« La dame blanche », Quentin Zuttion

La dame blanche, Quentin Zuttion. Éditions Le Lombard, janvier 2022, 208 pages.

Infirmière en EHPAD, Estelle accompagne chacun des résidents du mieux qu’elle le peut, jusque dans leur dernier souffle. Elle écoute, console, embrasse, lave, nettoie, nourrit, change, apaise, accompagne… bref, Estelle prend soin. Elle prend soin de ces âmes fragiles, celles qui se perdent après avoir s’envoler tous leurs repères et celles dont le corps n’a plus la force de les porter. Dévouée et passionnée, elle panse du mieux qu’elle peut, sans jugement.

Elle en a connu, des résidents, au fil des ans. Arrachés à leurs habitudes et leurs repères pour venir finir leurs jours aux « Coquelicots ». À force, ils prennent une place particulière dans son cœur. Elle les aime, comme ils sont. Alors, quand ils partent, Estelle pleure, parfois ; et garde, toujours, un petit souvenir de leur passage dans sa vie. Une bague, un bouton de manchette, une broche, peu importe, tant qu’il ne s’effrite pas. Tant qu’on peut s’y accrocher. Les objets, ça ne meurt pas.

À tisser des liens forts et intimes, Estelle gonfle sa vie, la rend plus intense, plus vivante. Mais à trop s’investir, ne risque-t-elle pas d’y laisser des plumes ?

Dans cet album absolument remarquable, Quentin Zuttion retrace avec une immense justesse ce qui fait le sel de ma profession. Loin des horreurs que l’on peut entendre sur la façon dont les personnes âgées sont prises en charge en Ehpad. On soigne, on s’implique, on aime et on y perd des plumes. Forcément. Parce qu’on est humain. Parce qu’on accompagne l’autre jusque dans son dernier souffle.

Grâce à son talent de dessinateur, Quentin Zuttion dépeint à la perfection les relations et sentiments qui se jouent derrière les murs de ces bâtiments jugés comme des mouroirs. Il y a la mort. Mais il y a aussi la vie, toujours, qui virevolte. Qui attend qu’on la fasse danser ou qu’on l’envoie valser, à l’envi.
Je suis infirmière en EHPAD. Et j’en suis fière. Estelle, c’est moi. Merci, Quentin, pour cet hommage incroyable.

Résumé éditeur

Infirmière à la maison de retraite « Les Coquelicots », Estelle jongle entre les soins, les parties de cartes et les morts solitaires. Mais comment faire face aux derniers sommeils et aux rêves inachevés ? En tissant des liens forts et intimes avec ses résidents, la jeune femme pourrait perdre pied et prendre goût à une liberté dangereuse…

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« La médecin », Karine Lacombe. Illustrations de Fiamma Luzzati

La médecin, Karine Lacombe. Illustrations de Fiamma Luzzati. Éditions Stock, novembre 2020, 192 pages.

Infectiologue, Karine Lacombe a vécu la première vague de Coronavirus de plein fouet. Avec ce récit brillamment illustré par Fiamma Luzzati, elle permet à tout un chacun de vivre ces quelques mois de l’intérieur.

Karine Lacombe nous parle des prémices de cette pandémie avec honnêteté et sans pathos : les médecins qui peinent à croire à une crise sanitaire, les premiers doutes, les premiers cas… Elle nous parle de l’engorgement des services et des difficultés psychologiques à faire face à une telle tension permanente. Elle nous parle de ses interventions sur les plateaux télé, de ces quelques mois pendant lesquels sa vie n’a eu lieu qu’à l’hôpital.

En parallèle, on suit Livia Guzzanti, une jeune femme qui revient d’un séjour au ski et dont l’état de santé se détériore petit à petit.

Avec cette BD, c’est la crise vécue de l’intérieur qui est mise en avant.

Il n’est pas ici question de porter un quelconque jugement sur la gestion de la crise sanitaire, mais simplement, pour Karine Lacombe, de raconter son quotidien et celui de son équipe à l’hôpital Saint-Antoine.

C’est également avec grand plaisir que je découvre les illustrations de Fiamma Luzzati dans un format plus long. Elle travaille avec Le Monde depuis quelques années, au travers d’un blog : L’avventura.

Résumé éditeur

Karine Lacombe nous ouvre les portes de son service d’infectiologie à l’Hôpital Saint-Antoine. Depuis mars dernier, elle et son équipe sont confrontées à un virus encore jamais vu sous leur microscope : le covid-19. Comment se préparer au combat et à la vague de cas qui afflue? Comment organiser l’hôpital en un temps record? Comment faire passer un important message de santé publique sans céder à la panique ambiante? Suivez une cheffe de service, ses réflexions, les péripéties du quotidien et la combativité de son équipe

Le récit dessiné de la crise du covid côté soignants, dans un hôpital sous haute tension.

