Je suis la maman du bourreau, David Lelait-Helo. Éditions Héloïse d’Ormesson, janvier 2022, 201 pages.

Du haut de ses 90 ans, Gabrielle de Miremont est la digne représentante d’une aristocratie catholique, pratiquant avec ferveur et abnégation. Mère de deux filles, ce n’est qu’à la naissance de son fils cadet qu’elle se sent enfin complète. Ainsi, délaissant l’éducation de ses deux aînées, va-t-elle se vouer corps et âme à la transmission de la foi chrétienne à Pierre-Marie. Quelques années plus tard, c’est la consécration : Pierre-Marie est ordonné prêtre et Gabrielle de Miremont a devant elle sa plus grande fierté.

Pourvue d’une certaine aura et d’une autorité naturelle, elle sera cependant rapidement ébranlée par la découverte, à la lecture du journal local, d’un scandale de pédophilie au sein même de son église. Persuadée qu’il ne s’agit que d’un énième article mensonger rédigé par un journaliste local pour qui elle n’a que mépris et dégoût, Gabrielle de Miremont se met en tête d’aller le trouver et de faire taire ces abjectes ouï-dire qui ne font qu’entacher un peu plus la réputation de son église, à qui elle aura consacré sa vie.

Le coup de massue est donc d’autant plus violent lorsqu’elle apprend que le prêtre accusé par ces nombreux garçons, devenus depuis des hommes, n’est autre que la prunelle de ses yeux, le père Pierre-Marie. Passé l’effroi, la mère poule s’effondre et réalise, en son âme et conscience, que ces accusations sont bel et bien fondées. Afin de faire son deuil, il lui faudra rencontrer l’une des victimes de son fils. Car Gabrielle de Miremont veut savoir, veut entendre de quoi exactement s’est rendu coupable son fils. Et, après, seulement après, pourra-t-elle confronter son fils dans un ultime face à face qui changera à jamais le cours de la vie de ces deux êtres inséparables depuis des décennies.

Vaste sujet, oh ! combien tabou, que la pédophilie au sein de l’église que, pourtant, l’auteur traite avec brio et intelligence en le présentant au travers des tourmentes psychologiques et de conscience de cette femme âgée et mère dévouée. Le thème est traité avec intelligence et habileté, malgré quelques effets de style dans les dialogues qui m’ont dérangée : le style est parfois un peu trop ampoulé lors des échanges pour y croire vraiment, donnant ainsi au texte un effet un peu trop léché. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit là d’un roman percutant, qui met en exergue la culpabilité d’une mère face à l’impensable.

Résumé éditeur

Du haut de ses quatre-vingt-dix ans, Gabrielle de Miremont semblait inatteignable. Figée dans l’austérité de la vieille aristocratie catholique dont elle est l’incarnation. Sa devise : « Ne jamais rien montrer, taire ses émotions ». Jusqu’à ce matin-là, où un gendarme vient lui annoncer la mort de son fils. Son fils cadet, son enfant préféré, le père Pierre-Marie, sa plus grande fierté. Gabrielle ne vacille pas, mais une fois la porte refermée, le monde s’écroule. Cet effondrement, pourtant, prend racine quelques semaines plus tôt, à la suite d’un article de presse révélant une affaire de prêtres pédophiles dans sa paroisse. Révoltée par cette calomnie, Gabrielle entreprend des recherches. Des recherches qui signeront sa perte. Ou sa résurrection.

Je suis la maman du bourreau raconte avec une subtilité et une justesse époustouflantes le calvaire d’une mère murée dans son chagrin. Un portrait dérangeant, qui touche au cœur, et rend un hommage vibrant à ceux qui osent dénoncer l’innommable.

Citations

« Des yeux superbes et bouleversants, sans haine, des yeux d’enfant abîmé, ronds, bleu-vert, deux lacs sans cesse au bord de sortir de leur lit. Ces yeux-là inspiraient toute la confiance du monde, la mienne. »

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« J’aimais tant les talons, les escarpins fins et vernis dont la cambrure vous rend vertigineuse et puissante. Maman disait aussi que plus le talon est haut plus on se rapproche de Dieu. J’ai passé ma vie très proche de lui. Haut perchée. Je marche à plat désormais. »

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