Nature morte avec chien et chat, Binnie Kirshenbaum. Éditions Gaïa, février 2021, 288 pages.

La dépression est comme un vampire, elle vide l’autre de son âme de façon insidieuse et pernicieuse, jusqu’à ce qu’il n’en reste que l’ombre. Et Bunny, écrivaine new-yorkaise, le sait mieux que personne. Alors qu’elle est en dépression depuis bien longtemps, c’est le soir du réveillon du Nouvel An, alors qu’elle partage un dîner avec son mari et des amis, qu’elle s’effondre. On l’emmène alors dans un prestigieux hôpital, direction le service de psychiatrie. Là-bas, on attend d’elle qu’elle se repose et se recentre sur elle-même, à coup de traitements médicamenteux et d’activités thérapeutiques. Seulement voilà, Bunny est écrivaine et bien décidée à relater les événements qui auront fini par la conduire dans ce service si particulier. Et puis à dresser le portrait de ses camarades… parce que séjourner en service de psychiatrie, c’est tomber dans un monde presque parallèle, dans lequel le monde réel ne semble pas pénétrer.

Au fil du récit, les chapitres alternent entre le passé de Bunny, sa vie dans ce service hospitalier, et les détails de ce réveillon au cours duquel tout a basculé. Petit à petit, les morceaux s’emboîtent et nous permettent d’entrevoir la vie de cette femme dans son ensemble. Bunny se dévoile et dévoile son quotidien avec beaucoup d’humour et de dérision… et surtout avec une immense clairvoyance. Et si, après tout, ce n’était pas les patients le problème, mais bien l’institution hospitalière et sa vision de la non-normalité ?

Le charme de ce roman réside, selon moi, dans son approche assez inédite et mordante de la dépression et des personnes qui en souffrent. Bunny tourne tout en dérision, et c’est rafraichissant.

Je sais que bon nombre de lecteurs n’ont pas trouvé ce récit drôle. Mais c’est mon cas. Peut-être parce que le sujet me touche de très près et que j’ai besoin de ce côté humoristique pour lire un récit traitant de la dépression et de l’internement. Cependant, il n’en reste pas moins un témoignage relatant les souffrances de l’âme humaine et la lente descente aux enfers dans laquelle nous pousse la dépression. Témoignage, parce que de Bunny à Binnie, il n’y a que quelques lettres de différences, et que je ne peux imaginer un récit d’une telle profondeur sans que l’auteure traite de ce sujet en connaissance de cause.

Résumé éditeur

Au terme de plusieurs semaines de dépression sévère, Bunny, une écrivaine quadragénaire new-yorkaise, est internée en psychiatrie le soir du réveillon 2008 — la fête et les mondanités n’ont jamais été son truc. Sa vie bascule alors dans un univers parallèle où les couverts sont en plastique, les activités débilitantes et les comportements étranges.
Encouragée à participer aux ateliers d’écriture de l’hôpital, Bunny révèle par petites touches des blessures non refermées, des relations familiales tumultueuses, et consigne avec causticité sa vie et celle de ses compagnons d’infortune, avec lesquels se tissent peu à peu des liens. Ces derniers sont tous soignés par électrochocs — sans amélioration notable. Un traitement que Bunny redoute mais doit malgré tout considérer pour espérer pouvoir un jour rentrer chez elle. Se sortira-t-elle jamais de cet enfer ?

Hilarant et déchirant, Nature morte avec chien et chat pose avec justesse des mots sur la douleur de l’âme et nous plonge dans l’esprit “dérangé” d’une femme trop lucide pour être heureuse.

Extrait

« Il n’y a rien d’autre à regarder à part les chaussettes antidérapantes bleues que j’ai aux pieds. Les chaussures à lacets sont Inter-dites. Autres chaussures Interdites: celles à talons hauts ou même à petits talons, comme si un petit talon pouvait faire de gros dégâts, raison pour laquelle je porte ces chaussettes antidérapantes bleues. Des chaussettes avec des semelles à chevrons. Chevrons orientés pointes vers l’avant. Ces chaus-settes existent aussi en marron bouse.
La liste partielle des autres articles Interdits comprend : crayons, coupe-ongles, ordinateurs portables, téléphones mobiles, vitamines, bains de bouche, mascara. »

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« Les Activités ne sont pas expressément obligatoires mais comme le Dr Fitzgerald l’a clairement annoncé dès le départ, la route vers la santé mentale est pavée d’Activités telles que la peinture à l’aquarelle, les jeux de société, l’origami, la médi-tation, le yoga, ou même pire… le chant choral, par exemple. »

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