« L’inconnu de la Poste », Florence Aubenas

L’inconnu de la Poste, Florence Aubenas. Éditions de l’Olivier, février 2021, 240 pages.

Un matin de décembre 2008, à Montréal-la-Cluse, dans l’Ain, Catherine Burgot est retrouvée assassinée dans le petit bureau de poste où elle travaillait. Elle avait 41 ans, était amoureuse et elle a été poignardée 28 fois dans l’arrière salle de l’agence. Des faits divers comme celui-là, il y en a, malheureusement, plusieurs chaque année et, comme tant d’autres, il aurait pu être vite oublié par tous. Sauf que, Catherine, c’est une fille du pays connue de tous, dont le père – secrétaire du maire – n’aura de cesse de soulever des montagnes pour retrouver le coupable. Sauf que, parmi les suspects, il y a Gérald Thomassin, un ancien acteur tombé dans la marginalité, un enfant issu de la DDASS qui résidait en face du dit bureau de poste. Sauf que, ce fait-divers, comme l’explique brillamment Florence Aubenas, est aussi une histoire politique.

C’est avant tout, à mon sens, la plume et le style journalistique de Florence Aubenas qui donne tant de corps à ce récit et à cette affaire absolument incroyable. Car, si le récit a des airs de roman policier, ne cherchez pas, entre ces lignes, à y trouver un coupable. Florence Aubenas ne livre pas la solution, mais démontre point par point combien les rouages grippés de la justice a construit de toute pièce un coupable : Gérald Thomassin, qui sera finalement mis hors de cause en 2020, soit douze ans après le meurtre de Catherine… et un an après sa disparition. Car c’est le jour où l’acteur déchu devait enfin être lavé de tout soupçon que celui-ci disparaît mystérieusement sans laisser de trace, alors qu’il avait rendez-vous avec Florence Aubenas pour se rendre à l’audience.

Si le livre retrace habillement et d’une façon très précise la vie et la mort de Catherine Burgot, il détaille également la vie de Gérald, ce gosse presque prédestiné à se marginaliser, mais aussi le quotidien de ces petits villages qui évoluent loin des villes et les difficultés auxquelles cette France doit faire face : absence des services publics de plus en plus importants, manque de moyens mis en place dans les domaines de l’emploi et de la santé, désertification médicale…

À partir d’un fait-divers, Florence Aubenas dresse aussi le portrait de cette France d’en bas, que l’on préfère oublier. Celle des petites gens, laissés pour compte, qui n’ont plus que leur solitude pour pleurer. Tout cela sans pathos et avec beaucoup de professionnalisme.

Un récit brillant, à ne pas manquer.

Résumé éditeur

Le village, c’est Montréal-la-Cluse. La victime, c’est Catherine Burgod, tuée de vingt-huit coups de couteau dans le bureau de poste où elle travaillait. Ce livre est donc l’histoire d’un crime. Il a fallu sept ans à Florence Aubenas pour en reconstituer tous les épisodes – tous, sauf un. Le résultat est saisissant. Au-delà du fait divers et de l’enquête policière, L’Inconnu de la poste est le portrait d’une France que l’on aurait tort de dire ordinaire. Car si le hasard semble gouverner la vie des protagonistes de ce récit, Florence Aubenas offre à chacun d’entre eux la dignité d’un destin.

Florence Aubenas est grand reporter au journal Le Monde. Elle a notamment publié La Méprise : l’affaire d’Outreau (Seuil, 2005) et Le Quai de Ouistreham (L’Olivier, 2010), qui a connu un immense succès et redéfini la notion de journalisme d’immersion.