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« À la vie », L’Homme Étoilé

« À la vie », L’Homme Étoilé

À la vie, l’Homme Étoilé. Calmann-Lévy, janvier 2020, 192 pages

MON CŒUR FAIT BOOM BOOM

Accompagner jusqu’au dernier souffle. Permettre à l’autre de sourire, de rigoler, de pleurer. Dans les petits instants du quotidien.

L’Homme Étoilé sait si bien le faire… et l’illustrer. Au travers de quelques histoires, il nous raconte ces petits instants hors du temps. Qui comptent tellement.

Je ne vous dirai pas qu’accompagner l’autre jusqu’à la fin, lui tenir la main, lui donner à boire, à manger, l’aider à se changer, à se laver… je ne vous dirai pas que c’est facile. Loin de là.
Néanmoins, dans cet accompagnement, comme le dit si justement Xavier – L’Homme Étoilé – on remet la vie au centre des choses. Parce qu’elle est là, malgré tout, la vie. Elle reste présente, jusqu’à la fin.

Je ne trouve pas les mots pour dire à quel point ce livre m’a touché. À quel point je me suis retrouvée dans ses mots.

Xavier prend soin avec humour et dignité. Il y a parfois des loupés, évidemment. Après tout, on reste humain. Néanmoins, il nous montre qu’en remettant le patient au cœur de notre prise en charge, c’est là que l’accompagnement prend tout son sens. Et révèle toute sa beauté intrinsèque.

 

Ce livre est de ceux qui devraient être mis entre toutes les mains. À tous les âges. Et à consommer sans modération.

Merci, L’Homme Étoilé !

« Le roman des Goscinny », Catel. Grand Prix des Lectrices Elle 2020

« Le roman des Goscinny », Catel. Grand Prix des Lectrices Elle 2020

Le roman des Goscinny, Catel. Éditions Grasset, Août 2019, 344 pages.

Raconter Goscinny en BD, en voilà quelque chose d’osé ! Et ça me plaît !

 

Au début, Catel nous raconte la genèse de cette œuvre : il s’agit d’une demande plutôt spécifique d’Anne – La fille de René Goscinny – à son amie illustratrice. Catel hésite : cette commande est à mille lieues de ses sujets de prédilection. Pourtant, elle finit par accepter.

Dès lors, le lecteur suit, tour à tour, la vie de René Goscinny et les rencontres entre Anne et Catel qui donneront naissance à cette biographie graphique.

Si, au départ de ma lecture, j’ai eu du mal à me départir du côté « commande » de l’ouvrage, j’ai réussi à en faire fi… pour mon plus grand bonheur !

Catel est bien présente, dans cet ouvrage. Elle a accédé à cette demande, certes, mais on y retrouve bien sa patte, son style, son coup de crayon.

J’ai beaucoup aimé en lire plus sur la vie de René Goscinny. Cet homme a passé sa vie à courir après ses rêves … et a réussi à les attraper pour les faire réalité. En fait, Goscinny est une leçon de vie à lui tout seul. Pas étonnant que ses BD aient fait (Et fassent toujours !) rêver des millions d’enfants.

« Corps à cœur, cœur à corps », Léa Castor.

« Corps à cœur, cœur à corps », Léa Castor.

Corps à cœur, cœur à corps, Léa Castor. Éditions Lapin, octobre 2019.

 

J’ai tout simplement A-DO-RÉ ! Tout, dans cette BD, est magnifique. Magnifique.

Vous connaissez Léa Castor ? Elle a travaillé quelques temps pour le magazine MademoiZelle et elle avait lancé un appel à témoignage autour des complexes que chacun peut avoir par rapport à son propre corps. Pour cela, les participants devaient envoyer à Léa Castor un texte de leur composition, racontant quelle partie de leur corps les complexe le plus ? Avec ce texte, il était également demandé des photos.

 

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« Journal d’une bipolaire », Emilie Guillon, Patrice Guillon & Sébastien Samson

Journal d’une bipolaire, Émilie Guillon, Patrice Guillon & Sébastien Samson, La Boite à Bulles, octobre 2010, 112 pages.

La bipolarité est un trouble de l’humeur qui m’intrigue et m’intéresse énormément. Je suis donc toujours à l’affût de nouveautés littéraires traitant du sujet. Il y a quelques mois, j’ai remarqué cette BD chez mon libraire. Hop! Ni une, ni deux, je l’ai mise dans mon sac (après avoir payé, hein!) Comme vous l’avez peut-être noté, cette BD est sortie en 2010. 

Le sujet est bien amené et traité d’une façon intéressante: dès les premières pages, le lecteur, impuissant, assiste à la décompensation d’Emilie, tout juste rentrée d’un séjour au Canada. C’est la fin de l’adolescence, le début de l’âge adulte, l’époque où, dans la grande majorité des cas, les troubles psychiques apparaissent, fermant définitivement la porte à l’insouciance des jeunes années.

Journal d'une bipolaire

Crédit photo: @Mooncatchereads

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