Connemara, Nicolas Mathieu. Éditions Actes Sud, février 2022, 400 pages.

Nicolas Mathieu sait dire le temps qui passe comme personne. Les affres de l’adolescence, les espérances et l’incandescence de la jeunesse, les espoirs d’une vie meilleure, la volonté de s’élever et de changer de classe sociale. Oui, définitivement, Nicolas Mathieu est le roi du roman social, celui qui écorche la réalité et gratte là où ça fait mal.

Quatre ans après son prix Goncourt, l’auteur nous raconte Hélène et Christophe. Si aujourd’hui tout les sépare, ils sont liés par leurs années lycée, à Cornécourt, alors qu’ils fréquentaient le même établissement. Christophe était la star montante de l’équipe de hockey, on imaginait de grandes choses pour lui. Mais la cour des professionnels est intransigeante et vingt-cinq ans après, Christophe est toujours là, dans ce bled miteux. En instance de divorce, il vivote en vendant de la nourriture pour chiens. Le soir, il rentre auprès de son père et de son fils, quand il ne va pas se bourrer la gueule avec ses potes du lycée.

Hélène, elle, elle a gravi tous les échelons. Bêcheuse depuis son plus jeune âge, elle ne rêvait que de s’extirper de la classe sociale dans laquelle elle baignait depuis sa plus tendre enfance. Après des études studieuses, elle avait enfin décroché un poste de cadre supérieure à Paris. Avec son mari, leurs deux filles, la maison d’architecte, etc., elle cochait toutes les cases. Pourtant, voilà, après un burnout, la transfuge de classe retourne au bercail et, avec sa famille, revient s’installer dans le Grand-Est de son enfance. Alors que son couple bat de l’aile, elle tombe par hasard sur Christophe.

Entre eux, c’est l’urgence de se sentir vivant et de croquer la vie à pleine dents qui leur explose à la gueule. C’est le plaisir charnel et l’instinct bestial qui prend le dessus. On veut l’autre, tout entier, tout de suite, tout le temps. 

Et pourtant, il y a un gouffre qui les sépare. Pour Hélène, s’amouracher de Christophe, c’est comme repartir à zéro. Elle l’aime autant qu’il lui fait honte. Lui et son manque de culture, de classe, de bon goût. Être avec un mec qui préfère une 1664 à un verre de Gevrey-Chambertin, pour qui Michel Sardou est bien plus appréciable que les valses de Chopin… c’est au-dessus de ses forces.

Et puis, au milieu de tout cet amour mal placé, Nicolas Mathieu dissèque notre monde d’aujourd’hui avec une lucidité incroyable : le capitalisme partout et tout le temps, le culte de l’image, la fracture sociale qui n’en finit pas de s’agrandir.

Roman d’amour, roman social, roman à lire et à offrir… du grand Nicolas Mathieu.

« Là-bas au Connemara, on dit que la vie, c’est une folie. Et que la folie, ça se danse »

Résumé éditeur

Hélène a bientôt 40 ans. Elle a fait de belles études, une carrière. Elle a réalisé le programme des magazines et le rêve de son adolescence : se tirer, changer de milieu, réussir. Et pourtant, le sentiment de gâchis est là, les années ont passé, tout a déçu.
Christophe, lui, n’a jamais quitté ce bled où ils ont grandi avec Hélène. Il n’est plus si beau. Il a fait sa vie à petits pas, privilégiant les copains, la teuf, remettant au lendemain les grandes décisions, l’âge des choix. On pourrait croire qu’il a tout raté. Et pourtant, il croit dur comme fer que tout est encore possible.
Connemara c’est l’histoire d’un retour au pays, d’une tentative à deux, le récit d’une autre chance et d’un amour qui se cherche par-delà les distances dans un pays qui chante Sardou et va voter contre soi.

Citations

« Elle se dit que ça ne doit pas être si déplaisant d’être comme ça, triste et riche sur son canapé, occupée à lire des histoires qui vous mettent en valeur. »

•••

« Le temps était passé si vite. Du bac à la quarantaine, la vie d’Hélène avait pris le TGV pour ‘l’abandonner un beau jour sur un quai dont il n’avait jamais été question, avec un corps changé, des valises sous les yeux, moins de tifs et plus de cul, des enfants à ses basques, un mec qui disait l’aimer et se défilait à chaque fois qu’il était question de faire une machine ou de garder les gosses pendant une grève scolaire. Sur ce quai-là, les hommes ne se retournaient plus très souvent sur son passage. Et ces regards qu’elle leur reprochait jadis, qui n’étaient bien sûr pas la mesure de sa valeur, ils ‘lui manquaient malgré tout. Tout avait changé en un claquement de doigts. »

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