Extrait

« On est à la fois ensemble et séparés. Je suis toujours amoureuse, mais la vie est plus facile sans toi. Tu sais tu es quelqu’un de bien sauf que tu t’en rends même pas compte. Tu es au top et tu repars dans l’alcool au lieu de vivre. As-tu peur de réussir? As-tu peur du bonheur ? As-tu peur que tout aille bien ? Je pense souvent à nous, parce que ça me bouffe que cet amour entre nous si fort soit bousillé ainsi.; tout autant que d’identifier ses mensonges. »

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« Au village, la rumeur n’a pas tardé à se répandre. L’assassin est forcément un habitant du coin, « l’un d’entre nous à qui ont dit bonjour le matin, estime une commerçante. Il n’y a que les personnes âgées à ne plus être suspectes. Chacun se fait des films et laisse travailler son imagination selon ce qu’il se figure. » Peu à peu, dans cette paisible communauté villageoise, la méfiance entre voisins s’est installée, les anciens se sont remis à raconter la guerre, « le seul épisode comparable », dit l’un. »

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« Anatomie d’un mariage », Virginia Reeves

Anatomie d’un mariage, Virginia Reeves. Éditions Stock, juin 2021, 330 pages.

1970. Edmund Malinowski, jeune et brillant psychiatre comportementaliste, vient d’emménager avec son épouse artiste peintre, Laura, dans le Montana afin de prendre la direction de l’institut psychiatrique de Boulder.

Grâce à ce poste, Ed touche enfin du bout du doigt son rêve en tant que psychiatre : diriger sa clinique et prouver que la psychiatrie comportementaliste porte ses fruits et qu’une réinsertion dans la société est possible pour nombre de patients. Et notamment pour Pénélope, cette jeune patiente, brillante intellectuellement parlant, mais souffrant de crises d’épilepsie, pour qui son intérêt va rapidement venir envenimer le quotidien déjà bringuebalant du couple. Alors qu’Ed passe le plus clair de son temps entre les quatre murs de sa clinique, à se battre contre vents et marées pour ses patients auprès de la bureaucratie ; Laura, quant à elle, attend.

Ed, de son côté, est bien trop narcissique et dans le contrôle absolu de son environnement pour se rendre compte qu’entre son temps à la clinique, ses soirées au bar et ses coups d’un soir, il ne reste que peu de place pour sa femme et son bien-être au sein de leur couple. Ainsi, le jour où elle le quitte, c’est tout son monde et l’équilibre précaire qu’il s’était construit qui s’effondrent, l’entraînant dans une chute aussi vertigineuse que décadente qui le mènera jusqu’à sa terrible perte.

Au travers de ce roman, Virginia Reeves dissèque la notion de couple et les liens qui unissent deux époux, même après leur séparation, que l’auteure parvient à brillamment illustrer.

Pouvons-nous réellement cesser toute relation avec la personne qui, un temps durant, à partagé notre vie ? Dans quelles mesures nous sentons-nous responsables, redevables vis-à-vis de cet autre ?

En alternant le point de vue d’Ed avec celui de Laura, l’auteure interroge également la notion d’interprétation et les choix qui en découlent.

À la fois terriblement sombre et plein d’amour, l’auteur livre un roman absolument saisissant et d’une grande finesse sur l’être humain, la passion et les liens qui nous unissent, malgré tout.

C’est un coup de cœur.

Résumé éditeur
Edmund Malinowski, jeune psychiatre comportementaliste, est en passe d’accomplir son rêve. À trente-six ans, il vient de prendre la direction d’un établissement psychiatrique dans les montagnes du Montana. Travaillant d’arrache-pied, il délaisse trop souvent sa femme, Laura. Cette dernière a l’impression d’avoir été dupée : pour la convaincre de s’installer ici, Edmund lui avait promis qu’ils fonderaient une famille. Étaient-ce seulement des belles paroles ? Une chose est sûre, elle n’y croit plus. 
Passionné, charismatique, Edmund, ambitionne avant tout de réformer la psychiatrie, d’obtenir la reconnaissance de ses pairs et de guérir ses patients. Surtout Penelope, une jeune fille épileptique internée de force par ses parents qui, voyant en lui son sauveur, tombe peu à peu sous son charme. Alors que leur relation prend une tournure des plus ambiguë, Laura décide de donner des cours de dessin aux patients de son mari, s’immisçant ainsi dans sa vie professionnelle et le forçant à réévaluer ses choix.
 
