leurs familles respectives, viennent d’acheter un appartement en plein Paris. Bref, Laure et Antoine, c’est un couple à qui tout réussi.

 

Laure tombe enceinte. Une fois, deux fois, trois fois. Et à chaque fois, le couperet tombe. Il n’y aura pas de naissance, pas de terme. Il n’y aura pas de premier anniversaire. Exit la vie à trois. Et chaque fois, c’est l’insoutenable. Laure se meurt, à petit feu. Sans enfant, sa vie n’a aucun sens. Elle veut la porter, la vie. Lui donner naissance, entendre son premier cri. Mais la vie peut-être une garce et la génétique une belle saloperie.

 

Ensemble, ils affrontent l’impensable, l’horreur. A trois reprises. Antoine s’exprime peu, il souffre en silence. Alors que Laure, elle, a ce besoin viscéral de décharger sa colère. Celle de ne pas pouvoir tenir ce rôle si précieux à ses yeux. Le rôle de sa vie, finalement. Et puis, la colère face à ses proches qui ne semblent pas comprendre le raz-de-marée qu’elle et Antoine ont traversé. Les raz-de-marée. Et puis la honte, terrible, incessante, incommensurable. Honte de ne pas être en mesure de porter la vie, honte de ressentir autant de jalousie envers ses proches qui, eux, ont droit à des enfants.

Véritable cri de détresse d’une femme en manque d’enfant, Donne-moi des fils ou je meurs est un roman percutant. L’histoire d’un couple en souffrance, qui étouffe de tristesse. Le manque est là, palpable, dans chaque phrase, chaque ligne.

Maud Jan-Ailleret signe un roman puissant et sans tabou sur la douleur abyssale qui s’installe face à l’impossibilité de procréer. C’est un immense coup de cœur.

Résumé éditeur

Laure et Antoine s’aiment depuis la fac et suivent ensemble l’itinéraire tracé des couples heureux et bien lotis. Il est journaliste, elle travaille dans un cabinet de conseil, ils viennent d’acheter un appartement à Paris. Il a perdu son père jeune, comme elle sa mère, mais ils sont entourés par une famille nombreuse qui se réunit chaque été à Saint-Lunaire, dans la propriété de Laure, pour s’aimer, rire et se détendre. Tout bascule quand l’étape suivante de ce parcours leur est soudain barrée : avoir un enfant. Leur premier bébé meurt à trois mois in utero, le deuxième, quelques mois mois plus tard, au même âge, in utero encore, et sans explication. La toile commence à se déchirer : Laure s’enferme dans le silence, la culpabilité, l’incompréhension ; Antoine dans le travail. L’été à Saint-Lunaire, personne ne parle ; dans la maison du bonheur, les drames ne sont pas invités. Pourtant le couple tient, s’accroche pour avancer. Mais au troisième décès, à plus de quatre mois de grossesse, les analyses désignent une coupable : Laure. Elle apprend qu’elle est porteuse d’une maladie génétique et qu’elle n’a que peu de chances d’avoir un enfant en bonne santé. Le rideau tombe et Laure se retrouve seule face à elle-même, incapable de faire le deuil de son désir d’être mère. Alors commence un parcours du combattant bien loin de l’horizon de bonheur espéré.
Inspirée de sa propre vie, Maud Jan-Ailleret déroule ici l’histoire d’une femme face à son corps et à son impuissance. Sans fard, elle raconte à travers le destin de sa narratrice une expérience que tant de femmes aujourd’hui endurent souvent sans en parler : les examens cliniques répétés, les curetages, bilans sanguins et autres analyses, la honte sociale face aux autres, celles ayant réussi à devenir mères, les familles heureuses qu’on envie, le malaise des proches autour, le couple qui s’étiole et la mort qui revient. Elle dit l’isolement et l’obsession folle, mais aussi le courage et la foi qu’elle ira puiser en elle et dans son couple pour se relever. Car malgré la douleur, c’est un texte aussi puissant que lumineux que l’auteur signe ici ; la formidable histoire d’amour d’un couple que le sort frappe sans abattre, le portrait d’une mère empêchée mais non moins femme, qui fera triompher la vie.

Extrait

« J’empoigne mon ventre, le tape, le massacre. Dieu, tu m’entends ? Tu veux quoi pour moi ? C’est quoi ton dessein ? Donne-moi des enfants, des fils, des filles, des mômes, des kids, des gosses. Donne-moi des enfants où je vais finir par crever. »

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