Par la forêt, Laura Alcoba. Éditions Gallimard, janvier 2022, 208 pages.
14 décembre 1984. Alors que le froid règne en maître sur la capitale, dans le petit appartement des concierges d’un lycée privé de Paris, Griselda tue ses deux fils.
C’est plus de trois décennies plus tard que Laura Alcoba cherche à lever le voile sur l’affaire. Tout en évitant toute forme de sensationnalisme et loin du lugubre de ce double infanticide, l’autrice interroge tour à tour Griselda et Flavia (sa fille), ainsi qu’un couple d’amis. Car, pour Laura Alcoba ce drame n’est pas un simple fait divers. Enfant, elle s’est retrouvée, quelque temps, dans cet appartement, à côtoyer cette famille dont les parents sont venus d’Argentine pour fuir la dictature.
Au fil des pages, un lien ténu mais bien présent se noue entre le lecteur et Griselda. Parce que, malgré tout, cette mère est, comme nous tous, un être humain complexe, avec ses aspirations, ses traumatismes et son histoire de vie. Et puis, finalement, peut-être Griselda ne le comprend même pas elle-même, ce geste avec lequel elle doit vivre depuis.
Des décennies plus tard, Griselda arpente chaque jour cette allée du cimetière qui la mène jusqu’à la sépulture de ses deux enfants. Un chemin qui sa fille ne prendra qu’une fois le travail de Laura Alcoba engagé. Un travail salvateur qui aura permis à Flavia de sortir du bois et, d’enfin, laisser filtrer un peu de lumière sur cette tragédie.

Tout en proposant une réécriture sensible et intrigante du mythe de Médée, Laura Alcoba écrit la nuance et la nécessité de s’interroger, avant d’accabler et de museler.
Un récit d’une grande sensibilité, qui murmure l’amour.

Résumé éditeur

« Dès notre premier rendez-vous au Bûcheron, Flavia m’a parlé de la mère que Griselda a été pour elle, durant toutes ces années.

— Présente, aimante. Très aimante.
Elle m’a regardée dans les yeux en prononçant ces mots. Pour s’assurer que j’avais bien entendu, pour me faire savoir qu’elle ne disait pas ces mots à la légère.
“ Aimante, vraiment.” »
Griselda était la mère de trois enfants, deux garçons et une fille. Un jour d’hiver, au milieu des années 80, alors qu’elle était exilée en France, elle a noyé ses deux garçons dans la baignoire.
Plus de trente ans après les faits, la narratrice retrouve les survivants de ce drame familial. Sans dissiper le mystère du geste de Griselda, elle enquête pour tenter d’approcher l’inconcevable. Et d’entrevoir, au fond de la nuit, autour de la figure lumineuse de Flavia, le pari de l’amour et de la vie.
Citations

« Ça va bientôt faire trois ans que ce premier rendez-vous a eu lieu. Ça va bientôt faire trois ans que je cherche le chemin pour écrire ce livre. Pour aller au plus près de ce qui leur est arrivé sans leur faire mal, sans ajouter de la douleur à la douleur. Mais certaine aussi qu’il faut que j’aille au bout de ce que j’ai entrepris, que j’aille au bout de cette tentative pour comprendre leur histoire. »

•••

« Elle a en elle une force et un courage que je ne croyais pas pouvoir exister. Je le sais depuis le début: c’est pour elle que j’écris ce livre. J’écris pour la petite fille qu’elle était et qu’elle est toujours. J’écris pour l’enfant qui a gardé en elle, durant plus de trente ans, quatre images de ce jour-là. Puis qui me les a livrées à une table de café..»

Retrouvez-moi sur les réseaux
%d blogueurs aiment cette page :