À la manière de Richard Yates dans  Les Noces Rebelles, Virginia Reeves livre à ses lecteurs une bouleversante exploration du mariage, du désir et de l’ambition. Dans un décor sublime et chaotique, porté par des personnages qui semblent prêts à exploser à tout moment,  Anatomie d’un mariage  est un roman d’une intelligence sans détour, captivant, auquel on ne peut s’empêcher de revenir.
 
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Carine Chichereau
Extrait

« Le Montana se complait dans la monotonie des mois d’hiver avec différentes nuances de noir et blanc, et en général, le printemps débarque par surprise – une surprise que nul ne voit venir. »

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« Il traverse le couloir qui mène à son bureau. Il a beau ne pas croire aux fantômes, il sent toujours une présence plus ou moins humaine à travers ces corridors, le bruit de ses pas sur le lino ne fait que se mêler au couinement des baskets, au martèlement des sabots, au raclement des chaises qu’on pousse pour les remettre à leur place. »

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« Je t’en prie, supplie le docteur devant sa femme. Je vais changer. Je suis un spécialiste du comportement. Si je parviens à aider les autres à changer, je le peux également. »

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« Les yeux fermés », Chris Bohjalian

Les yeux fermés, Chris Bohjalian. Cherche-Midi Éditeur, mai 2021, 368 pages.

Au fil des ans, je lis de moins en moins de polars au profit de la littérature blanche. Cependant, le roman policier est un genre littéraire que j’aime beaucoup, tout particulièrement – vous vous en doutez – le thriller psychologique.

J’ai découvert Chris Bohjalian en 2017, avec son roman policier, « l’imprévu », que j’avais beaucoup apprécié. L’auteur montrait un don tout particulier pour balader son lecteur et le mener par le bout du nez jusqu’au dénouement final inattendu. J’avais donc hâte de lire ce nouveau polar !

L’histoire s’ouvre sur la disparition d’Annalee Ahlberg, une femme bien sous tous rapport, mère et épouse comblée. En apparence, seulement. Parce qu’Annalee souffre de crises de somnambulisme. Dès lors, sa disparition revêt un caractère étrange et suscite de nombreux questionnements, notamment sur les circonstances de sa disparition. Les mois passent et Annalee est toujours introuvable. Est-elle morte, noyée dans la Gale, ce cours d’eau qui s’écoule non loin du domicile conjugal ? Ou aura-t-elle fait une mauvaise rencontre lors de sa sortie nocturne ?

Si son mari, Warren, semble convaincu que sa femme est morte noyée, ses filles, quant à elles, se posent de nombreuses questions et tentent coûte que coûte de démêler le vrai du faux. A mesure que la vie d’Annalee nous apparaît de plus en plus complexe, ce sont également tous les secrets des autres membres de la famille qui seront déterrés… pourtant, toute vérité n’est peut-être pas bonne à dire.

Si j’ai été moins emballée par ce roman que par son précédent, j’ai beaucoup aimé en apprendre davantage sur le somnambulisme. 

L’auteur a fait un réel travail de recherches sur le sujet et j’ai énormément aimé découvrir plus en détail cette pathologie dont, finalement, je ne connaissais que très peu de choses.

Au-delà de ça, j’ai été assez dérangée par la trame narrative du roman : écrit à la première personne du singulier – par la fille aînée d’Annalee – j’ai été dérangée par la distance que la narratrice met entre sa mère et elle, ce qui à mon sens, amène une certaine froideur au récit et m’a empêché de me sentir réellement impliquée dans l’histoire. Ainsi, je n’ai ressenti d’empathie pour aucun des personnages… et c’est fort dommage.

Je ne dirais pas que je n’ai pas aimé… mais je ne peux pas vous dire non plus que je n’ai pas été déçue.

