« Toucher la terre ferme », Julia Kerninon

Toucher la terre ferme, Julia Kerninon. Éditions L’Iconoclaste, janvier 2022, 87 pages.

Comme je l’aime, Julia Kerninon! À chaque lecture un peu plus qu’avant. Quelle plume limpide et affûtée. Quelle incroyable talent pour parler des sentiments, de la nature humaine, en toute simplicité mais toujours avec énormément de beauté. Je suis scotchée.

Ce très court récit est sans nul doute son écrit le plus personnel, dans lequel on retrouve pourtant tous les thèmes qui lui sont si chers en littérature : la maternité, l’amour, le couple, la féminité, l’amitié et les aspirations de chacun.

Julia Kerninon nous parle avec une limpidité incroyable de ses débuts en tant que mère. De la femme qu’elle a été et de celle qu’elle est désormais. De ce vertige abyssal qui prend aux tripes lorsque l’on devient responsable de quelqu’un d’autre que de soit même. De l’amour incommensurable qu’elle porte à ses enfants et son époux. Mais aussi de son besoin irrépressible de liberté et de moments à soi. De copines et de soirées enivrées loin de tout.

Julia Kerninon nous conte la femme qu’elle a été et celle qu’elle est devenue. Et comment concilier les deux. Elle nous conte, sans fard, ses aventures de jeunesse et sa façon d’aimer, entièrement, sans demi-mesure. Elle nous parle de féminité et de féminisme. De maternité et de sororité. De sexualité et d’amitiés.

C’est un récit authentique sans fard et sans jugement. Julia Kerninon se met à nu et nous dévoile ses failles. Et, ce faisant, elle devient à mes yeux une femme et une mère incroyable.

L’auteure signe ici un ouvrage aussi personnel qu’envoûtant, qui libère et apaise, qui désacralise et déculpabilise. Un ouvrage saisissant de justesse à lire de toute urgence.

Résumé éditeur

J’étais là, un bébé parfait dans les bras, et mon corps déchiré. Dans mon orgueil comme dans mon innocence, j’ai pensé que tout s’arrêtait, alors qu’au contraire, tout commençait.
Un soir de novembre, en pyjama sur le parking de la clinique, Julia Kerninon hésite à fuir. Son premier enfant vient de naître et, malgré le bonheur apparent, elle perd pied, submergée par les doutes et la peur des contraintes. Sa vie d’avant lui revient comme un appel au large : les amours passionnels, les nuits de liberté et les vagabondages sans fin.
Dans ce récit intime, Julia Kerninon plonge au cœur des sentiments ambigus de la maternité.
Elle confie ses tempêtes intérieures : Comment être mère ? Comment rester soi ?
Elle raconte cette longue traversée jusqu’à atteindre la terre ferme, où tout se réconcilie.

Extrait

« Pour moi, pourtant, c’était soit être quitte, soit les quitter. C’est aussi pour ça que j’ai fui. Je suis partie à l’étranger, et je suis progressivement devenue étrangère. Je suis partie dans d’autres pays, et je suis moi aussi devenue un autre pays. Je me suis fait un continent de désordre, de travail, d’écriture, de livres, un état de papiers de bonbons, de révolte et de bains chauds, de cendriers posés en équilibre sur la fenêtre et de petits déjeuners au lit. Je maitrise toujours la langue de mes parents, mais j’ai appris à en parler de nouvelles, j’ai appris à poser des questions, appris à tenir une conversation, appris à respecter mon désir, j’ai cessé d’être péremptoire, j’ai arrêté de penser que l’amour se méritait, arrêté de penser que j’étais responsable de tout. J’ai fait des choix. Je suis devenue quelqu’un. »

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« Bass rock », Evie Wyld

Bass Rock, Evie Wyld. Éditions Actes Sud, janvier 2022, 336 pages.

Écosse, XVIIIe siècle, Sarah est recueillie par le pasteur du village alors qu’elle est traquée pour sorcellerie par certains habitants. Une seule issue possible : la fuite. Alors qu’ils se retrouvent chassés comme du gibier, ils courent pour leur vie au travers de la forêt. Le pouvoir des femmes a toujours fait peur, leur beauté aussi. Alors, pour expliquer leurs faiblesses et écarts de conduite, les hommes tuent. « Sorcière ! » scandent-ils pour ne pas avoir à avouer leurs fautes.

Juchée face à l’île de Bass Rock, une grande demeure familiale est mise en vente. Toujours debout, malgré l’hostilité des éléments, elle garde en mémoire les séquelles du passé. Les cicatrices de toutes ces femmes y ayant vécu, frappées non pas par les déchaînements météorologiques, mais par les hommes qu’elles ont côtoyés, parfois aimés, mais trop souvent subis.

