« Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes », Lionel Shriver

Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes, Lionel Shriver. Éditions Belfond, août 2021, 384 pages.

Lorsque Remington annonce à sa femme, Serenata, qu’il compte courir un marathon, cette dernière pique un fard, honteuse pour son mari. Il n’y arrivera jamais, le pauvre Remington. Lui qui n’a jamais fait de sport de sa vie, il est loin d’y arriver ! Et elle sait de quoi elle parle, Serenata. Elle qui courait tous les jours, bien avant que ce soit à la mode. D’ailleurs, elle a toujours été avant-gardiste… ce n’est pas de sa faute si elle a tout le temps un temps d’avance sur tout le monde. Et puis, faire comme tout le monde, se fondre dans la masse, devenir un mouton, non merci. Très peu pour elle.

Sauf que, Remington, s’il a bien une qualité, c’est la ténacité ! Il cout, il court, Remington ! Et ça l’énerve, ça l’énerve, Serenata. Qu’est-ce qu’il lui reste, à elle ? Après toutes ses années passées à faire du sport, elle n’a hérité que d’un genou qui se délite, arthroplastie à venir en prime !

Au fur et à mesure que Remington avale les kilomètres, la relation entre les deux s’étiole, pour ne devenir plus qu’une entente cordiale. Et la cohabitation devient carrément glaciale le jour où Remington embauche une coach, aussi autoritaire que sexy, qui répond au doux nom de Bambi…

Le génie de Lionel Shriver, c’est d’aborder des dizaines de thèmes qui, au fil des pages, vont venir se confronter les uns aux autres pour former un ensemble harmonieux et ingénieux. Dans ce roman dont on se délecte de la première à la dernière page, l’auteure aborde tour à tour la question du vieillissement, du culte du corps, du couple, de l’amour et de ce besoin constant et impitoyable de toujours devoir aller plus loin pour avoir le sentiment d’exister réellement.

C’est un roman dans l’ère du temps, plein d’ironie grinçante, qui cisaille nos sociétés actuelles avec beaucoup de réalisme et d’autodérision !

Alors, courez tous en librairie !

Résumé éditeur

Avec une plume plus incisive que jamais et un humour ravageur, Lionel Shriver livre un roman explosif sur un couple de sexagénaires en crise, dressant au passage un portrait mordant de nos sociétés obsédées par la santé et le culte du corps. Une bombe de provocation qui prouve, s’il le fallait encore, que Lionel Shriver est une des plus fines observatrices de notre temps
Un beau matin, au petit-déjeuner, Remington fait une annonce tonitruante à son épouse Serenata : cette année, il courra un marathon. Tiens donc ? Ce sexagénaire certes encore fringant mais pour qui l’exercice s’est longtemps résumé à faire les quelques pas qui le séparaient de sa voiture mettrait à profit sa retraite anticipée pour se mettre enfin au sport ? Belle ambition ! D’autant plus ironique que dans le couple, le plus sportif des deux a toujours été Renata jusqu’à ce que des problèmes de genoux ne l’obligent à la sédentarité.

Qu’à cela ne tienne, c’est certainement juste une passade.

Sauf que contre toute attente, Remington s’accroche. Mieux, Remington y prend goût. Les week-ends sont désormais consacrés à l’entraînement, sous la houlette de Bambi, la très sexy et très autoritaire coach. Et quand Remington commence à envisager très sérieusement de participer à un Iron Man, Serenata réalise que son mari, jadis débonnaire et volontiers empoté, a laissé place à un être arrogant et impitoyable. Face à cette fuite en avant sportive, leur couple résistera-t-il ?