Résumé éditeur

La disparition d’Annalee Ahlberg est inquiétante. Atteinte de somnambulisme, ce n’est pas la première fois que cette jeune mère bien sous tous rapports quitte sa maison au milieu de la nuit. Mais cette fois, elle n’est pas revenue. Lorsqu’on retrouve la chemise de nuit d’Annalee près d’une rivière, son mari Warren et ses deux filles se préparent au pire. Très vite cependant, des questions surgissent. Pourquoi n’était-elle atteinte de ses fameuses crises de somnambulisme que lorsque son mari était absent ? Où est le corps ? Si la vie d’Annalee semble soudain plus complexe et mystérieuse qu’au premier abord, il apparaît bientôt que les autres membres de la famille ont eux aussi des secrets et beaucoup de choses à se reprocher…

À la façon des Apparences de Gillian Flynn, Chris Bohjalian tisse une intrigue perverse et captivante. En véritable magicien, il nous tient en haleine de la première à la dernière page jusqu’au coup de théâtre final qui place le livre au niveau des plus grandes réussites du genre.

Extrait

« Mon père faisait partie d’une longue lignée d’écrivains de Nouvelle-Angleterre à entretenir une vision romantique des Red Sox. Lorsque j’étais au lycée, il m’avait expliqué que cet amour venait du rêve chimérique que caressait cette équipe de battre un jour celle des Yankees et d’ainsi remporter la World Series ; le fait qu’ils soient si souvent près du but ne faisait que renforcer leur attrait. »

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« Ce n’était pas de la perspective que mes parents deviennent vieux ou infirmes dans dix ou vingt ans qu’il était question, mais du moment présent ; de la réalité de la disparition de ma mère et de la possibilité que ma vie soit sur le point de connaître des changements auxquels je n’étais pas préparée, moralement ou mentalement. J’étais, me suis-je rendu compte, effrayée. Terrifiée. Prête à chercher du réconfort partout où j’avais une chance d’en trouver. Même infime. »

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« Deux petites bourgeoises », Colombe Schneck

Deux petites bourgeoises, Colombe Schneck. Éditions Stock, avril 2021, 140 pages.

ls en ont, de la chance, les bourgeois. Un magnifique et immense appartement à Paris, une villa chic en Normandie, des vacances à l’étranger, des clubs huppés dans lesquels envoyer leurs enfants pour être certains de rester dans cet entre-soi si cher à leur cœur. Il ne s’agirait pas de laisser n’importe qui entrer dans la famille. Ils en ont de la chance. En apparence. Parce que derrière les voiles sur mesures qui couvrent les hautes fenêtres de ces bâtisses autour du jardin du Luxembourg, la vie n’est pas aussi belle qu’il n’y parait. La bourgeoisie, aussi, meurt de cancers. Chez eux aussi, les amitiés se font et se défont sur fond de jalousie mal placée. On idéalise l’autre, le parquet est toujours mieux lustré dans l’appartement d’à côté.

Héloïse et Esther sont amies depuis leur plus tendre enfance. Si Héloïse est issue d’une longue lignée de bourgeois, Esther, elle, fait partie des « nouveaux riches ». Et si pour les néophytes les deux jeunes filles sont issues du même milieu, il n’en est rien lorsque l’on connaît les us et coutumes de cette classe sociale. Amies depuis leur plus tendre enfance, elles se jalousent et se manquent, s’estiment et se dénigrent. C’est l’amitié, quoi. Le « je t’aime, moi non plus! »

Seulement voilà, Héloïse est morte, bien trop tôt, laissant derrière elle une Esther perdue, qui n’a plus que ses souvenirs pour se rendre compte de la relation incroyable qu’elle a pu nouer avec Héloïse ces cinquante dernières années.

Ce court récit est une petite merveille qui décrit avec beaucoup de justesse et de finesse ce qu’est l’amitié et comment ce sentiment nous permet de nous construire et d’évoluer.

Mais Colombe Schneck nous livre également une description à la fois piquante et pince-sans-rire de la bourgeoisie d’hier et d’aujourd’hui.

Une pépite littéraire à ne pas manquer. Un coup de cœur.

Résumé éditeur

Une amitié naît entre deux petites filles de bonne famille qui se ressemblent, grandissent ensemble et suivent le même chemin : elles se marient, ont des enfants, divorcent en même temps, ont des histoires d’amour similaires… jusqu’au jour où la mort frappe à la porte de l’une d’entre elles.
Une fable drôle et amère sur la bourgeoisie, l’amitié et la mort.

