Le lamento de Winnie Mandela, Njabulo Ndebele. Éditions Actes Sud, novembre 2019, 224 pages.

Tout part de la référence à Pénélope. Elle attend, sagement. Et c’est ce qui la rend si vertueuse. Au moindre faux-pas, Pénélope passera de Sainte à femme légère. De vertueuse à dépravée. Bienvenue dans une société machiste.

À l’image de Pénélope, les quatre femmes sud-africaines que nous rencontrons dans ce court roman sont, elles aussi, dans l’attente. Du retour d’un mari, d’une demande de pardon, d’un nouveau départ. Ensemble, autour d’un thé, avec beaucoup d’humour et de vérités, elles racontent leurs doutes, leurs joies, leurs espoirs et leurs attentes. Elles se confient, se délient, se libèrent de cette société machiste dans laquelle elle se sentent emprisonnées. Ensemble, elles vont aller plus loin. Plus loin dans la compréhension, dans l’introspection, dans la remise en question.

Et puis, un jour, Winnie Mandela arrive.  C’est un jeu, juste pour rire. Et pourtant, grâce à elle, ces quatre femmes iront loin, si loin dans leurs méditations. Winnie Mandela, figure incroyable, publique, irremplaçable, de pouvoir.

En mêlant personnages de fiction et personnage de réalité, Njabulo Ndebele nous interroge sur les contours, bien souvent flous, entre réalité et fiction. Qu’est-ce qui est de l’ordre de la réalité ? Du faux ? Est-ce si facile à définir, finalement ? Ce qui est faux pour vous, l’est-il vraiment pour moi ?

 

Surtout, au-delà de ces nombreuses questions philosophiques, toutes plus intéressantes les unes que les autres, il y a l’image – centrale – de la femme Noire. Comment est-elle perçue ? Comment pense-t-elle être perçue par les autres ? Et elle, comment se perçoit-elle ?

C’est tout simplement magistral. Aussi bien au niveau de l’écriture que des questions soulevées. C’est brillant. C’est d’une finesse et d’une intelligence dignes de Toni Morrison. C’est un immense coup de foudre.

Résumé éditeur

Quatre femmes noires et sud-africaines forment une ibandla, une sorte de petite congrégation dans le cadre de laquelle elles se retrouvent, parlent de leur vie et du point commun qui les rassemble c’est à dire leur situation suite au départ de leur mari pour des raisons politiques, professionnelles ou sentimentales. Ces absences longues parfois même sans retour, font d’elles des femmes abandonnées qui attendent telle des Pénélope des temps modernes, des femmes en colère, mais aussi des femmes fortes qui s’amusent d’elles-mêmes et reconstruisent non seulement leur vie mais leur image au sein de la société sud-africaine sur laquelle règnent les hommes. Ainsi les quatre amies vont-elles imaginer que la plus impressionnante, la plus puissante des femmes seules d’Afrique du Sud: Winnie Mandela en personne, accepte leur invitation et se confie, se raconte, dans le cadre de l’ibandla la plus extravagante qui soit.

Extraits

« On lit la vie des autres, ça nous fait réfléchir, mais on ne songe jamais que nous, les lecteurs, pourrions écrire notre autobiographie et méditer sur nous-mêmes. Que nous pourrions être le sujet d’un livre, que nous pourrions nous observer et nous voir autrement car nous ferions alors l’objet d’une réflexion. Réfléchir en profondeur à un sujet suppose qu’on lui accorde plus d’importance. »

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« Il nous faut admettre en l’occurrence, que la société est une entité créée par les hommes avec l’ acquiescement des femmes. Les hommes ont fixé des lois, mais aussi la possibilité de les transgresser impunément pour autant qu’ils en bénéficient. »

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