Extrait

« Autrefois, si on voulait attirer les touristes, on créait un Salon du livre. Aujourd’hui, il n’y a pas une ville qui ne parraine un marathon. Ca attire beaucoup plus de monde»

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« Dans les publicités pharmaceutiques à la télévision, des seniors au visage carré et à l’épaisse chevelure poivre et sel rejoignaient des épouses avenantes en legging brillant et blouson assorti, une mèche grise dessinée par un coloriste en guise d’unique concession à la vieillesse. Dans toutes les publicités, et en dépit de l’affaiblissement provoqué par la maladie que les acteurs singeaient, les gens qui souffraient couraient le long d’une rivière, parcouraient des routes de campagne à vélo ou faisaient de la randonnée sur des chemins boisés. Ils riaient en permanence, ce qui vous demandaient en quoi cette activité trépidante était hilarante. »

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« Mon mari », Maud Ventura

Mon mari, Maud Ventura. Éditions L’Iconoclaste, Août 2021, 355 pages.

Rapidement, le lecteur se rendra compte qu’il s’agit moins d’une histoire d’amour que d’une histoire de folie, de mise en scène de chaque instant.

Parce que, voyez-vous, la narratrice aime follement son mari. Au point de se perdre elle-même, de s’effacer pour laisser place à un personnage qui, pense-t-elle, correspond en tout et pour tout aux attentes et fantasmes de son mari.

Le temps d’une semaine, Maud Venture plonge le lecteur dans le quotidien de cette femme, prof d’Anglais et traductrice, qui n’a d’yeux que pour celui dont elle est tombée éperdument amoureuse des années auparavant.

Lorsqu’elle nous avait présenté son roman dans les locaux des @ed_iconoclaste, elle nous avait dit que son postulat de départ était une question qu’elle s’était posée : à quoi ressemblerait la vie d’un couple si on s’aimait comme au premier jour, comme lors de la première rencontre ? Celle où nous tentons inlassablement de plaire, de ne pas faire d’impair, de paraître sous notre meilleur jour…

Au fil des jours, la tension monte et la folie s’installe. C’est dérangeant et déroutant. L’amour s’efface pour ne laisser place qu’à une relation mise en scène, digne d’un remake de « The Truman Show », car notre narratrice est bel et bien en constante représentation… jusqu’à la chute vertigineuse, malaisante et qui offre une tournure tout à fait glauque aux pages que le lecteur vient de tourner.

Maud Ventura nous offre un roman qui ne passera pas inaperçu, c’est certain: ça passe ou ça casse. Et nul doute que les avis seront tranchés.

Pour ma part, j’ai adoré. Et cette nouvelle plume française est à suivre de près. Il en fallait, de l’audace, pour écrire un premier roman aussi loin des convenances et de la bienséance. C’est aussi ça, la littérature, choquer et décontenancer !

L’âme humaine, ses multiples facettes et ses folies sans fin y sont disséquées à merveille … et vous savez à quel point j’aime lorsqu’il est question de folie humaine. Parce qu’à la fin, toujours cette même question : le fou est-il réellement fou ?

Alors, « Ciel, (lisez) “Mon mari” ! »

Résumé éditeur

« Excepté mes démangeaisons inexpliquées et ma passion dévorante pour mon mari, ma vie est parfaitement normale. Rien ne déborde. Aucune incohérence. Aucune manie. »

Elle a une vie parfaite. Une belle maison, deux enfants et l’homme idéal. Après quinze ans de vie commune, elle ne se lasse pas de dire  » mon mari « . Et pourtant elle veut plus encore : il faut qu’ils s’aiment comme au premier jour. Alors elle note méthodiquement ses  » fautes « , les peines à lui infliger, les pièges à lui tendre. Elle se veut irréprochable et prépare minutieusement chacun de leur tête-à-tête. Elle est follement amoureuse de son mari. Du lundi au dimanche, la tension monte, on rit,
on s’effraie, on flirte avec le point de rupture, on se projette dans ce théâtre amoureux.