Extraits

« À Héloïse, on apprend, au petit-déjeuner, à utiliser un couteau à beurre pour se servir un morceau de beurre, qu’il faut poser non directement sur le pain, mais d’abord sur une petite assiette, à utiliser son propre couteau ensuite pour étaler le beurre sur le pain. Esther ne voit aucun inconvénient à utiliser son couteau, à le plonger dans le joli ramequin en argent ramené du Silver Vaults de Londres, pour ensuite l’étaler sur sa tartine, elle fait de même pour la confiture. Bref, elle est mignonne mais n’a aucune éducation. »

•••

« […] l’argent ne l’intéresse pas, elle n’en parle pas, n’en cherche pas. Et ce désintérêt est bien la preuve qu’elle est une bourgeoise, il faut ne pas avoir eu peur de manquer pour être dans l’illusion que l’argent n’a pas d’importance. »

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« Maison tanière » Pauline Delabroy-Allard

Maison tanière, Pauline Delabroy-Allard. Éditions L’Iconoclaste. Collection L’Iconopop, avril 2021, 80 pages.

J’ai toujours aimé la poésie. J’en lis peu, trop peu certainement, mais c’est un format que j’affectionne beaucoup. On peut dire tellement de choses dans un poème, faire passer tant d’émotions en quelques lignes.

Pauline Delabroy-Allard, je l’ai découverte en 2018, lors de la sortie de son premier roman, « ça raconte Sarah », pour lequel j’avais eu un immense coup de cœur ! Trois ans plus tard, c’est avec « Maison tanière » que je l’ai retrouvée, pour mon plus grand bonheur. Ce recueil allie subtilement poésie, photographie et musique, pour un résultat plein de douceur.

L’été 2017, l’auteure passe trois semaines seule dans la maison d’un couple d’amis. Chaque jour, elle sort un vinyle de leur collection et l’écoute. Le temps du disque, elle rédige un poème. Enfin, elle prend une photo de la pochette du vinyle. Tantôt en ce mettant en scène, tantôt de façon abstraite. Les poèmes évoquent la musique écoutée puis nous parlent de son quotidien, du manque de son amour, de nostalgie, de petits bonheurs et d’espérance. Pauline Delabroy-Allard nous enveloppe alors dans son cocon, nous ouvre les portes de cette tanière qu’elle fait sienne le temps de quelques semaines. Elle se met à nu et s’expose, montrant ainsi au lecteur que certains sentiments sont universels et vécus par tous à un moment donné de nos vies respectives.

La deuxième partie du recueil est écrite deux ans plus tard, alors que Pauline Delabroy-Allard revient dans son cocon après presque une année à sillonner les routes de France pour parler de son premier roman. Elle a besoin de s’ancrer dans sa nouvelle réalité, besoin d’avoir les pieds sur terre, et même plus que ça. C’est ainsi que tous les matins, elle s’allonge sur un des sols de la maison tanière, photographie le plafond et écrit un poème. Elle a besoin de se recentrer, de retrouver son équilibre. Elle a besoin de repos et de répit. Les poèmes sont tout autant personnels que ceux de la première partie. L’auteure se retrouve, se redécouvre. Elle se fond dans le décor pour à nouveau faire partie des murs (si j’ose dire).

C’est un recueil délicat et intime à savourer façon cocooning.

Résumé éditeur

« On mériterait
des applaudissements
et les cris d’une foule en délire,
tant on fait ça bien,
l’amour. »
Elle se retire seule, loin du monde, dans une maison comme une tanière. Chaque jour, elle
choisit un vinyle, écrit et prend des photos. Elle laisse venir les sentiments et les souvenirs,
elle fait parler les plafonds et les murs. Et cette maison tanière devient la nôtre.