Il y a Ruth, d’abord, qui, « sur le tard », épouse Peter, veuf, vétéran de la Seconde Guerre Mondiale et père de deux enfants. Alors qu’elle pensait que son quotidien morne et sans avenir était derrière elle, elle se retrouve rapidement délaissée par son mari, dont les voyages d’affaires à Londres se font de plus en plus fréquents et imprévisibles. Elle qui a, d’après son entourage, pourtant tout pour être heureuse, a besoin de plus. A commencer par un mari présent, qui ne lui reprocherait pas ses moindres faits et gestes ; ainsi qu’un enfant. Elle les aime, ses beaux-fils. Seulement voilà, elle voudrait se sentir mère. Complètement, irrémédiablement et de façon légitime. Et puis, il y a cette présence sournoise et étrange qui rode dans la maison. Ruth la sent, la voit, même, parfois. Une jeune femme qui semble perdue, accablée. Un fantôme du passé, emmurée dans la demeure. Heureusement qu’il y a Betty, leur femme de maison, qui deviendra très rapidement essentiel à son quotidien et à son équilibre. Avec elle, elle a le sentiment d’appartenir, d’être entière et comprise. Sans compter que cette dernière ramène bientôt Bernadette, sa nièce dont la mère a été internée et qui se retrouve sans aucun repère. En elle, Ruth voit une jeune fille qu’elle pourrait, peut-être, considérer comme sa fille. Enfin.

Quelques décennies plus tard, Viviane arrive dans la maison de son enfance. Alors qu’elle vient pour faire le point sur les biens de son aïeule, Ruth, elle trouve dans la maison un refuge loin de son quotidien londonien. Loin des hommes et de ses relations toxiques. Au fil de ses pérégrinations entre les murs de la demeure familiale, elle se remémore des bribes du passé et commence à entrevoir, à la lumière d’éléments nouveaux, de possibles nouvelles pistes de compréhension de l’histoire de ses aïeux. Et toujours cette présence au sein des murs…

Porté par une prose énigmatique et ensorcelante, ce récit relate l’Histoire qui se répète, inlassablement : l’asservissement des femmes par l’homme et leurs désirs. Et toujours, cette sororité qui éclot dans les moments les plus sombres, comme un antidote à la toxicité de certains hommes.

C’est beau et brillant, d’une grande finesse psychologique et allégorique. Bref, c’est un récit à ne pas manquer !

Résumé éditeur

Dans l’Écosse superstitieuse du XVIIIe siècle, Sarah, une jeune fille de quatorze ans traquée pour sorcellerie, est secourue par le pasteur du village. Ils prennent la fuite à travers la forêt mais sont rapidement pris en chasse.
Après avoir épousé un vétéran de la Seconde Guerre mon­diale père de deux enfants, Ruth part s’installer sur la côte écossaise, au bord de la mer du Nord. Dans sa grande demeure, face à l’îlot de Bass Rock et à ses colonies de fous de Bassan, le bonheur semble à portée de main, et pourtant… Les voyages d’affaires de son mari se font de plus en plus fréquents, et l’étrange présence qu’elle perçoit dans la maison ne fait qu’accen­tuer son malaise.
Six décennies plus tard, Viviane, une quadra londonienne un peu paumée, retourne dans la maison de vacances de son enfance. Tandis qu’elle y dresse l’inventaire des biens de son aïeule Ruth, des fragments du passé refont surface, éclairant d’un jour nouveau la légende familiale.
Sarah, Ruth, Viviane, un même destin, à travers les années : une vie circonscrite par les désirs des hommes. Evie Wyld signe ici une saga ensorcelante, peuplée d’esprits et de fantômes, sur la masculinité toxique et la solidarité des femmes.

Extrait

« Elle ne me regarde pas. Je lui jette un coup d’oeil oblique à la lueur des flammes, qui adoucissent ses traits. Elle est très jeune et pourtant il y a quelque chose de fourbu en elle. La peau de ses joues est rêche, brûlée par le vent. En glissant de ses épaules, la couverture révèle une cicatrice de la taille de la petite articulation de mon doigt. Je serre les lèvres car j’aimerais la toucher. »

•••

« L’ambiance s’adoucit avec le thé. Les conventions sociales devenaient plus facilement négociables lorsqu’une bouche pleine  pouvait légitimer un silence ou quand il était possible de complimenter quelque chose d’aussi neutre qu’un biscuit. »

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