Extrait

« Ses parents avaient mis Justine en garde, plusieurs fois. Mais il est difficile pour un enfant de sept ans de s’opposer à l’autorité d’un adulte; tout autant que d’identifier ses mensonges. »

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« Dans l’un des tiroirs de sa commode, sous une pile de vêtements, il choisit un survêtement avec capuche, en coton ouaté, aussi doux qu’une caresse; tout ce qu’il désirait était s’enfermer chez lui pendant des jours, sous une couverture, devant la télévision. Lire des romans, regarder des séries, ne plus répondre à ses e-mails ou à son téléphone. »

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« Le chat, le général et la corneille », Nino Haratischwili

Le chat, le général et la corneille, Nino Haratischwili. Éditions Belfond, août 2021, 592 pages.

Décembre 1994, la guerre de Tchétchénie bat son plein. Et comme dans chaque guerre, la peur s’installe, l’asservissement commence et les femmes, quant à elles, sont usées et utilisées, dans le but d’humilier et de répandre la terreur. Parmi tous les soldats, il y a Malisch, jeune homme épris de littérature qui s’est enrôlé par dépit amoureux.

Deux décennies plus tard, en 2016, une jeune comédienne surnommée « le chat » est approchée par un journaliste allemand, « la Corneille », qui lui propose une mission aussi énigmatique, que tentante. « La Corneille », quant à lui, est obsédé par un certain oligarque russe appelé Alexander Orlov – que tout le monde appelle « le Général » – et les exactions dont il s’est rendu coupable durant la guerre de Tchétchénie.

Soudain, ces trois êtres que tout oppose et dont les mondes n’auraient jamais dû se télescoper, se retrouvent propulsés au cœur d’une histoire qui, rapidement, les dépasse tous, qu’ils le veuillent ou non. Et alors que le piège se referme doucement, c’est toute l’horreur, les dégâts et les conséquences à long terme de la guerre que l’auteure brandit comme un étendard.

En filigrane, Nino Haratischwili dresse le portrait d’une Russie en plein bouleversements, suite à la chute des régimes communistes, puis de l’URSS et combien les cicatrices sont encore à vif, plus de vingt ans après.

La fin du roman, incroyable cliffhanger et véritable point culminant de cette œuvre, transforme cette histoire romanesque en un ex-voto contre la guerre, doté d’un sens de la dramaturgie incroyable.

La plume maitrisée de Nino Haratischwili est à ne pas manquer… et le nom de l’auteure à ne pas oublier. Traduit de l’allemand par Rose Labourie.

Résumé éditeur

Jeune comédienne géorgienne exilée à Berlin, Sesili, dite « Le Chat », a du mal à se remettre d’un drame familial et à trouver sa place dans un pays dont elle ne comprend pas tous les codes.

Oligarque russe sans foi ni loi, Alexander Orlov, que tout le monde appelle « le Général », voit soudain ressurgir un terrible secret vieux de vingt ans.

Rongé par le deuil et la culpabilité, « la Corneille », un mystérieux journaliste allemand, décide d’enquêter sur les exactions commises par les militaires russes lors de la guerre de Tchétchénie.

Voici trois êtres que tout oppose et qui n’auraient jamais dû se rencontrer. Trois personnages qui, des montagnes de Tchétchénie à Berlin, en passant par Marrakech, Venise et Tbilissi, vont se trouver entraînés, malgré eux, dans le tourbillon d’une histoire qui les dépasse. Une histoire de guerre et de violence. De revanche et de passion…

Avec un sens inouï du romanesque et un style plein de panache, Nino Haratischwili nous offre une œuvre d’une puissance narrative folle et ressuscite tout un pan de l’histoire de l’Europe contemporaine, ses zones d’ombre et ses tragédies oubliées.

Extrait

« Homo oligarchus prenait le relai d’homo sovieticus. Le chaos russe était devenu ma drogue, ma ruée vers l’or, et le besoin irrépressible d’aller, au péril de ma vie, étudier cette nouvelle espèce humaine avait pris possession de moi à un point que je n’aurais jamais soupçonné. »

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« Faire le bien, comme tu dis, ça ne s’apprend pas, et surtout, ça ne s’achète pas. Ce serait naïf d’espérer y parvenir au moyen de ces dons ridicules. »

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« Double vitrage », Halldóra Thoroddsen

Double vitrage, Halldóra Thoroddsen. Les éditions bleu & jaune, mai 2021, 104 pages.

