Le goût des garçons, Joy Majdalani. Éditions Grasset, janvier 2022, 176 pages.

Ah ! L’adolescence ! Les hormones en ébullition, le corps chauffé à blanc, les neurones qui ne pensent qu’à ça, l’envie de découvertes, de corps qui se cherchent et se trouvent, parfois.

Si tu as la chance d’être un garçon, à l’adolescence, on dira de toi que c’est normal, que tu te cherches, que le corps a besoin d’exulter. Il faut que jeunesse se fasse. Mais gare à toi si tu es une fille. Petite traînée, n’as-tu pas honte de ces pensées impures ? Ton corps, ne le montre pas. Le plaisir ? Ne le prends pas. Couvre-toi, ma fille, tu n’es pas une salope !

Elles aussi, pourtant, elles ont le feu au ventre. Les filles de treize ans. Enfermées dans les carcans de leur éducation puritaine, qui leur dit que croquer les garçons, ce n’est pas bon. Pourtant, à treize ans, notre jeune narratrice ne rêve que de ça.

On n’est pas sérieux à cet âge-là. On envoie tout balader, on repousse les limites, on se gargarise d’avoir franchi les interdits. On commence à se construire une identité propre, différenciée de celle de ses parents. On tend le bras dans l’espoir de caresser l’interdit, ce continent inexploré, ce corps de l’autre qui recèle de plaisirs imaginés et inconnus.

À l’aide d’une plume crue, brutale, jubilatoire et parfois dérangeante, Joy Majdalani nous raconte les débuts de l’adolescence dans un collège catholique d’une ville jamais nommée. Beyrouth ? Peut-être. Mais finalement, peu importe. Les filles de treize ans rêvent toutes de mordre à pleine dents dans la chair des garçons. Et les injonctions qu’elles reçoivent sont toujours, plus ou moins les mêmes, où que nous nous trouvions. On n’est pas sérieux à treize ans. On envoie tout balader, surtout les normes

Un récit qui bouscule, une plume acérée qui libère, un vocabulaire qui heurte. Bref, un roman qui ne laisse pas indifférent.

Résumé éditeur

Elles sont « de bonne famille », « bien élevées. » Collégiennes à Notre Dame de l’Annonciation. Elles pourraient aussi bien être dans n’importe quelle institution d’une autre religion ou un très bon collège de la République. Elles ont treize ans, elles sont insoupçonnables. Elles n’ont que le désir en tête.
La narratrice, qui a treize ans, rêve des garçons, de leur sexe, de faire l’amour avec eux. Toutes en parlent. Il y a bien sûr la peur, que les religieuses du collège s’empressent d’entretenir en brandissant des images sanglantes de fœtus avortés, mais la peur ! Elle ajoute à la curiosité. La narratrice s’allie à la terrible Bruna. Rivale et confidente, elle sait dénicher sur Internet des garçons avec qui s’adonner à des conversations téléphoniques interdites. Bruna lui tend un piège, où elle tombe avec naïveté. Que faire ? Se rapprocher des plus belles de la classe, les Dangereuses ? Ces transgressives savent quoi faire de leur corps.… Les fâcheux peuvent bien la traiter de putain, il lui faut goûter, goûter au garçon.
Légendes, ragots, ignorances, peurs, élans, embûches, alliances, traîtrises, téléphone, Internet, tout tourne autour des garçons et de leur corps mystérieux dans un mélange de fantasmes et de romantisme. Cru et délicat, dévoilant les candeurs comme les cruautés, voici un premier roman d’une véracité implacable qui marquera.

Citations

« Les jeunes filles n’ont pas leur mot à dire dans ces grandes batailles. Elles en sont le butin. plus il est inaccessible, plus il est précieux. Nos corps servent à mesurer les prouesses guerrières des garçons. Notre corps fait résonner la geste épique de ceux qui nous conquièrent. L’épopée de leurs désirs nous a tant de fois été contée. Nous connaissons la bravoure qu’il leur faut déployer. On nous a dit d’applaudir en écoutant l’histoire du garçon qui finit par obtenir la fille. Notre rôle est de résister, puis de céder, à l’usure. »

•••

« Je n’étais pas une Dangereuse. Elles ont cette insolence furtive qui ne s’attire jamais de foudres. Elles ont le goût des transgressions silencieuses et jouissent plus fort derrière les portes closes. Elles ont appris très tôt ce que les brimades ont fini par me faire comprendre : pour vivre libre, il faut contenter ceux qui exercent leur pouvoir sur vous. Pour fuir les donjons les plus hauts, il suffit de tisser des cordes de mensonges. Ces filles de l’Annonciation savaient : la liberté se conquiert en levant les yeux dans le dos des surveillantes. »

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