Extraits

« Le ventre vide peut-être
Mais
Les bras grands ouverts
Les yeux remplis
Le coeur plein
Tu fais salle comble dans mon corps. »

•••

« Samedi 29 juillet

never mind the bollocks here’s the Sex Pistols
à peine le disque posé sur la platine
ça hurle sous le diamant
applaudissements
cris d’une foule en délire
dans la maison tanière muette
ça fait un drôle d’effet
le 29/07/2017 à 12h22
ce correspondant a cherché à vous joindre
trois fois sans laisser de message
je ne réponds plus à personne
dans la maison tanière aphone
la solitude la retraite le recueillement
j’essaye de faire ça bien
mais je monte le son
quand je pense à toi
fort très fort encore plus fort
je ne réponds plus de rien quand je pense à toi
nue offerte impudique
qui hurles sous mes doigts
on mériterait
des applaudissements
et les cris d’une foule en délire
tant on fait ça bien
l’amour. »

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« Over the rainbow », Constance Joly

Over the rainbow, Constance Joly. Éditions Flammarion, janvier 2021, 192 pages.

Jacques est décédé du sida au début des années 90. A cette époque, cette maladie était encore taboue, bien que sur toutes les lèvres. Des années plus tard, sa fille, Constance, nous livre ce récit, véritable cri du cœur et déclaration d’amour pour ce père parti trop tôt ; cet homme mort d’avoir vécu sa vie librement. D’avoir refusé de rester dans le moule dans lequel il s’était coulé.

Constance nous retrace l’enfance de Jacques, la façon dont son frère, surpris au lit avec un autre homme, devra quitter le foyer familial, et combien cet événement cèlera son avenir : il lui est impossible de faire son coming-out auprès de ses proches.

Alors, Jacques se marie et a une fille, Constance. Il se fond merveilleusement dans le moule. Seulement voilà, la réalité le rattrape. Jacques n’en peut plus de vivre une moitié de vie, loin de tout épanouissement personnel. Il aime sa fille, il a de l’affection pour sa femme, c’est certain. Mais ce mariage de convenance est devenu trop lourd à porter au quotidien. Certes, leurs échanges intellectuels sont d’une grande qualité, mais Jacques a besoin de plus. Il a besoin d’amour, du vrai. Pas un amour de façade et de convenance.

Presque 30 ans plus tard, Constance Joly est prête à en parler. Elle éprouve même un besoin viscéral d’écrire ces quelques pages d’amour. 

Elle raconte l’attachement, les émotions, le besoin et le manque d’un père dans sa vie. Elle dit l’adolescence ingrate et comment ces années ne pourront jamais être rattrapées, pardonnées.

C’est un témoignage d’une délicatesse immense et à la poésie infinie. Les mots d’une femme qui reste la fille de son père, pleine d’admiration et de tendresse pour cet homme parti trop tôt.

Résumé éditeur

Celle qui raconte cette histoire, c’est sa fille, Constance. Le père, c’est Jacques, jeune professeur d’italien passionné, qui aime l’opéra, la littérature et les antiquaires. Ce qu’il trouve en fuyant Nice en 1968 pour se mêler à l’effervescence parisienne, c’est la force d’être enfin lui-même, de se laisser aller à son désir pour les hommes. Il est parmi les premiers à mourir du sida au début des années 1990, elle est l’une des premières enfants à vivre en partie avec un couple d’hommes.

Over the Rainbow est le roman d’un amour lointain mais toujours fiévreux, l’amour d’une fille grandie qui saisit de quel bois elle est faite : du bois de la liberté, celui d’être soi contre vents et marées.

Extraits

« Il y a ce moment où tu nous laisses à notre corrida amoureuse dans le fond du cadre, et où tu t’avances vers la caméra : ton jean blanc, ta chemise aux manches retroussées, tu avances de ton grand pas, de tes jambes immenses, tu approches encore, ta ceinture, puis ton torse, ton visage en gros plan, tu souris de plus en plus largement à mesure que tu rejoins le filmeur, ton visage prend tout le cadre maintenant, tes lèvres, tu parles (mais que dis-tu ?), tu ris, tu ris tellement»

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« En 1976, l’homosexualité est encore répertoriée comme une maladie mentale. C’est un délit, passible de prison, il faudra attendre six mois encore pour qu’elle ne le soit plus. »

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