Elle habite à Reykjavik, dans un petit appartement. A 78 ans, elle est veuve et passe ses journées à regarder défiler le monde d’aujourd’hui à sa fenêtre. Un monde dans lequel elle ne se sent plus vraiment appartenir, dans lequel elle vit, mais plus vraiment. Quand on est vieux, le monde nous laisse de côté, ne veut plus nous regarder en face. Ce monde, elle l’a vu se transformer, muter. Pour le meilleur, peut-être ; mais elle, ce qu’elle voit, c’est surtout le pire : le consumérisme à outrance, cette course continuelle pour faire tout, dans l’instant, sans prendre le temps de savourer le temps présent. Si seulement ils savaient, comme le temps présent de la jeunesse est important. Elle, elle n’a plus rien désormais. Alors, elle les regarde, eux. Les jeunes. De loin. Elle est à l’automne de sa vie et se confie sur sa jeunesse en tant que femme libre, rêveuse et érudite.

Et puis, un jour, un homme arrive dans sa vie. Avec lui, c’est un peu le goût de vivre qu’elle retrouve. Un sentiment d’appartenance. Avec lui, elle a le sentiment de faire encore partie de ce monde, d’y avoir sa place. De se sentir légitime à être là. Alors, ils font des plans pour le futur, pour leurs vieux jours.

Derrière son double vitrage, elle nous parle de la vieillesse et de la solitude avec beaucoup de justesse et de poésie. Elle raconte le besoin intarissable de contact et de partage pour ces personnes dont l’âge les rend invisible aux yeux du monde. 

Elle conte l’isolement et ses ravages avec un subtil mélange entre brutalité et douceur. Et ce qui en ressort est aussi beau qu’émouvant.

C’est avec ce magnifique récit qui résonne d’authenticité que je découvre Halldora Thoroddsen. Il se trouve que c’est son dernier récit, qu’elle aura publié à l’âge de 78 ans, soit l’âge de la narratrice, et deux ans avant son décès… Difficile de ne pas y voir, dès lors, un témoignage très personnel de la vieillesse et de l’automne de la vie.

Résumé éditeur

Dans son petit appartement au centre de Reykjavík, une veuve de 78 ans contemple le monde à travers le double vitrage. Isolée et vulnérable, elle n’a pas d’autres perspectives que la solitude et la mort. Mais un miracle se produit : un homme lui déclare sa flamme. Son existence se remplit de joie et d’espoir, tout comme de doutes et de craintes. Ont-ils le droit de s’aimer dans un monde qui tourne en dérision les dernières amours ? Trouveront-ils le courage d’aller à contre-courant des prescriptions de la société ? Et que peut encore offrir l’amour au crépuscule de la vie ?

Un roman délicat et poignant sur un sujet rarement abordé dans la littérature.

Extrait

« Les amours des vieux ne sont pas les amours saines du mariage dont l’objectif est de peupler la Terre. Elles ne répondent pas non plus aux critères esthétiques, ni à la célébration des plaisirs de la chair dans l’esprit des gens, elles sont au contraire repoussantes lorsque la vieillesse transparente est impliquée. Même l’imagination devient timide à l’idée des corps secs et froissés de vieilles personnes se sautant l’une sur l’autre avec l’aide de lubrifiant. Le sexe est la seule chose qui leur vient à l’esprit, possédés comme ils le sont par cette unique vision des rapports humains. Les héritiers tremblent de nervosité. Les vieux amoureux ont parfois tendance à dépenser leur argent dans des délices futiles et à oublier leur rôle suprême dans la bataille pour la survie de leurs gènes. »

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«L’odorat est devenu plus subjectif avec l’âge, il m’envoie constamment des parfums de ma jeunesse. J’ai probablement cessé de sentir le présent. »

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« Ici-bas », Pierre Guerci

Ici-bas, Pierre Guerci. Éditions Gallimard, janvier 2021, 208 pages.

Le père était un oncologue respecté. Père de plusieurs enfants issus de deux fratries différentes. Aujourd’hui, alors que son cerveau est grignoté par une dégénérescence, il ne reste plus grand chose de la prestance de cet homme autrefois élégant et mystérieux aux yeux de son fils cadet, le narrateur. Ce trentenaire a décidé d’accompagner son père dans ses derniers jours, à domicile, dans la demeure que ce dernier occupait avec son épouse officielle.

Avec la dégénérescence, c’est tout ce qui faisait de son père l’homme qu’il était qui est entrain de s’envoler sous ses yeux. La fin de vie, c’est une succession de perte : le langage, la mobilité, la continence, la vitalité. Le narrateur fait face, du mieux qu’il le peut. Pour lui, c’est aussi l’ultime occasion de se rapprocher de son père, de lui pardonner ses nombreuses absences tout au long de sa vie et puis, aussi, de décrocher cette reconnaissance qu’il n’a eu de cesse de chercher chez son géniteur. Mais il n’a, comme réponse, que le mutisme incessant de son père et ses besoins d’être mis au propre.

Au fil des jours, les frères et sœurs passent en coup de vent. Tous bien trop préoccupés par leur quotidien pour s’arrêter plus de quelques minutes. A moins que ce ne soit leur façon de prendre leur revanche sur un père qui n’a jamais réussi à choisir entre ses deux familles. Malgré la présence continue du narrateur au chevet de ce vieil homme, l’absence règne en maitre au sein du foyer et du récit.

Alors, pendant que son père somnole, pendant que l’on attend une mort qui, bientôt, se fera désirer, pendant que l’on s’en veut d’espérer qu’elle arrive plus vite que prévu, le fils se questionne sur le sens de la vie, la vieillesse, la perte de repère, la mort.

Ainsi, dans cette maison où le temps n’a plus que peu d’importance, la vie et la mort s’entremêlent, se côtoient et s’apprivoisent pour finalement poser une question fondamentale : et si l’urgence de vivre, c’était aussi, et justement, de profiter des derniers instants qui nous sont donnés auprès de ces êtres aimés devenus vieux ?

C’est un premier roman à l’écriture saisissante, maitrisée à la perfection et magistrale. Malgré un sujet délicat et difficile à traiter en littérature, Pierre Guerci signe un récit empli d’humanité et d’amour pour cet homme qui, à n’avoir pas su choisir, n’aura jamais véritablement été complètement présent auprès des siens.

Résumé éditeur
Extrait

« Il y a deux manières de traiter les mourants. Ou bien nous les laissons crever seuls et alors nous aussi nous crèveront seuls quand viendra notre tour ; ou bien nous nous occupons d´eux jusqu’à la fin et d’autres feront de même pour nous. Moi je préfère la responsabilité au délaissement. »

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« Ce matin-là que nous en sortions mon père et moi, ce n’était ni soulagés, ni tout à fait morts. Sortis sans être sortis à vrai dire, puisque l’hôpital, m’avait-on assuré, nous accompagnerait à la maison. Il s’invitait, on restait dans son orbite, on ne lui échapperait plus ; j’aurais aussi bien pu pousser dans l’autre sens le fauteuil roulant que je retenais sur le petit plan incliné, après les doubles portes. De toute façon, dans quelque sens qu’on le prenne, ce plan incliné ne pouvait ni aggraver ni inverser la grande pente qui s’était amorcée un mois plus tôt, quand nous étions arrivés ici, et même deux ans plus tôt, quand ses premiers troubles de l’équilibre s’étaient manifestés. Au fond, la pente est toujours déjà amorcée, elle est simplement plus ou moins pentue, se fait plus ou moins sentir. Une seule chose est certaine : quand la fin approche, elle devient fortement concave. »

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